Passage obligé
Hier encore, j'hésitais à aborder le sujet. Une partie de moi disait qu'il était trop délicat, trop personnel pour en parler sur mon blogue. Une autre partie me rappelait que j'avais d'abord et avant tout créé ce blogue dans le but d'en faire mon journal intime. Un journal élargi, dans lequel je souhaitais toucher à plusieurs sujets, mais un journal intime tout de même.
Finalement, ce qui m'aura décidé, c'est la mission informative que je me suis donné à la sortie de la seule et unique thérapie que j'ai jamais suivie pour guérir ma dépression.
Depuis neuf jours, je traverse l'une des périodes les plus importantes de ma vie. Un passage obligé dans tout processus de guérison. Ce passage, c'est le sevrage d'un psychotrope. À titre purement informatif, le psychotrope en question est du venlafaxine, un antidépresseur mieux connu sous le nom d'Effexor®.
Comme la plupart des psychotropes, le sevrage d'un antidépresseur se fait graduellement. Il est fortement déconseillé d'arrêter subitement; il va sans dire que la vie d'une personne y serait grandement mise en danger. Le processus est tout simple: on coupe de moitié à chaque étape. Dans mon cas, il s'agit de la première d'une série de trois étapes, chacune séparée par une période de stabilisation.
Je savais exactement à quoi m'attendre en acceptant le sevrage. Toute personne qui a déjà pris une dose d'antidépresseur en retard, assez pour en ressentir les effets, peuvent considérer savoir à quoi s'attendre.
Les premiers jours, aucun trouble. Tout au plus un faible étourdissement accompagné d'une légère anxiété, davantage liée à l'incertitude face à l'inconnu qu'au sevrage lui-même. Mais lundi soir fut une toute autre histoire. Une semaine plus tard, je commençais à sérieusement ressentir les effets du sevrage: étourdissements plus forts, nausées et crises d'anxiétés intermittentes.
Mes nerfs étaient très à vifs. À plusieurs reprises, mes mains se sont crispées, tantôt serrant le bras et le coussin de mon sofa, tantôt se serrant douloureusement l'une et l'autre. Les étourdissements venaient par vagues d'intensités, allant du léger inconfort à la perte de repères, comme lorsqu'on se relève trop rapidement... sauf que j'étais assis. Enfin, des poussées larmoiements, sans toutefois qu'il y ait flot.
Pour beaucoup de gens, l'épisode que j'ai vécu lundi pourrait sembler affolant. Il n'en est rien. Les personnes qui arrêtent de consommer certaines substances plus communes, telles que la caféine, la nicotine et le cannabis, peuvent ressentir ces symptômes lors du sevrage. Dans une proportion plus large, toutes les personnes consommant des psychotropes peuvent ressentir ces symptômes lors d'un sevrage.
Dans mon cas, cet épisode avait quelque chose de rassurant. Pour ceux n'ayant pas vécu de dépression, il sera peut-être plus difficile de comprendre pourquoi..
Brièvement, je dirais que cet épisode m'a permis de prendre conscience que les symptômes de mon sevrage sont purement physiques, alors qu'ils auraient pu également être psychologiques, advenant le cas où je n'aurais pas été réellement guéri de la dépression, mais simplement gelé.
La dépression survient lorsque nous perdons le contrôle, non pas sur ce qui nous entoure (y compris notre corps), mais sur la façon dont nous réagissons (psychologiquement) aux problèmes qui nous arrivent. Perdre son emploi, c'est de perdre le contrôle sur notre environnement de travail, sur ce qui nous entoure. Se sentir dévaloriser, rejeter, c'est de perdre le contrôle sur la façon dont nous réagissons au problème. L'équation indique de quelle façon nous guérissons de la dépression.
Lundi soir, j'ai gardé le contrôle. Certes, j'avais perdu celui de mon corps, mais j'ai conservé celui sur ma façon psychologique de réagir face à la situation. Sans me donner l'impression d'être devenu un Superman face à la maladie — le sevrage me rend légèrement plus fragile au niveau émotionnel —, cela signifie beaucoup pour moi.
Ce billet en est un autre très long, mais il m'a fait énormément de bien de le rédiger. Il se veut aussi une explication sur la léthargie que vit se blogue depuis une semaine.
De plus, peut-être qu'en partageant ainsi cette tranche très intime de ma vie, je contribuerai à mieux informer les gens sur cet aspect de la maladie dite «dépression». Informer les gens en santé qui méconnaissent — et ils sont très nombreux — cette maladie, mais également les dépressifs en phase de guérison qui emprunteront éventuellement ce passage obligé.
Enfin, à tous les détracteurs des antidépresseurs, la réalité est la suivante: beaucoup de dépressifs n'auraient jamais eu la chance de guérir sans la médication. La dépression comporte un facteur biologique et chimique qu'il ne faut pas ignorer. Compte tenu du grand nombre de diagnostiques erronés, ou surestimés, en matière de dépression, il est permis de penser que les gens prétendus dépressifs et qui en sont «guéris» sans médication puissent avoir reçu un diagnostique inappropriés. Ceci ne réduit en rien les souffrances qu'ils ont pu vivre, mais permet de rétablir l'équilibre entre les faits et les mythes.
Pour de plus d'informations, le site québécois Psychomédia offre une description que je considère très potable.
Il est possible aussi de googler le terme «dépression». La prudence est de mise, car la terminologie et le vocabulaire peuvent différer d'une région à l'autre, notamment entre le Québec et la France. Pour des informations justes, il est essentiel de consulter des sites scientifiques et médicaux, mais aussi des sites d'échanges entre personnes souffrant ou ayant soufferts de dépression. Finalement, il faut utiliser le site Wikipédia avec réserve. Le lien Wikipédia employé dans ce billet a été choisi par manque d'alternative intéressante.





4 commentaires:
Bonjour Gradlon,
Pour une fois, j'ai trouvé court ton article long !
Il y a tellement à dire sur la dépression. Et surtout sur la facon d'en sortir indemne.
Je crois que tu vas t'en sortir surtout avec cette attitude positive que tu as choisie.
Merci AntiPollution.
C'est vrai qu'il y a tellement à dire sur la dépression et sur la façon de s'en sortir indemne. C'est un sujet complexe et, bien que des similitudes s'observent, n'en demeure pas moins unique à chaque individu.
Probablement qu'un jour, je révélerai sur ce blogue ce qui aura été efficace pour moi.
Très intéressant, je suis bien content de voir que tu sembles aller mieux! J'espère que ton texte aidera des gens. Tu as été très courageux d'en parler ouvertement comme ça. Plus il y en aura, plus ça deviendra accepté, plus les gens se feront soigner. Cette maladie est encore trop tabou.
Personnellement, je te comprends en partie, car j'ai souffert d'un mal peu connu (surtout chez les hommes — car il est souvent relié aux menstruations des femmes) : la crise de panique.
J'ai été chanceux, car j'ai réussi à m'en sortir sans médication. J'ai pris quelques petites vacances et j'ai lu sur le sujet. Ça m'a pris environ six mois avant de me sentir tout à fait bien.
Bonjour Renart,
Merci pour ton commentaire. Je vais répondre aux deux premiers paragraphes dans un billet, car je crois que ce sera la meilleure place.
Heureux que tu aies réussi à t'en sortir d'une façon naturelle. C'est vrai que les crises de panique sont un mal encore méconnu. Plusieurs ne font pas la différence entre une peur normale et une crise de panique.
P.S.: Je n'ai pas oublié la tague. Hé hé!
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