mercredi 27 juin 2007

Justice «à l'américaine» (bis)

Ma lecture quotidienne de l'actualité peut parfois prendre des tournures surprenantes. Alors que j'abordais la question de la justice québécoise versus celle «à l'américaine» le 26 juin, voici que je tombe sur cet article de Cyberpresse, intitulé: «Des juges dénoncent les peines plancher». Ma curiosité piquée, je fais des recherches et j'ai déniché un article plus complet sur le site Law.com.

On apprend entre autre qu'un juge états-unien, Paul Cassell, fut obligé de condamner à 55 ans de prison un homme arrêté alors qu'il effectuait une transaction de drogue. Normalement, une sentence pour trafic de stupéfiant est de six à huit ans, lorsqu'il s'agit d'une première offense, ce qui était effectivement le cas. Mais voilà, l'homme en question portait une arme et, bien que dissimulée et non utilisée, ce port lui valu cette extension minimale de 47 ans. La même journée, le juge Cassell condamnait un meurtrier à 22 ans de pénitencier, tel que prescrit par la loi.

Cette pratique des peines plancher (mandatory minimum en anglais) n'est pas sans me rappeler celle des trois prises (three strikes) qui, selon les états, peut mener à des emprisonnements controversés, voire carrément stupides.

mardi 26 juin 2007

Justice «à l'américaine»

Face aux sentences trop légères, dites «bonbon», et aux récidivistes qui défraient les manchettes, de nombreux Québécois prônent l'adoption d'un système judiciaire «à l'américaine».

D'abord, un système «à l'américaine», ça n'existe pas. Les états contrôlent de façon indépendante la justice sur leur territoire et, à moins qu'il s'agisse de sécurité nationale, de crimes commis dans plusieurs états ou de causes entendues en Cour Suprême, les sentences sont dictées par le système judiciaire étatique. D'ailleurs, les causes dont nous avons écho aux Québec, par le biais des médias, sont presque toujours des causes de niveau étatique.

Lorsque les gens prônent un système «à l'américaine», ils prônent en réalité les systèmes judiciaires étatiques les plus sévères et intransigeants. Il est donc question, plus souvent qu'autre chose, d'états du sud et du centre, tels que la Floride, le Texas et la Californie. Il est plus rarement question des états du nord-est.

Je considère qu'actuellement, les justices québécoise et «américaine» sont aux antipodes l'une de l'autre. Elles sont aux extrêmes: l'une trop molle, l'autre trop dure. En échangeant un extrême pour l'autre, nous comblerions les lacunes du système québécois par les forces de la justice «à l'américaine», mais nous jetterions également le bébé avec l'eau du bain. En effet, nous remplacerions les forces de notre justice par les lacunes du système «américain».

Ce sont les (gros) inconvénients du syndrome du pendule dont souffrent Québécois et Canadiens. Lorsqu'une approche ne fonctionne pas intégralement, nous l'échangeons pour une approche diamétralement opposée, dans un cycle perpétuel où nous n'atteignons finalement jamais le juste milieu.

Je pense aussi que les gens qui prônent la justice «à l'américaine» font fi d'une réalité qui ne les enchante guère. Ceux-ci font souvent appel aux cas de récidives pour défendre leur point de vue, alors que dans les faits, le taux de récidive est plus faible dans notre système «pro-réhabilitation» que dans les états aux sentences sévères et à la réhabilitation déficiente (dans le sens d'inexistante ou peu encouragée).

Je comprends que la justice «à l'américaine» puisse être attirante. Son aspect expéditif laisse entrevoir une forme de justice par sa rapidité d'exécution et la longueur des sentences. Cependant, en bout de ligne, cette justice est plus injuste que la nôtre, puisqu'elle prive d'un proche réhabilitable de nombreuses familles et le taux de récidive plus élevé signifie également plus de victimes.

