Décret Royal (première partie)
D'accord, le titre était très facile, mais je l'aimais. À la question d'un journaliste sur ce qu'elle pensait de la souveraineté du Québec, la candidate aux présidentielles françaises a répondu:
«Elles sont conformes aux valeurs qui nous sont communes, c'est-à-dire la souveraineté et la liberté du Québec, je pense que le rayonnement du Québec et la place qu'il occupe dans le coeur des Français vont dans ce sens».
Ces propos font évidemment les choux gras des éditorialistes canadiens et québécois, ainsi que des blogueurs, sans compter évidemment les différents acteurs politiques. Sur son blogue, Richard Martineau critique surtout André Boisclair, lui demandant bien se qu'il fait à courtiser les candidats aux présidentielles français alors que lui-même n'est pas encore premier ministre, que les élections ne sont pas encore déclenchées au Québec et que la souveraineté est encore très hypothétique. Martineau a l'air de donner une série d'arguments pour démontrer que Boisclair met «la charrue devant les bœufs», alors qu'en réalité, il s'agit d'une liste tournant autour d'un seul argument de faible qualité.
Dans l'histoire, rares sont les militants qui ont milité en faveur de la souveraineté de leur région alors que ladite souveraineté était déjà acquise. Pour reprendre l'expression de Martineau contre lui: «allo !»; si la souveraineté était acquise, alors pourquoi Boisclair devrait-il sentir le besoin de la vendre au reste du monde? Ensuite, même si André Boisclair n'est pas encore premier ministre du Québec, il est d'abord et avant tout un militant souverainiste. C'est son travail, non pas de premier ministre, mais de chef du Parti Québécois, de diffuser dans le monde l'idée souverainiste québécoise et de recueillir des appuis. Je considère que ces deux précédents points rendent futile le fait que les élections provinciales ne sont encore qu'éventuelles.
Le comble du papier de Richard Martineau, c'est que pour en rajouter, il lâche que Boisclair n'a pas participé au débat de TVA — et il précise que celui-ci a été regardé par un million de personnes — alors qu'il a eu le temps de participer à un sketch des Justiciers Masqués dans la période des fêtes. Franchement, pas très subtil comme publicité.
De son côté, Michel C. Auger, réputé commentateur politique du quotidien La Presse, trace un rapprochement entre Ségolène Royal et André Boisclair: celui d'accumuler les gaffes. Il explique que Mme Royal n'a pas employé les mots justes, c'est à dire ceux qui auraient été interprétés comme de la sympathie envers le Québec sans apparaître comme de l'ingérence, et que les précisions apportées par Mme Royal le lendemain étaient malheureusement trop tard. Ce que j'aime de Michel C. Auger, du moins du temps que je lisais ses papiers dans le Journal de Montréal, c'est qu'il aborde le sujet d'un point de vue uniquement politique et non partisane. Ici, il se contente d'expliquer l'erreur «politique» qu'a commise Mme. Royale.
Chez nos politiciens fédéraux, Stephen Harper a déclaré que «l'expérience enseigne qu'il est tout à fait inapproprié pour un leader étranger de se mêler des affaires démocratiques d'un autre pays». Tout ça vient d'un homme qui se mêle allégrement et aveuglément des affaires démocratiques d'Israël (et des territoires palestiniens qui s'y trouvent) et qui commet une «bourde politique» en donnant des leçons de morale à la Chine. Dans ce dernier cas, ce qui est reproché à M. Harper n'est pas tant d'avoir défendu le respect des droits de l'homme en Chine, mais à l'instar de Mme Royal, d'avoir manqué de tact diplomatique.
Quant à Stéphane Dion, chef du Parti Libéral du Canada et de l'opposition en chambre, il a simplement déclaré qu'«on ne s'ingère pas dans les affaires d'un pays ami, on ne souhaite pas le démantèlement d'un pays ami». Pour la première partie de sa déclaration, je pourrais reprocher à M. Dion la même chose qu'à M. Harper, mais la deuxième partie, quant à elle, est d'une extrême logique et lui insuffle un peu de cohérence, ce qui manque entièrement dans le cas d'Harper. Je suis peut-être souverainiste, j'admets qu'on ne souhaite pas le démantèlement d'un pays ami... du moins, pas publiquement.
Les médias Français exploitent également la «bourde» de Mme Royal. Le Nouvel Obs indique que la «droite conspue, la gauche approuve», le Libération titre «Royal: la polémique enfle sur le Québec» et France2 indique que la «presse québécoise a alimenté la polémique en expliquant que Ségolène Royal s'est déclarée favorable à la souveraineté du Québec». Les trois sites renferment des centaines de commentaires d'internautes que je prendrai le temps de parcourir plus tard.
Les médias du Canada anglais ne sont pas en reste. Le National Post, le Globe and Mail, le Toronto Star et la plupart des autres médias ne font que redire ce que nous savons déjà. Même des médias internationaux (outre ceux de la France) en parlent: Fox News écrit «Segolene Royal made another blunder in international affairs?», le Kansas City Star (eh oui !) se contente de rappeler les événements et le San Francisco Gate insère l'incident parmi les nombreuses gaffes de Mme Royal en politique étrangère. Ces deux derniers médias utilisent deux articles standards employés par plusieurs autres médias.
Finalement, il est intéressant d'observer la réaction d'un Français habitant Montréal sur le blog Montréal à moi.
À suivre...





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