Difficile de s'en sortir
La communication efficace se définit par deux concepts: l'émission et la réception. L'émetteur doit s'assurer d'émettre un signal, visuel ou auditif, le plus clair possible. Le récepteur doit prendre soin de recevoir le signal et de l'assimiler de la façon la plus fidèle possible. Normalement, tant l'émetteur que le récepteur doit s'assurer que le signal demeure le même entre l'émission et la réception, ce qui implique de dissiper tout doute.
Dans la vie de tous les jours, les Québécois et les Canadiens éprouvent de la difficulté à communiquer de façon efficace. Le plus souvent, c'est parce que personne ne s'assure de la pureté du signal et chacun laisse sa conception personnelle des choses biaiser sa compréhension du signal. Des couples, des amitiés, des alliances entrepreneuriales et autres se dénouent chaque jour à cause d'un problème de communication.
Dans l'univers de la politique, la situation ne peut être que pire, car s'ajoute le facteur partisan. Il devient ardu de communiquer efficacement lorsque le sujet d'une conversation est la politique, que ladite conversation soit tenue entre politiciens, entre politiciens et électeurs ou entre électeurs.
Voilà pourquoi il est malaisé de formuler une opinion nuancée en politique. Le politicien qui émet une opinion nuancée offre inévitablement des munitions à ses adversaires. Ceux-ci récupèreront à leur avantage la partie de ladite opinion leur permettant de renforcer leur popularité auprès de l'électorat, tout en prenant soin d'ignorer la partie pouvant avoir l'effet contraire.
Dans la même avenue, l'électeur qui émet une opinion nuancée risque fort de donner des munitions autant aux politiciens qu'aux électeurs agissant à titre de détracteurs. Le premier interprétera l'opinion dans sa forme la plus biaisée alors que le second est fortement susceptibles de prendre pour un paradoxe ce qui n'est qu'un concept moins extrême, plus modéré, peut-être même plus réfléchi.
C'est là ma façon d'expliquer les différentes opinions qui circulent concernant la guerre en Afghanistan, une intervention qui nécessite certainement plus de réflexion que simplement être pour ou contre. Le problème, c'est que si l'opinion n'est pas radicale, elle ne sera pas reçue fidèlement par le récepteur.
Ainsi, il est dangereux d'afficher son appui aux soldats canadiens, car combien même l'on nuancerait en ajoutant que l'on est cependant contre l'intervention (totalement ou dans sa forme actuelle), notre présent gouvernement l'interprétera comme un appui général à la mission en Afghanistan. En bons politiciens, les membres du Parti conservateur conserveront ce qui leur conviendra et ignoreront le reste.
L'inverse est tout aussi vrai. Une personne qui affiche son opposition à la mission dans sa forme actuelle, mais qui appuierait une mission remodelée, plus équilibrée entre ses aspects protection et reconstruction, verra son point de vue déformée par de nombreux membres du NPD et du Bloc. Ces derniers y percevront, car cela est de leur intérêt, uniquement la partie «opposition à la mission».
De la même façon, il est difficile d'exprimer la profonde réflexion que l'on peut faire concernant cette guerre. La personne qui n'aime pas l'intervention canadienne, mais qui ne veut pas non plus laisser les Afghans aux mains des talibans, devient pro-guerre pour les pacifistes convaincus et un pacifiste égoïste et pleurnichard pour les pro-interventionnistes persuadés.
Je crois que la perversion des opinions peut expliquer pourquoi nous voyons beaucoup de gens s'afficher totalement en désaccord avec la mission afghane jusqu'à refuser d'appuyer les êtres humains derrières les militaires engagés. Pourquoi nous voyons beaucoup de gens qui appuient à la fois les militaires et la guerre en Afghanistan, presqu'inconditionnellement. Pourquoi nous voyons peu de gens partager haut et fort leur vision nuancée, parfois tiraillée des choses.
Je crois aussi que cela explique un peu pourquoi, tant sur la blogosphère qu'à l'Assemblée ou dans l'isoloir, la gauche et la droite, tant canadienne que québécoise, semblent à la fois irréconciliables et se méconnaissant royalement l'un l'autre. Le plus désespérant là-dedans, c’est que ceux qui se servent de la radicalisation afin de protéger une partie d'une opinion qui serait autrement plus nuancée le font parce que plusieurs autres se complaisent dans cette communication déficiante.