Je pense qu'au Québec, nous détenons l'approche la plus adéquate et efficace, à long terme du moins. Des corrections importantes et urgentes doivent être apportées à notre système, mais il demeure, selon moi, la meilleure base sur laquelle s'appuyer pour améliorer la justice québécoise. Un retour en arrière — ce en quoi consisterait l'adoption d'une justice «à l'américaine» — n'est pas souhaitable et serait même dangereux.

jeudi 21 juin 2007

Pas de quoi en être fier

La session parlementaire vient de se terminer et les trois partis se disent fiers de leur participation.

Jean Charest a vanté ses réalisations, alors qu'une partie a été copiée au programme adéquiste et qu'une autre partie (réductions d'impôts, santé, agglomérations) est loin de faire l'unanimité. Mario Dumont, fidèle à son habitude, s'attribue tout le mérite, alors que son parti a été le plus irresponsable, le plus enfant gâté et celui ayant le moins contribué à maintenir l'Assemblée à flot. Quant au Parti Québécois, il est probablement celui qui ressort le plus fort de cette session mouvement, mais il a joué son avenir et celui de la 38e législature sur un coup de dé. La bisbille interne et le départ d'André Boisclair aurait tout aussi pu être désastreux.

Je ne vois pas en quoi les députés devraient être fiers au terme de cette session. Que la législature ait survécu? D'accord, mais elle n'a pas répondu aux besoins de la population. Le PLQ a davantage cherché à sauver ses meubles, ce qui a donné un incohérent mélange de concessions et d'inflexibilité. L'ADQ était prêt et espérait retourner en élections dès le 27 mars et a bien failli réussir son coup. Le PQ, qui représente 28% des électeurs et une certaine gauche, a préféré laver son linge sale lors des premières semaines de travaux plutôt que d'essayer de remplir son mandat.

Bien sûr, tout n'est pas que négatif. Le retour des bulletins chiffrés et la volte-face concernant la vente du Mont Orford me réjouisse, malgré tout. L'ADQ a peut-être eu un comportement reprochable en chambre, sa présence a forcé le PLQ a adopté ces deux positions adéquistes (celle concernant le Mont Orford est partagée avec le PQ). Même si cela n'est pas suffisant pour prévenir une prochaine tuerie en milieu scolaire, je salue la loi sur les armes à feu. Enfin, même si cela a été dangereux, le PQ a réussi tout un coup en ramenant les projecteurs sur lui et l'arrivée prochaine de Pauline Marois semble lui redonner du souffle.

J'ai bien hâte de voir la suite des choses le 16 octobre prochain. L'arrivée de Pauline Marois amènera-t-elle le PQ à se remettre en selle? Mario Dumont respectera-t-il sa décision de ne pas faire renverser le gouvernement cet automne? Jean Charest sera-t-il capable de mener le gouvernement en étant plus justes dans ses concessions et plus réalistes dans ses positions inflexibles?

C'est à voir!

La dépression: bien en parler

Il n'est pas facile d'exposer aux autres notre situation lorsque nous sommes dépressifs. Les préjugés sont nombreux et ils ont souvent la vie dure. J'en ai moi-même payer les frais depuis que je me sais atteint de cette méconnue maladie.

Beaucoup de gens aiment à croire que la dépression n'est qu'un terme pour masquer ce qui serait, en réalité, une quelconque paresse. Que ceux qui en souffre se plaignent pour peu et qu'il suffit qu'ils se donnent un bon coup de pied au derrière pour se «ressaisir». D'autres ne voient chez les dépressifs que d'habiles manipulateurs, dont les complaintes ne servent qu'à atteindre des objectifs purement égoïstes. C'est pourquoi plusieurs croient que les dépressifs ne sont que des bluffeurs.

