Un comportement qui n'aide pas
Les étudiants du postsecondaire comprennent généralement bien les enjeux de la société, parfois mieux que des adultes au curriculum de vie bien rempli. Il est faux de prétendre qu'ils ne sont que des enfants gâtés, qu'ils n'ont aucune idée de la réalité, qu'ils ne savent pas ce qui est bien pour eux et qu'ils manifestent uniquement dans le but de provoquer.
Même si je n'appuie pas, pour l'instant, les revendications étudiantes prononcées à l'égard de la hausse des frais de scolarités et de la gratuité scolaire, je suis loin de considérer irréfléchie et inconséquente la population estudiantine qui manifeste ces jours-ci à Montréal. Je dois admettre que la plupart de mes collègues qui défendent les revendications mentionnées ci-haut ont des arguments qui, sans me persuader à agir, ont le mérite de me faire réfléchir et d'initier des interrogations qui occupent mon esprit en ce moment-même.
Là où le bas blesse, ce que ce ne sont pas ces étudiants consciencieux, matures et responsables que nous voyons ces temps-ci dans les médias. Même si elle représente la totalité des individus inscrits à temps plein dans son programme ou faculté, l’association étudiante est plus souvent qu’autre chose maintenue en vie et menée grand train par une minorité d’étudiants à têtes fortes.
Évidement, ces étudiants sont essentiels pour l’association, notamment par leur grande capacité à mobiliser les troupes et initier des moyens de pressions. Cependant, cette minorité est également le nid de quelques anarchistes en herbes — sorte de minorité dans la minorité — qui ont apparemment plus à cœur de manifester leur frustration intérieur, et indépendante de la vie étudiante, que de défendre les intérêts de leurs pairs.
Ce sont eux qui, une fois les moyens engagés, initient les confrontations physiques avec le personnel enseignant — ce fut le cas du candidat au poste de recteur à l'UQÀM, M. Claude Corbo — et qui posent des gestes de vandalismes. Après quoi, de placides manifestants se trouvant au mauvais endroit au mauvais moment deviennent d'innocentes victimes de la répression policière.
Qu'on ne soit pas d'accord avec la vision de certaines personnes — je ne suis pas d'accord avec le choix de M. Corbo d'appuyer le plan de redressement de l'UQÀM —, est une chose tout à fait légitime. De leur faire comprendre notre désaccord l'est tout autant. De s'en prendre physiquement et avec violence à ces personnes, toutefois, est absolument inacceptable et inexcusable. Il s'agit-là de voies de faits grave, ce qui constitue un comportement criminel.
Il y a une chose que les étudiants, et je m’y inclus, doivent comprendre, même si cela les choquent au plus haut point: ils ont des preuves à faire. La société qui nous entourent ne nous considèrent plus comme des gamins, certes, mais ne nous voient pas non plus comme des adultes, au sens moral du terme. Nous devons démontrer notre maturité et notre respect envers une société qui, malheureusement, à une fâcheuse tendance à toujours généraliser à partir du plus négatif.
Des gestes comme la manifestation d'aujourd'hui à la Tour de la Bourse n'ont comme conséquences que d'amenuiser nos chances d'obtenir satisfaction dans nos revendications et affaiblissent grandement l'appui d'une population que nous ne réussissons présentement qu’à exaspérer, voire à effrayer par moment. Cet appui est nécessaire dans l'atteinte de nos objectifs; appui qui, dans le cadre des revendications actuelles, n'est pas gagné d'avance.
Je suis d'accord pour "brasser la cage", mais cette cage n'est pas incarnée par les chaises des salles de cours ni par l'intégrité physique des individus qui nous semblent faire obstacles à nos revendications.
Cette cage que nous devons brasser est beaucoup plus subtile et abstraite; c'est celle de l'entêtement et de l'ignorance. Il faut la brasser non pas dans le but de blesser, physiquement ou moralement, mais dans le but de persuader les gens qui en sont prisonniers d'en ouvrir la porte et d'ainsi y laisser entrer de nouvelles idées, de nouvelles conceptions et de nouvelles solutions.
Quoique… on peut se permettre de blesser l'orgueil de certains individus dans la mesure où la blessure est provoquée par une rétractation ou un recul desdits individus dans leur position. Certains on l’orgueil très mal placé et ils méritent qu’elle soit éreintée!
Heureusement, la majorité des étudiants revendicateurs savent manifester respectueusement, mais avec tout autant de verve et d'aplomb. Si le mandat de grève est reconduit au cours des prochains jours, ce sera grâce à eux, parce que le mouvement gréviste s'essouffle déjà, même au sein de la population estudiantine. Notons ici qua la majorité des étudiants qui étaient en défaveur de la grève se sont abstenus de voter et qu’il y a de fortes chances que le nombre d’abstentions augmente aux prochaines assemblées.





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