C'est la fin qui compte, pas les moyens
Il m'aura fallu du temps pour assimiler cette possibilité, et même encore, il ne s'agit pas d'une certitude dans mon esprit.
Suite à cette première session à temps plein comme universitaire, je suis devant la nécessité de mettre mes études sur la glace jusqu'en mai, peut-être même jusqu'en septembre prochain. L'addition de divers problèmes d'ordre familial a transformé ce qui devait être l'une des plus stimulantes expériences de ma vie en véritable calvaire.
D'un point vue purement superficiel, c'est notre situation financière précaire qui a gâché ma session. Mon père, dont j'ai exposé la situation dans un billet du mois d'août, est le seul pourvoyeur de la famille et doit se contenter d'un salaire actuel inférieur à ce qu'il faisait avant.
En 2001, lorsque je fut diagnostiqué dépressif majeur et que ma grand-mère se remettait péniblement d'un double pontage ayant sévèrement accélérer son vieillissement, ma mère quitta son emploi pour devenir notre aidant naturel. Six ans plus tard, elle n'arrive pas à réinsérer le marché du travail dans son domaine et est trop épuisée pour entreprendre un changement de carrière.
Quant à moi, la dépression majeure a laissé des séquelles qui, aujourd'hui, rendent impossible pour moi de conjuguer emploi et études. Connaissant ma situation, ce ne serait pas l'un ou l'autre qui serait hypothéqué, mais les deux. Probablement que j'aurais à vivre à la fois un échec scolaire et un congédiement.
Cependant, j'aurais sans doute pu réussir cette session malgré notre situation financière précoce. Si, lorsque j'étais entre les murs de l'université, j'étais parvenu à faire abstraction de nos problèmes, j'aurais très bien pu réaliser les différents travaux exigés par mes professeurs et étudier avec assez d'application pour obtenir des résultats satisfaisants.
Mais je n'arrive pas à chasser de mon esprit notre situation familiale. Mes parents se sont inquiétés et ont pris soins de moi au plus pire de ma dépression. Ma mère en a fait autant pour ma grand-mère, et mon père pour ma mère. Aujourd'hui, c'est moi qui est inquiet pour eux. Ils paient le lourd tribu pour s'être occupé de moi, pour avoir retiré le maillon qui était le leur de la chaîne de montage capitaliste qui est celui de notre inconscient collectif, et donc de nos dirigeants politiques et économiques.
Bien que je me sente nullement responsable de la situation de mes parents, je ne peux rester les bras croisés. Si mes parents n'ont obtenu aucune aide alors qu'ils me soutenaient dans un passage difficile de ma vie, ils n'en recevront pas davantage maintenant qu'ils traversent eux-mêmes une période creuse.
La seule façon qui semble se présenter à moi pour les aider est de me rendre le plus possible indépendant d'eux. Leur donner congé d'une de leurs nombreuses préoccupations. Étant donné que je ne peux procurer à mon père l'emploi qu'il mérite d'occuper, que je ne peux épargner ma mère le fardeau que représente l'Alzheimer de ma grand-mère, que je ne peux forcer nos gouvernements à les soutenir le temps que mes parents se remettent en selle, il ne me reste qu'une solution: travailler durant les quatre, peut-être les huit, prochains mois.
Mon objectif est double. D'abord, permettre à mes parents d'investir un peu de leur argent dans leur propre avenir. Mon père doit suivre un cours de conduite de véhicules lourds alors que ma mère doit suivre des cours liés à l'industrie agro-alimentaire. Ensuite, je veux me créer un coussin de sécurité financière pour mon retour aux études et ne plus être entièrement dépendant de l'aide gouvernementale. Parce que, soyons honnêtes, elle fait dure, cette aide!
Ça me fait très mal de mettre mes études sur la glace. C'est comme si je un étau me serrait le coeur. Toutefois, rien ne s'améliorera si je persiste dans la présente voie. Je souhaite toujours ardemment être diplômé en histoire et je vais continuer à oeuvrer dans ce sens, mais il me faut prendre des dispositions différentes.
Si j'étais paranoïaque, je dirais: "Ils ne m'auront pas, les salauds! Je vais l'avoir pareil, mon bacc." Je serai juste gradué plus tard que prévu initialement.