Plusieurs personnes confondent également la dépression avec d'autres maladies mentales, telles que le trouble bipolaire (maniaco-dépression), la psychose, les troubles de la personnalité et même, parfois, la schizophrénie. Il suffit de jeter un coup d'œil dans le DSM-IV pour voir que de nombreuses autres maladies sont confondues avec la dépression. De plus, ces maladies sont elles-mêmes affligées de nombreux préjugés, et s'ils sont parfois justes, ces préjugés sont abordés trop souvent hors contexte et par des personnes manquant cruellement de connaissances.

Enfin, les médias, toujours plus assoiffés de sensationnalisme que d'information et de vérité, n'aident en rien à faire connaître la dépression. Au contraire, ils la démonisent en l'invoquant à tord et à travers chaque fois qu'un crime violent est commis. Étrangement, ils ne sont jamais très bavards concernant la feuille de route des «spécialistes» auxquels ils font appel et qui confirment presque toujours les préjugés, habilement pris aux pièges par les questions pré-formatées des journalistes ou simplement habilement choisis.

Malgré tout, je crois qu'il est possible de communiquer sa maladie aux autres et de contribuer à rétablir les faits concernant la dépression. Pour commencer, je dirais qu'il existe deux étapes: celle où l'on expose sa maladie à des fins thérapeutiques et celle où on l'expose à des fins informatifs.

Je doute fort qu'une personne puisse guérir de la dépression en gardant secrète sa situation, ne la communiquant qu'à quelques intervenants, tels qu'un médecin, un pharmacien et un thérapeute. D'ailleurs, si ce dernier et ce premier sont le moindrement professionnels, ils suggéreront d'en parler avec la famille et les amis.

Le but recherché n'est pas d'obtenir de la pitié ni de pouvoir manipuler les gens qui nous aiment. En réalité, les personnes dépressives ont surtout besoin d'être entourées de personnes qui comprennent leur situation, afin qu'elles puissent guérir à un rythme sain et vivre ce qu'elles ont à vivre sans être jugées.

Par exemple, une personne dépressive peut avoir besoin de s'isoler à des moments impromptus, question de laisser sortir une émotion qui doit sortir. Cette même personne peut être amenée à quitter une réunion sociale prématurément afin de faire ce qu'elle doit faire; une personne dépressive bien encadrée saurait ce qu'elle a à faire. Un entourage ignorant la situation de la personne dépressive pourrait alors mal interpréter son comportement.

L'ouverture vis-à-vis de son entourage permet également à la personne dépressive d'éloigner les individus qui pourraient nuire à sa guérison. Cela peut faire très mal, mais conserver dans son entourage une personne dont la mentalité est négative — par rapport à la dépression, va sans dire — pourrait avoir des conséquences autrement plus graves à long terme. Bien sûr, il n'est pas toujours possible d'éloigner une telle personne, s'il s'agit d'un frère, par exemple.

Il n'existe probablement pas de méthode miracle et universelle pour communiquer sa maladie aux proches. Toutefois, je pense qu'il faut partager ce que l'on vit, autant en ce qui concerne les symptômes que les démarches entreprises pour guérir. Démontrer que l'on ne reste pas inactif face à la maladie rassure beaucoup les gens, qui se sentiront moins manipulés et/ou impuissants. Comme la connaissance de sa maladie est le second pas vers la guérison, le premier étant la prise de conscience, je crois qu'il est bien de partager à son entourage les informations que l'on acquiert au court de la guérison.

J'ai moi-même du communiquer ma situation aux personnes qui m'entourent. Certaines personnes ne comprenaient pas la maladie, mais m'ont quand-même soutenu. Alors que je m'attendais à des préjugés péjoratifs de la part de quelques personnes précises, il n'en fut rien. Enfin, j'ai du exclure totalement une personne de mon entourage et réduire mes contacts avec une autre.

Après un certain temps, alors que la guérison s'achève ou que la personne contrôle bien sa dépression (dans le cas d'une dépression permanente et/ou chronique), survient la deuxième étape. Ceux et celles qui y sont rendus savent normalement que leur entourage est informé et compréhensif, mais qu'en est-il des «autres»?

