mardi 16 janvier 2007

Les Québécois, un peuple raciste?

Voilà un sujet qui fait couler bien de l'encre électronique depuis dimanche, à la suite des résultats d'un sondage sur le racisme au Québec mené par Léger Marketing pour le compte du Journal de Montréal, de TVA et du 98,5 FM. Voici les résultats:

En faisant le très facile calcul 1%+15%+43%, on arrive à l'impressionnant chiffre de 59% qui «se considère raciste». Comme on peut s'y attendre de toute enquête menée par les médias de Québécor, le Journal de Montréal a titré: «Constat troublant». Le constat troublant, c'est de voir jusqu'où le JdeM est capable d'aller dans la présentation de nouvelles bidons.

Les Québécois sont-ils racistes? D'abord, qu'est-ce qu'un raciste? Selon Marie McAndrew, de l'Université de Montréal, le racisme est une «attitude de supériorité d'intelligence». Il y a plusieurs domaines dans lesquels les Québécois pensent être en tête, comme n'importe quelle nation. L'intelligence ne fait pas parti de ces domaines. Mme McAndrew rappelle la différence entre le racisme et la xénophobie, qui est «la peur de l'étranger». Ça, je crois que les Québécois, dans une proportion de peut-être 10-15%, le sont vraiment. C'est souvent à cause de l'éducation qu'ils ont reçue ou de ce que les médias véhiculent que ces gens vivent dans l'ignorance des autres ethnies et/ou confessions.

Je suis certain que parmi ceux qui se sont déclarés «moyennement» et «faiblement» racistes, plusieurs ne sont que déroutés par ce qui se passe, non seulement au Québec et au Canada, mais partout dans le monde. Ces gens se sont déclarés «racistes» parce que présentement, ils vivent des questionnements qui ne leur permettent pas, en toute conscience, de se déclarer «pas du tout» racistes.

Plusieurs se demandent comment se fait-il que les Noirs sont plus nombreux (toute proportion gardée) à finir à l'arrière d'une voiture de police. Plusieurs ne comprennent pas pourquoi des gens de confessions différentes fuient des pays répresseurs pour venir s'établir au Québec et demander une série d'accommodements, envoyant involontairement à leurs hôtes le message qu'ils ne désirent pas s'intégrer. Beaucoup de Québécois se posent des questions en voyant que le 11 septembre 2001, les attentats de Madrid, ceux de Londres et de Bali ont tous été commis par des personnes de confession musulmane.

Si on doit parler de xénophobie, alors je dirais que les Québécois ont peut-être peur que s'ils pratiquent ici trop d'éléments du mode de vie (et de pensée?) qu'ils avaient dans leur pays d'origine, les immigrants recréent involontairement l'atmosphère (je n'ai pas trouvé meilleur mot) oppresseur qu'ils ont fui en quittant cette terre natale. Connaissant le phénomène des gangs de rue, les Québécois ont probablement peur d'être un jour attaqués dans un bus ou que leurs enfants soit recrutés dans ce monde de violence et de prostitution.

Malgré tout, je pense que la plupart des Québécois sont capables de ne pas tomber dans le piège de la généralisation. Ils comprennent que les Noirs et les Latino-américains ne sont pas tous des criminels, que les Musulmans ne sont pas tous des fanatiques religieux qui n'aspirent qu'à détruire l'Occident, que tous les Juifs ne sont pas des isolationnistes qui exigent des accommodements à ne plus finir, etc. Je pense aussi que les communautés culturelles, qui ont également été interrogées par le sondage de Léger Marketing, sont capables d'interpréter raisonnablement les résultats dudit sondage.

Moi, je pense surtout que le Québec vit un moment important de son existe. Alors qu'il y a une cinquantaine d'année, la Belle Province se définissait par rapport au reste du Canada, aujourd'hui, alors qu'elle devient une terre de plus en plus cosmopolite, elle cherche à se définir par rapport aux étrangers qu'elle accueille. Je crois qu'il s'agit là d'un processus tout à fait légitime, et si chacun laisse ce processus se dérouler sans devenir paranoïaque, il ne pourra que conduire le Québec à devenir un endroit où il fait encore plus bon vivre pour tous. Par contre, si chacun essaie de bloquer ce processus en se laissant dominer par sa peur (autant celle des Québécois que des communautés culturelles), alors c'est vrai que le racisme et la xénophobie gagneront les Québécois, sans distinction pour leur nationalité et/ou leur confession.

Le Québec cherche à définir les droits et les valeurs qu'il veut immuables, des droits et des valeurs qui lui ont permi de devenir le magnifique endroit qu'il est. Il est vrai que pour la majorité des Québécois, ces droits et ces valeurs sont leur héritage culturel, mais c'est avant tout un profond désir de s'assurer que chacun puisse profiter de lois et de droits qui sont au-dessus de leurs origines et/ou confessions.

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