Au Québec, nous sommes témoins, ces derniers temps, de mesures disciplinaires questionnable dans nos écoles primaires et secondaires. Enfants cloisonnés, menottés, classe entière suspendue pour deux jours, etc. Le système scolaire québécois perd le contrôle, autant de ses professeurs que de ses étudiants.
J'étudie présentement l'histoire à l'UQÀM et le meilleur débouché pour moi serait d'enseigner l'histoire au secondaire. Le Québec vit une pénurie des professeurs dans cette matière — et dans plusieurs autres — et on recrute largement. Sans doute comme plusieurs autres, je préférais travailler comme plongeur dans un restaurant — ne pas y voir là un quelconque dénigrement du travail de plongeur — que de me retrouver face à une classe d'une trentaine d'adolescents. Je ne souhaiterais pas être professeur au primaire non plus.
L'élastique des professeurs s'est rompu. Je crois que plusieurs personnes sont à blâmer, ou du moins, devraient être invitées à réfléchir sur leur rôle dans la situation que vit présentement le système scolaire québécois.
J'ai le sentiment que les professeurs sont mal formés et qu'ils sont parachutés très rapidement dans des classes désordonnées. Quant aux plus anciens professeurs, je pense qu'ils doivent énormément se sentir désemparés, eux qui ont assisté, sans assistance, à la dégradation de la discipline collective. Je n'ai qu'à penser à mes professeurs du secondaire, qui avaient également enseigné à mes parents à une époque où les élèves vouvoyaient les professeurs.
Loin de moi l'idée de prôner le retour du vouvoiement à l'école, mais uniquement de démontrer que les plus anciens professeurs ont connu des types d'élèves aux antipodes.
Je pourrais accuser les parents d'avoir manqué de rigueur disciplinaire, mais ce serait beaucoup trop simple.
Prenons un autre exemple qui m'est personnel.
Ma mère m'a élevé à une époque durant laquelle on disait aux parents que les anciennes méthodes, celles avec lesquelles ils avaient été eux-mêmes élevés, n'étaient plus «correctes», sans pour autant leur donner de nouveaux outils, du moins des outils efficaces. Bien sûr, je n'accuse surtout pas ma mère de m'avoir mal élevé. Au contraire, je pense qu'elle y est plutôt bien parvenue, mais je peux affirmer aujourd'hui qu'elle ne l'a pas fait avec la même assurance, la même conviction que ses parents.
En m'impliquant au niveau du scoutisme, je rencontre régulièrement des parents d'enfants entre neuf et quatorze ans qui ont l'âge de mes propres parents. Je ne peux m'empêcher de croire alors que les parents des préadolescents et des adolescents d'aujourd'hui ont appris l'art d'être parent à l'intérieur d'une ère où la rigueur disciplinaire était démonisée.
Évidemment, en 2007, les spécialistes, et même des parents, commencent à répandre une philosophie parentale plus équilibrée, à mi-chemin entre l'inflexibilité irraisonnée de mes grands-parents et le laisser-aller négatif de mes parents. En parlant de mes grands-parents et mes parents, je fais allusion à leur génération, et non à eux directement. Mais cette nouvelle philosophie, donc, s'adresse davantage, ou est davantage à la portée, des tous nouveaux parents, ceux qui ont des enfants en deçà de cinq ou six ans.
Je pourrais ajouter à ma réflexion l'ingérence mutuelle que font les professeurs et les parents. Les premiers se mêlent souvent de ce qui se passe à la maison, pas toujours d'une façon positive, favorisant le clivage entre les parents et l'enfant. Les seconds ont envahi l'administration scolaire plus rapidement que Rome a envahi l'Orient, balisant une institution dont ils ne connaissent souvent trop peu les subtilités, empêchant ainsi les professeurs de faire efficacement leur travail.
Les professeurs ne sont pas à accuser, mais je pense qu'il ne faut pas non plus complètement les déresponsabiliser. Idem pour les parents. Le nœud du problème se trouve où, alors? Dans notre société en générale, qui, chaque jour, affiche et consomme de plus en plus de violence, alors que la notion de famille s'efface devant un individualisme convaincu? Dans nos gouvernements, qui abandonnent à eux-mêmes parents, professeurs et enfants?
Je réfléchi. Je ne prétends pas connaître le problème en profondeur et, malheureusement, je n'ai pas de solution miracle et standardisée.
Je crois que la réponse se trouve à l'intérieur de chacun de nous. Si nous fesions tous l'exercice de réfléchir quelques minutes pour identifier quel est notre responsabilité face à la situation et que nous travaillions à corriger uniquement la lacune s'appliquant à soi, peut-être parviendrions-nous à régler le problème. L'inaction personnelle face à un problème social évident peut être considérer comme une lacune, dans le sens où nous pouvons tous agir, même s'il ne s'agit pas explicitement d'un manque personnel à combler.
Je suis conscient que cette vision est largement utopique dans une société où il est plus facile d'accuser l'autre que d'admettre sa part de responsabilité et de passer à l'action.
Je ressemble à quelqu'un qui a peu de foi en l'humanité, mais celle-ci est passé e au travers de nombreux problèmes qui, à l'époque où ils sont survenus, apparaissaient insurmontables, alors j'ai encore espoir.