Une personne dépressive ne voit rarement son cercle de relations s'agrandir aux débuts de sa maladie. C'est même plutôt l'inverse qui se produit. Dans certains cas, des dépressifs s'entoureront d'autres dépressifs, dans le cadre de thérapies ou de groupes de soutien. Dans tous les cas, il ne s'agit pas de personnes étrangères à la dépression, des personnes qui sont «fonctionnels» dans la société «normale».

Premièrement, il est bon de clarifier une chose: la discrimination envers les personnes souffrant de dépression est tout aussi inacceptable, légalement parlant, que la discrimination raciale et religieuse. Par exemple, un employeur ne peut rejeter une candidature (ou refuser un retour au travail) sous prétexte qu'une personne souffre de dépression. Il doit d'abord lui donner la même chance qu'à tous.

À l'instar de l'étape thérapeutique, il est important de connaître son sujet. La différence est que, maintenant, la personne est fonctionnelle et ne cherche plus à s'assurer un climat qui favorise sa guérison. Désormais, le but recherché est de combattre les préjugés en informant correctement les gens sur la maladie, normalement dans le but de faciliter la vie des prochaines personnes qui vivront une dépression.

Renart L'éveillé l'a très bien exprimé dans son commentaire sur mon billet Passage obligé: «Plus il y en aura [qui en parlerons], plus ça deviendra accepté, plus les gens se feront soigner. Cette maladie est encore trop tabou.»

Je vais essayer de tracer un portrait bref de la situation. L'opinion publique empêche les politiciens d'aborder franchement la question. Ceux-ci pourraient être plus réceptifs si la demande était assez importante. Or, la demande est faible, parce que trop de personnes refusent de consulter en raison de l'opinion publique. Quant à celle-ci, elle est forgée par de la désinformation, nourrie en partie par le refus du gouvernement (et le système qui en découle) de se pencher sérieusement sur la question, tant au niveau médical que social.

Si les personnes affectées, ou ayant été affectées, par la dépression abordaient plus ouvertement le sujet en société, l'idée que celle-ci se fait de la maladie deviendrait plus juste et plus positive. Ce partage ne jetteraient pas à terre tous les préjugés, mais pourrait donner juste le petit coup de pouce pour engendre un effet domino bénéfique.

À l'étape thérapeutique, je suggérais d'aborder la dépression à la première personne. Pour l'étape informative, je suggère de l'aborder avec plus de détachement. L'auditoire n'est plus composé de personnes ayant à cœur votre bien-être, mais d'étrangers qui n'en ont probablement rien à cirer… pour l'instant. Il serait alors utile d'étoffer le témoignage de renseignements plus scientifiques, plus objectifs et d'y inclure des références.

Il faut être capable d'expliquer les signes avant-coureurs et les symptômes, y compris ceux que l'on n'a pas vécus. Sa propre expérience est utile, mais il faut également savoir où en sont rendus les recherches sur la dépression et quel est l'état des moyens curatifs offerts. Avoir un esprit critique peut démontrer que l'on est attaché à la cause, mais que l'on ne porte pas des œillères nous empêchant de voir le reste. Enfin, être capable de fournir le nom d'un bon site web ou d'un livre de qualité permet aux personnes de vérifier ses dires.

Personnellement, je n'aborde pas la question de front. Je trouve ça trop agressif et ça risque d'avoir l'effet contraire à celui escompté. Je préfère attendre que mon auditoire me connaisse un peu mieux, afin qu'il lui soit plus difficile de laisser les préjugés décider seuls de sa réaction. Je préfère glisser le sujet dans une conversation, laisser venir l'occasion d'en parler. Si les esprits s'échauffent, je ne m'obstine pas. D'autres occasions se présenteront pour que j'approfondisse le sujet avec les personnes de l'auditoire qui sont assez ouvertes.

Il y a des gens avec qui je n'aborderai jamais le sujet et c'est bien ainsi. Je n'ai pas besoin de «convaincre» (le terme est inapproprié, je sais) tout ceux que je rencontre. Je m'éreinterais à la tâche et finirais par être gagné par le désespoir. Si je peux faire changer l'opinion que d'une poignée de gens tout au long de ma vie, alors je serai satisfait.

mardi 19 juin 2007

Une bonne, une moins bonne et une contrariante nouvelle

La bonne nouvelle, c'est que la période d'inscription — différente de la période d'admission — pour les nouveaux admis au baccalauréat en histoire de l'UQÀM est étirée jusqu'au 13 juillet. Originalement, je devais m'inscrire entre le 28 mai et le 1er juin, mais pour des raisons essentiellement financières, je n'ai pu respecter cet intervalle.

La moins bonne nouvelle, c'est que l'Aide Financière aux Études, du Ministère de l'Éducation, ne m'aidera pas à réserver une chambre en résidences. Pour effectuer une telle réservation, il faut déposer l'équivalent d'un mois de loyer (465$), par mandat postal ou chèque visé. Je devrai revoir mon budget, déjà très serré, afin d'assumer moi-même ce dépôt.

La contrariante nouvelle, c'est que l'UQÀM a déjà commencé les coupures visant à se renflouer. Le premier service à écoper est le Centre de formation sur l'enseignement en milieux défavorisés. Pour la suite, ce sont des programmes entiers qui sont envisagés, entre autres solutions. Même si je ne crois pas que les programmes en histoire soient en danger, je crains que la bibliothèque, qui offre une collection présentement vétuste et maigre (dans le sens de la précision, pas nécessairement de la quantité), se voit rogner son budget.

L'étudiant en histoire passe environ 80% de son temps consacré aux études dans les livres, à effectuer des recherches et préparer des dissertations. Jusqu'à date, tous les professeurs que j'ai eus mentionnent qu'une visite à l'UdeM est presque inévitable, la bibliothèque de l'UQÀM ne suffisant guère. J'ai l'impression que ce ne sera pas demain que les professeurs cesseront de répéter cette mention. Malheureusement, les déplacements à l'UdeM sont onéreux en temps et en argent.

M'enfin, ce pourrait être pire. Je pourrais ne pas avoir la chance (ou le droit) d'aller à l'université.

dimanche 17 juin 2007

Docteur Folamour ou: comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe

Ce weekend, j'ai ajouté un nouveau classique à ma longue liste de films visionnés. Je voulais regarder Dr. Strangelove or: How I Learn to Stop Worrying and Love the Bomb depuis longtemps, mais je ne suis abonné à aucun club vidéo, ce type de film passe que trop rarement à la télévision et regarder un film sur l'ordinateur n'est pas mon fort.

Mais enfin, j'ai pu voir ce chef-d'oeuvre de Stanley Kubrick. Il était télédiffusé à Télé-Québec et sans interruptions publicitaires. Ce ne sont pas TVA et TQS qui s'y risqueraient. Même Radio-Canada, qui diffuse un cinéma plus artistique et intelligent, n'aurait pas diffusé un film sans pauses.

Mon premier constat, dès le début du film, c'est à quel point, 44 ans plus tard, le traitement est encore très et malheureusement actuel. Ce n'est pas un hasard si les caricaturistes et les graphistes adorent placer George W. Bush dans les décors de Docteur Folamour.

Cette pérennité du sujet s'explique. En 1963, le monde était en pleine crise de la Guerre Froide. Autant en Russie qu'aux États-Unis, on était plongé dans une atmosphère de vive paranoïa et une course à l'armement dont le but n'était pas d'empêcher l'autre de progresser, mais de toujours s'assurer d'être devant. Les croisades propagandistes étaient monnaies courantes et avaient imprégnées dans l'esprit des gens (Russes et États-uniens) de profonds mythes à propos du clan adverse, mythes frisant souvent le ridicule.

