mardi 20 novembre 2007

Responsabilité limitée, mais responsabilité quand-même

Lorsque nous sommes animateurs chez les Scouts, notre niveau de responsabilité face à la sécurité des jeunes change en fonction du groupe d'âge. Ainsi, le niveau de responsabilité imputable à des animateurs chez les Castors (7-8 ans) est plus élevé que celui imputable à des animateurs chez les Pionniers (15-17 ans). Plus les jeunes sont âgés, plus la responsabilité des adultes est limitée.

Dans certains districts, le port du couteau en permanence est strictement interdit chez les Louveteaux (9-11 ans) alors que son usage est soumis à une étroite surveillance. En cas d'incident, l'équipe d'animation sera plus susceptible d’être pointée du doigt que les jeunes impliqués. En revanche, chez les Éclaireurs, le port du couteau en permanence est autorisé et son usage, tout comme l'emploi d'autres outils tranchants, n'est pas soumis à une surveillance aussi rigoureuse. Les jeunes Éclaireurs ont plus d'autonomie, ce qui leurs impute également une plus grande responsabilité envers leur sécurité.

Ceci dit, les animateurs éclaireurs ne sont pas dégagés de toutes responsabilités. Parmi celles-ci se trouve l'obligation de fournir aux jeunes une formation adéquate sur l'utilisation sécuritaire des outils tranchants, y compris le banal couteau de poche. De plus, les animateurs doivent observer le comportement des jeunes avant de les laisser partir seuls avec des outils tranchants. Du moment que les animateurs ont rempli leurs responsabilités, c'est autour des jeunes d'en faire autant.

Les animateurs éclaireurs ont donc une responsabilité limitée, parce que partagée avec les jeunes, mais ont une responsabilité quand-même. Il en va tout autant de la ministre des Transports, Julie Boulet, dans cette affaire d'infractions au code de la sécurité routière.

Il est vrai que c'est son garde du corps qui tenait le volant et qui appuyait sur l'accélérateur. Sa responsabilité est indéniable, car même si les conducteurs se font imposer un agenda, la décision de contrevenir aux lois leur revient. Je crois que si un chauffeur respecte les lois, il obtient un argument de poids pour en appeler d'un possible congédiement pour avoir refusé d'accommoder son député de patron.

Compte tenu de sa position et du projet de loi qu'elle présente, Julie Boulet avait la responsabilité d'exiger de son conducteur le respect des lois actuelles et projetées. Sachant que les chauffeurs de députés se font régulièrement imposer des agendas qui, face au risque de perdre leur emploi, gravent en eux des habitudes difficiles à perdre, elle se devait de surveiller avec vigilance la conduite de son garde du corps, ne serait-ce que pour lui rappeler ses nouvelles obligations et éventuellement le congédier si après un période de temps raisonnable, ce dernier ne répondait pas de façon satisfaisante aux nouvelles consignes.

Elle n'a visiblement, si on le fie au discours qu'elle tient, rempli aucune de ces responsabilités. S'il est vrai que son garde du corps n'est pas à l’abri des blâmes dans cette histoire, la ministre ne l'est pas davantage. Encore plus que son conducteur, elle mérite de subir les conséquences pour avoir failli dans ses responsabilités.

Étant donné que le ministre des Transports doit continuer de tenir un certain discours moralisateur et que l'actuel ministre n'a plus la crédibilité de le faire, elle doit quitter ses fonctions. Le comportement "faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais" est tout aussi inacceptable en politique qu'en éducation parentale. Surtout qu'en politique, ce sont des adultes que nous devons convaincre.

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