La dernière fois que j'ai eu un peu de sympathie pour l'Action Démocratique du Québec, c'était lors des élections de 1998. Je n'étais alors même pas en âge de voter. En 2003, quelques personnes dans mon entourage me disaient qu'ils allaient voter pour l'ADQ parce qu'il représentait quelque chose de nouveau, de plus jeune, entre les deux vieux loups de mer qu'étaient Bernard Landry et Jean Charest. La plupart de ces proches appuyaient Dumont à cause de deux facteurs: la grogne face aux fusions forcées et le souverainisme incompatible avec le PLQ.
Moi, je n'ai pas grogné lors des fusions forcées. J'étais même en faveur des fusions municipales et c'était là d'un des très rares moments où j'approuvais une démarche contraire à la volonté populaire. Trop de municipalité en milieu urbain m'apparaissait — et m'apparaît toujours — incohérent dans la perspective d'un Québec indépendant et internationalement concurrent. À défaut d'avoir un pays populeux, une métropole populeuse représentait un avantage.
Donc, je n'avais aucune raison de voter pour l'ADQ en 2003. Mon vote est allé au Parti Québécois, mais le lendemain du 14 avril de cette année-là, je n'étais pas alarmé de la victoire de Jean Charest. Bien sûr, j'ai rapidement déchanté.
Dans les derniers mois de 2006 et au début de 2007, alors qu'une élection provinciale était imminente, je n'avais pas de raison particulière de ne pas appuyer l'ADQ plus que je n'appuie pas le PLQ. Mais alors que beaucoup de gens saluaient la montée de lait de Dumont sur les accommodements raisonnables, de mon côté, j'en étais insulté. Lorsqu'un politicien fait preuve d'un opportunisme aussi flagrant, je me dis que ce politicien se moque de l'intelligence des électeurs.
Ma première raison de ne pas soutenir l'ADQ: ce parti est opportuniste et populiste. C'est bien d'être à l'écoute de la population, mais je n'ai pas l'impression que c'est ce qu'a fait l'ADQ. Ne conserver que les premières notes d'une mélodie ne signifie pas qu'on l'ait écoutée. C'est pourtant ce qu'a fait l'ADQ. Il n'a conservé que les premiers soubresauts d'une contrariété collective, évidemment les moins rationnels et raisonnés, qu'il a repris à son profit, empêchant — ou épargnant — aux gens l'exercice de réfléchir plus profondément sur la problématique.
Ma deuxième raison, c'est que l'ADQ m'apparaît de plus en plus comme une formation réformiste radicale. La société est un train filant à toute vitesse et l'ADQ propose d'arrêter le train avec un mur de béton afin de le faire repartir dans une autre direction. Or, c'est l'écrasement assuré et un train désintégrer ne peut plus avancer, peu importe dans qu'elle direction on le dirige. Ou alors l'ADQ n'est pas le parti réformiste qu'il prétend être et qu'une fois au pouvoir, il ira là où la locomotive l'amènera. Quoi qu'il en soit, l'ADQ ne semble pas proposer une manière sûre de faire changer le train de direction.
Je m'explique. À chaque problématique, l'ADQ semble proposer une solution diamétralement opposée. Le système de santé public va mal? Adoptons un service de santé privé tel qu'aux États-Unis. Le mandat des commissions scolaires est caduc? Abolissons-les. Les conseils d'agglomérations ne fonctionnent pas comme les gens le veulent? Abolissons-les. La DPJ fonctionne de façon étrange? Créons un protecteur de la jeunesse pour surveiller ceux qui protègent la jeunesse.
Le radical m'apparaît rarement comme une bonne méthode pour changer les choses. Lorsqu'aux États-Unis, une poignée de terroristes ont commis 4 attentats préparés dans l'intimité de leur maison, le gouvernement des États-Unis a décidé d'abolir la vie privée. Certains articles du Patriot Act sont assez clairs pour me permettre cette déduction.
Abolir semble également être le moyen de prédilection de l'ADQ. Abolissons les taxes scolaires, mais octroyons des montants plus élevés en allocations pour les familles ayant des enfants d'âges scolaires. Hein?
À l'époque de la République romaine, les citoyens admissibles à une carrière politique pouvaient agrémenter leur généalogie afin d'augmenter leurs chances. C'est pourquoi Jules César se déclarait être le descendant de Vénus. Mais César a dansé avec la limite de ce qui était acceptable et plusieurs politiciens en herbes ont gâchés leur chance pour moins que ça. Au XXIe siècle, il est acceptable pour un politicien de pelleter un peu de nuages, mais comme la généalogie dans la Rome républicaine, il y a des limites. L'ADQ propose beaucoup sans expliquer les modes de financements, probablement parce qu'il ne peut l'expliquer.
C'était ma troisième raison. L'ADQ pellette trop de nuages pour que je le prenne au sérieux. Jusqu'à présents, les raisons qui me poussent à ne pas appuyer l'ADQ se complètent et s'expliquent entre elles. Dans la même veine, je dirais aussi que l'ADQ ne semble pas avoir une vision à long terme. L'ADQ propose d'agir rapidement à des problématiques très actuelles — on peut lire ici tendancielles — et proportionnellement à l'ampleur immédiate des problématiques.
Dans le temps de ma grand-mère, pour soulager une brûlure, on y appliquait du beurre. Le beurre donnait une apparence de guérison, tandis qu'en profondeur, la brûlure ne guérissait pas. Et plus la brûlure était grande, plus on mettait du beurre. Aujourd'hui, nous savons que la douleur engendrée par une brûlure dépasse la zone réellement brûlée. Cette partie douloureuse, mais non brûlée, ne nécessite évidemment pas l'application de beurre.
À l'instar des gens de l'époque de ma grand-mère, l'ADQ propose parfois des idées qui ont l'apparence de solutions, mais qui consiste le plus souvent à masquer la problématique plutôt que la régler. Une personne ne souffre-t-elle pas que lorsqu'elle voit sa blessure? Enfin, appliquer du beurre, ou n'importe quel onguent, ailleurs que sur la zone à guérir peu avoir des effets bénins, mais en politique, appliquer une «solution» là où il n'est pas nécessaire d'en appliquer peut avoir de très négatives conséquences.
Qu'il soit clair, je ne considère pas l'ADQ comme un parti démoniaque. Plusieurs idées sont intéressantes. J'aime particulièrement l'idée d'un seul rapport d'impôts, dans la mesure où remplir le rapport d'impôts provincial permettrait de faire d'une pierre deux coups.
J'aime aussi l'idée d'ajouter les traitements contre l'infertilité à la RAMQ, le retour du bulletin chiffré et certaines autres mesures en éducation, investir dans la prévention, instaurer une commission d'enquête publique sur les conditions de vie des aînés en hébergement, faire participer financièrement les détenus, etc.
Comme dans toute plate-forme, il y a du bon. Cependant, Mario Dumont et l'ADQ actuel ne sont pas ceux qui m'apparaissent — selon mes critères personnels d'électeur — aptes à faire germer quelque chose de bons de ces idées. Je trouve que Mario Dumont est trop avide de pouvoir, ce qui amène l'ADQ à sauter des étapes importantes de son apprentissage électoral. Il reste notamment à l'ADQ à apprendre à concilier leurs idées et la réalité, à proposer des moyens efficaces dans le but d'obtenir des résultats efficaces. De plus, il est assez rare qu'un politicien avide de pouvoir avant d'être élu le devient moins une fois élu. Généralement, c'est le contraire qui se passe.
Voilà pourquoi l'ADQ m'inspire peut confiance, encore moins que le PLQ.