Qu'est-ce qui a changé depuis 1963? Les Russes ont été remplacés par les musulmans dans le rôle du Diable. La chasse aux communistes a été remplacé par la chasse aux terroristes... et carrément tout ceux dont la chasse aux terroristes n'est pas une priorité. Tout le reste demeure inchangé. La propagande, la paranoïa et la course à l'armement font toujours partis du décors; aux États-Unis, le fanatisme militaire est aussi puissant que le fanatisme religieux, auquel il est étroitement lié.

Docteur Folamour était, en 1963, une délicieuse satire politique remplie de scènes devenues légendaires, comme le soldat cowboy chevauchant une bombe atomique et le général paranoïaque qui veut à tout prix protéger une vulgaire map monde d'un ambassadeur russe... juste parce que c'est un ambassadeur russe. En 2007, la satire tient toujours et nullement besoin de connaissances historiques pour l'apprécier grâce à notre merveilleuse situation géo-politique mondiale.

Ma note: ce film se passe évidemment de note!

vendredi 15 juin 2007

Les 4 fantastiques et le Surfeur d'Argent

Commençons par couper l'herbe sous le pied de plusieurs critiques professionnels.

Oui, cet opus coupe trop court aux intrigues dramatiques. Oui, Jessica Alba (Le femme invisible) et Julian MacMahon (Viktor Von Fatalis) sont assez mauvais. Oui, l'humour est omniprésent, facile et juvénile. Oui, le récit est plutôt cabotin et invraisemblable (tu parles d'un défaut à attribuer à un film de super héros!). Oui, le personnage du Surfeur d'Argent est atrocement sous-utilisé. Oui, la chimie entre les acteurs n'est pas la meilleure qui soit, et enfin, oui, le film est trop lent à démarrer pour un produit de 90 minutes.

Enfin, voici ce qu'aucun critique professionnel ne dira sur ce film: ils se sont divertis. C'est cet aspect qui rend Les 4 fantastiques et le Surfeur d'Argent une coche meilleur que son prédécesseur. L'humour, bien que facile, est assez efficace et, s'il est vrai qu'il coupe court aux intrigues dramatiques, empêche les acteurs de s'y casser la gueule. Les effets spéciaux sont parfaitement réussis, particulièrement dans le cas du Surfeur d'Argent et de son maître, Galactus.

Les 4 fantastiques et le Surfeur d'Argent ne mettra pas la franchise à laquelle il appartient dans la liste des adaptations mémorables de bandes-dessinées. Soyons honnête, les 4F ne jouent pas dans la même ligue que Spiderman — même si les cinéphiles risquent de mieux apprécier la seconde aventure des fantastiques que la troisième de l'homme-araignée —, Batman Begins, ou encore les X-Men.

Mais les 4F peuvent s'estimer de meilleure qualité que les Daredevil, Elektra, Hulk, The Punisher et Catwoman. À de simples fins de comparaison, je dirais que Les 4 fantastiques et le Surfeur d'Argent est de la trempe de Ghost Rider, même si ce dernier bénéficiait d'un atout de plus: Nicolas Cage.

On oubliera très rapidement la dernière aventure de Mister Fantastic, la Femme Invisible, la Torche Humaine et la Chose — Evan le tout-puissant risque d'éteindre la torche dès vendredi prochain —, mais, pour ma part, je ne peux pas dire que j'ai gaspillé mon argent et que j'ai été déçu des 90 minutes que dure le film.

Ma note: 3 sur 5 (j'avais octroyé un 2.5 pour le premier opus).

P.S.: je n'ai jamais lu de bandes-dessinées.

lundi 11 juin 2007

Danny Ocean 13

L'autre jour, lorsque ma mère me demanda si j'avais vu et si était bon Pirate des Caraïbes: Jusqu'au bout du monde, je lui répondit exactement la même chose que sur ce blogue: «Moins bon que les deux premiers». Mon père n'a alors pas tardé à me répliquer: «On sait ben, quand un troisième film sort, y est toujours moins bon que les deux premiers!».

