mardi 23 janvier 2007

Décret Royal (deuxième partie)

Dans la première partie, je me suis concentré sur les différentes réactions, surtout canadiennes et québécoises, sur les paroles de Ségolène Royal, candidate aux prochaines élections présidentielles de 2007, en France. Mais moi, personnellement, qu'est-ce que j'en pense?

Étant souverainiste moi-même, je reçois favorablement les propos de Mme Royal sur la souveraineté québécoise. À l'instar de quelques commentaires que j'ai lus suite au billet de Patrick Lagacé sur son blogue, je ne crois pas que le Québec doive aller chercher la bénédiction de quiconque, y compris la France, pour devenir indépendant. Je considère en effet qu'il s'agit d'un droit acquis; si le Québec décide démocratiquement de faire la souveraineté, aucun état du monde n'aura rien à redire... que ça lui plaise ou non. Ceci dit, même si en théorie, seuls les Québécois peuvent décider de leur souveraineté, en pratique, une reconnaissance internationale facilitera énormément la construction du nouvel état Québécois. Dans cette perspective, avoir des sympatisants parmi les grands états de ce monde serait très avantageux.

Toutefois, il ne faut surtout pas s'emballer d'une telle déclaration. Ce que dit Mme Royal aujourd'hui et la position qu'elle prendra si elle devient présidente peuvent être deux choses absolument différentes. Demandez-le à Jacques Chirac, qui fut sympatisant souverainiste un jour et défenseur du fédéralisme canadien le lendemain. Si Mme Royal devient présidente, elle sera confrontée à des enjeux économiques et politiques qui la feront peut-être basculer.

Nos députés fédéraux et fédéralistes accusent Mme Royal de faire preuve d'ingérence dans les affaires démocratiques du Canada. Plusieurs souverainistes en font autant, peut-être par impartialité — ils n'aimeraient pas, en effet, qu'un candidat étranger prône l'union canadienne — peut-être par peur que la France (je parle du gouvernement, pas du peuple français) cache un projet d'annexion du Québec après une éventuelle dépendance (c'est de la paranoïa), peut-être parce qu'ils considèrent que si la France se permet de pencher d'un côté, elle se permettra de pencher de l'autre. Personnellement, tant qu'un étranger n'injectera pas des fonds en faveur d'un parti ou de l'autre (souverainiste ou fédéraliste), je n'y vois pas la moindre ingérence. Pas plus que je n'y voyais d'ingérence lorsque Bill Clinton se déclarait en faveur d'un Canada uni, ce qui changerait si j'apprenais que les États-Unis étaient financièrement impliqués dans le Scandale des commandites.

Je ne suis pas complètement indifférent aux propos de Mme Royal, mais je lui accorde peu d'incidence sur la vie politique québécoise et canadienne, ainsi que sur l'image que le projet souveraniste québécois projète au reste du monde.


D'un côté purement stratégique, je dirais que Mme Royal a probablement commis un erreur en se prononçant de la sorte sur la politique d'un pays tiers. Il semble que cela soit légion pour Mme Royal, si j'en crois plusieurs commentaires lus sur la toile française.

Il est vrai que Mme Royal ne s'y connaît en rien en matière de politique Canadienne et Québécoise et qu'en politique, lorsque tu ignores, tu te tais. Dans un monde gouverné par l'économie, tu ne vas pas non plus encourager la sécession d'une partie d'un état dont tu es un partenaire commercial. Stratégie de peu d'incidence lorsque tu n'es que candidat à la présidentielle, mais dangereuse lorsque tu devient président. Finalement, ce qui est peut-être inquiétant, c'est qu'autant de «bourdes» — je ne suis pas assez connaissant de la politique française pour me prononcer sur les bourdes en question — peuvent trahir non seulement une certaine incompétence du candidat, mais des conseillers derrière le candidat; conseillers qui auraient, évidemment, des postes clés dans l'administration si le candidat remporte les élections. Quel image de la France donnerait un tel gouvernement d'incompétants?

Pour l'instant, la France n'est pas mieux ni moins bien perçue par les Canadiens et les Québécois qu'elle l'était avant. Elle reste un état avec lequel une majorité de Canadiens et de Québécois partagent des valeurs, qui peuvent changer selon qu'on est canadien ou québécois.

En terminant, autant les Français souhaitent que Mme Royal s'occupe davantage des préoccupations spécifiques aux Français, autant je souhaite que les Canadiens et les Québécois, leurs chefs politiques et leurs médias se concentrent maintenant sur les enjeux spécifiques au Canada et au Québec plutôt qu'à l'opinion d'une française sur la souveraineté québécoise.

P.S.: Bien que je sois souverainiste et me considérant d'abord Québécois, je suis également quelqu'un qui a reçu une certaine éducation en matière de rédaction. C'est pourquoi je mets toujours les termes relatifs au Canada devant ceux relatifs au Québec. Ce n'est qu'une question d'ordre alphabétique, une règle de rédaction des listes que j'ai appris au secondaire.

Aucun commentaire: