C'est compliqué
Hier, j'ai reçu mon calcul de prêts et bourses pour l'année 2007-2008, ce qui m'a enlevé un autre énorme poids de sur le dos. Je pourrai me concentrer à temps plein à mes études sans trop me soucier des problèmes d'ordre financier. Dans quelques minutes, j'irai chercher mon certificat de garantie (attestant mon inscription à temps plein) à l'université et cet aspect de mes études sera réglé.
Avant-hier, je trouvais cela compliqué pour moi de boucler la boucle avant d'entreprendre ma session mardi prochain. Mais ce matin, je ne peux que me rendre compte que cela s'est passé plutôt bien pour moi, alors qu'il en va tout autrement pour mon père.
Ce dernier n'a pas de DEP. Il n'a pas terminé son secondaire IV et au début de sa vie d'adulte, cela ne l'avait en rien dérangé. Il a même pu obtenir sa carte de compétence de briqueteur-maçon sans le moindre problème. Aujourd'hui, cette carte n'a plus aucune valeur et sa réorientation professionnelle est un cauchemar.
Il y a deux ans, il était parvenu à se faire payer un cours d'opérateur de machinerie lourde par la CSST. Le hic, c'est que la grande majorité des employeurs exigent que les candidats à l'embauche possèdent également un permis de classe 1. Le deuxième hic, c'est que la majorité des écoles de formation en transport par camion exigent — en réalité, c'est le MELS qui l'exige — un DEP ou des «équivalences», tels que le test de développement général.
Peu importe le nom qu'ils portent, tous les programmes qui permettent d'accéder à cette formation demandent une certaine connaissance en mathématique, en français et en science. Si mon père n'a pas réussi dans ces matières lors de ses études secondaires, en quoi serait-il possible qu'il y parvienne aujourd'hui?
Mon père est très bon aux commandes de machineries lourdes et le serait assurément au volant d'une remorque. Je veux dire par là que je n'ai aucun doute sur ses capacités à passer les tests théoriques et techniques de la SAAQ. Mais lui demandé de passer des tests en mathématique, en français et en science, c'est une magnifique façon de lui mettre des bâtons dans les roues.
Il existe des écoles qui, non reconnue par le MELS, mais certainement aussi bonnes aux regards de la SAAQ, offrent des cours de conduite de camion. Le troisième hic, c'est que le MELS n’accorde aucune aide financière pour ces écoles. Or, mon père est présentement le seul pourvoyeur de la maison et qu'à cet instant, ma mère peine à se trouver un emploi. L'investissement de près de 2000$ ne lui est donc pas possible dans l'immédiat et il n’est plus couvert par la CSST.
Présentement, mon père occupe un emploi qu'il n'aime pas particulièrement. Ce qui le fait triper, c'est d'être sur un chantier de construction. Il en est très loin. Il ne s'en plaint guère, mais je n'ai pas besoin de lamentations pour comprendre qu'il s'ennuie et qu'il est malheureux. Probablement que dans un an, il aura les moyens de suivre un cours dans une école non reconnue par le MELS, mais un an à faire un emploi chiant, c'est très long.
Je sais que toutes les mesures du MELS visent à garder les jeunes sur les bancs d'école au moins jusqu'à 16 ans, mais je trouve que dans plusieurs cas, pas seulement celui de mon père, ce système gêne sérieusement l'accès à l'emploi de plusieurs personnes compétentes. C'est du vrai gaspillage de main-d’œuvre.