Eh bien, voici, en ce qui concerne l'été 2007, l'exception à la règle. Alors que j'étais resté sceptique et pantois devant le banal Retour de Dany Ocean (v.f.q. de Ocean's Twelve), Dany Ocean 13 — notez qu'à l'origine, la version québécoise devait s'appeler Le nouveau pari de Dany Ocean — permet à la franchise de reprendre du poil de la bête, sans toutefois égaler l'excellent Inconnu de Las Vegas (2001).

Dany Ocean 13 nous ramène en terrain connu sous presque tous les angles. C'est peut-être là son seul véritable défaut: il manque d'originalité. J'imagine cependant qu'il s'agit du meilleur compromi entre les deux premiers opus.

Nous retrouvons donc Las Vegas et l'univers glamour et dangereux des casinos. Si l'objectif de départ est différent des deux volets précédants, s'agissant cette fois de ruiner l'ouverture d'un casino afin de venger un coup de cochon porté contre Reuben, le film finit par nous ramener au cambriolage et au traditionnel plan «comment on entre et comment en sort?».

En contre-partie, les points forts sont nombreux. Le scénario est plus fluïde et cohérent que Le retour de Dany Ocean, l'humour retrouve une touche plus légère et subtile, les idées des voleurs et les obstacles qu'ils affrontent sont à la fois plus plus vraisemblables et utiles au récit, les personnages secondaires sont utilisés à juste titre et on ne peut que se délecter devant le résultat en fin de film. Contrairement à son prédecesseur, on ne ressort pas de la salle en se disant: «Tout ça juste pour ça!»

Dany Ocean 13 n'est pas un film parfait, mais il parvient à allier la qualité scénaristique à l'optique du divertissement. Un bon deux heures sans ennuis et sans arrière-goût et/ou faim non rassasiée.

Ma note: 4/5 (j'avais donné 5 pour le premier et 3 pour le second).

mercredi 6 juin 2007

Passage obligé

Hier encore, j'hésitais à aborder le sujet. Une partie de moi disait qu'il était trop délicat, trop personnel pour en parler sur mon blogue. Une autre partie me rappelait que j'avais d'abord et avant tout créé ce blogue dans le but d'en faire mon journal intime. Un journal élargi, dans lequel je souhaitais toucher à plusieurs sujets, mais un journal intime tout de même.

Finalement, ce qui m'aura décidé, c'est la mission informative que je me suis donné à la sortie de la seule et unique thérapie que j'ai jamais suivie pour guérir ma dépression.

Depuis neuf jours, je traverse l'une des périodes les plus importantes de ma vie. Un passage obligé dans tout processus de guérison. Ce passage, c'est le sevrage d'un psychotrope. À titre purement informatif, le psychotrope en question est du venlafaxine, un antidépresseur mieux connu sous le nom d'Effexor®.

Comme la plupart des psychotropes, le sevrage d'un antidépresseur se fait graduellement. Il est fortement déconseillé d'arrêter subitement; il va sans dire que la vie d'une personne y serait grandement mise en danger. Le processus est tout simple: on coupe de moitié à chaque étape. Dans mon cas, il s'agit de la première d'une série de trois étapes, chacune séparée par une période de stabilisation.

Je savais exactement à quoi m'attendre en acceptant le sevrage. Toute personne qui a déjà pris une dose d'antidépresseur en retard, assez pour en ressentir les effets, peuvent considérer savoir à quoi s'attendre.

Les premiers jours, aucun trouble. Tout au plus un faible étourdissement accompagné d'une légère anxiété, davantage liée à l'incertitude face à l'inconnu qu'au sevrage lui-même. Mais lundi soir fut une toute autre histoire. Une semaine plus tard, je commençais à sérieusement ressentir les effets du sevrage: étourdissements plus forts, nausées et crises d'anxiétés intermittentes.

