Il y a toujours des limites
À force de frapper sur la légitimité du Bloc Québécois à Ottawa, ce sont les électeurs de ce parti qui finissent par se sentir attaqués dans leurs droits démocratiques. Les autres partis et leurs partisans peuvent bien questionner la place d'un parti souverainiste aux Communes et chercher à initier des doutes chez les électeurs dans le but de faire basculer le vote, il y a toujours des limites.
Depuis son arrivée à Ottawa, libéraux et conservateurs (un peu moins les néo-démocrates) s'acharnent à attaquer le Bloc sur des âneries telles que l'impossibilité pour lui de former le gouvernement, sur l'essoufflement de l'urgence référendaire, qu'ils confondent volontiers avec un ralentissement inexistant du mouvement souverainiste, et sur la prépondérance qu'il accorde aux questions québécoises.
Les Québécois* ont le droit d'élire un parti qui ne formera jamais le gouvernement canadien, parce qu'ils ont le droit de préférer être dans une opposition qui défend leurs intérêts plutôt que d'être les membres fantômes d'un gouvernement qui n'en a cure des Québécois, exception faite de leurs précieux votes, jetables après usages.
Les Québécois ont le droit d'élire un parti souverainiste à Ottawa, quoique puissent dire et croire les partis nationalistes sur la situation du mouvement souverainiste québécois. Même si les autres provinces se sentent lésées par le fait qu'un parti non coast-to-coast puisse être élu au fédéral, le Bloc est tout aussi légitime que les autres partis. En fait, le Bloc est un parti coast-to-coast qui évite tout simplement de présenter des candidats dans des circonscriptions perdues d'avance. Le résultat est donc le même.
Enfin, les Québécois ont le droit d'élire à Ottawa un parti qui préconise les intérêts du Québec, tout simplement parce que chaque électeur de chaque circonscription de chaque province a ce même droit. En élisant un député, l'électeur d'Edmonton-Est pense d'abord aux intérêts de sa circonscription et de l'Alberta; intérêts qu'ils croient souvent être les mêmes que ceux de l'ensemble du Canada. La plupart des Québécois, eux, savent que les intérêts du Québec se conjuguent mal avec ceux du reste du Canada et cette conscience s'exprime dans leur choix démocratique, qui n'est pas moins légitime et judicieux pour autant.
Quant je vois le comportement des partis nationaux à l'égard du Bloc Québécois, je me mets sérieusement à douter de la légitimité du Canada lorsqu'il donne des leçons de démocraties à la Chine. Soyons réalistes, si les libéraux et conservateurs en avaient le pouvoir, ils interdiraient la présence du Bloc à Ottawa. Le Canada forçant alors les Québécois à voter pour un parti fédéraliste non adéquat, la ligne entre la démocratie canadienne et celles des républiques à suffrage universel n'autorisant qu'un seul parti s’amincirait.
Quant je vois les libéraux et les conservateurs insulter l'intelligence des Québécois bloquistes, incarnée ici par leur choix démocratique, j'ai envie de faire comme Gilles Duceppe et de les traiter de "petits cons", sachant pertinemment que beaucoup de fédéralistes n'en pensent pas moins (et n'en disent pas moins) des souverainistes québécois.
Je suis généralement respectueux envers les politiciens et électeurs, toutes obédiences confondues, mais il y a toujours des limites!
* Ne pas percevoir l'emploi de ce terme pour ce qu'il n'est pas. Je l'ai employé dans le but d'alléger le texte, non pas dans le but partisan de généraliser à tous les Québécois mon point de vue.





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