Mes nerfs étaient très à vifs. À plusieurs reprises, mes mains se sont crispées, tantôt serrant le bras et le coussin de mon sofa, tantôt se serrant douloureusement l'une et l'autre. Les étourdissements venaient par vagues d'intensités, allant du léger inconfort à la perte de repères, comme lorsqu'on se relève trop rapidement... sauf que j'étais assis. Enfin, des poussées larmoiements, sans toutefois qu'il y ait flot.

Pour beaucoup de gens, l'épisode que j'ai vécu lundi pourrait sembler affolant. Il n'en est rien. Les personnes qui arrêtent de consommer certaines substances plus communes, telles que la caféine, la nicotine et le cannabis, peuvent ressentir ces symptômes lors du sevrage. Dans une proportion plus large, toutes les personnes consommant des psychotropes peuvent ressentir ces symptômes lors d'un sevrage.

Dans mon cas, cet épisode avait quelque chose de rassurant. Pour ceux n'ayant pas vécu de dépression, il sera peut-être plus difficile de comprendre pourquoi..

Brièvement, je dirais que cet épisode m'a permis de prendre conscience que les symptômes de mon sevrage sont purement physiques, alors qu'ils auraient pu également être psychologiques, advenant le cas où je n'aurais pas été réellement guéri de la dépression, mais simplement gelé.

La dépression survient lorsque nous perdons le contrôle, non pas sur ce qui nous entoure (y compris notre corps), mais sur la façon dont nous réagissons (psychologiquement) aux problèmes qui nous arrivent. Perdre son emploi, c'est de perdre le contrôle sur notre environnement de travail, sur ce qui nous entoure. Se sentir dévaloriser, rejeter, c'est de perdre le contrôle sur la façon dont nous réagissons au problème. L'équation indique de quelle façon nous guérissons de la dépression.

Lundi soir, j'ai gardé le contrôle. Certes, j'avais perdu celui de mon corps, mais j'ai conservé celui sur ma façon psychologique de réagir face à la situation. Sans me donner l'impression d'être devenu un Superman face à la maladie — le sevrage me rend légèrement plus fragile au niveau émotionnel —, cela signifie beaucoup pour moi.

Ce billet en est un autre très long, mais il m'a fait énormément de bien de le rédiger. Il se veut aussi une explication sur la léthargie que vit se blogue depuis une semaine.

De plus, peut-être qu'en partageant ainsi cette tranche très intime de ma vie, je contribuerai à mieux informer les gens sur cet aspect de la maladie dite «dépression». Informer les gens en santé qui méconnaissent — et ils sont très nombreux — cette maladie, mais également les dépressifs en phase de guérison qui emprunteront éventuellement ce passage obligé.

Enfin, à tous les détracteurs des antidépresseurs, la réalité est la suivante: beaucoup de dépressifs n'auraient jamais eu la chance de guérir sans la médication. La dépression comporte un facteur biologique et chimique qu'il ne faut pas ignorer. Compte tenu du grand nombre de diagnostiques erronés, ou surestimés, en matière de dépression, il est permis de penser que les gens prétendus dépressifs et qui en sont «guéris» sans médication puissent avoir reçu un diagnostique inappropriés. Ceci ne réduit en rien les souffrances qu'ils ont pu vivre, mais permet de rétablir l'équilibre entre les faits et les mythes.

Pour de plus d'informations, le site québécois Psychomédia offre une description que je considère très potable.

Il est possible aussi de googler le terme «dépression». La prudence est de mise, car la terminologie et le vocabulaire peuvent différer d'une région à l'autre, notamment entre le Québec et la France. Pour des informations justes, il est essentiel de consulter des sites scientifiques et médicaux, mais aussi des sites d'échanges entre personnes souffrant ou ayant soufferts de dépression. Finalement, il faut utiliser le site Wikipédia avec réserve. Le lien Wikipédia employé dans ce billet a été choisi par manque d'alternative intéressante.