dimanche 28 octobre 2007

Gone baby gone (v.f.q.)

Pour sa première expérience derrière la caméra, l'acteur Ben Affleck a choisi d'adapter (il a également écrit le scénario) un roman de Dennis Lehan. Si Affleck a déjà fait ses preuves en tant que scénariste grâce à Good Will Hunting, la marche était un peu plus haute pour le scénariste, surtout parce que le dernier (et premier) roman de Lehan à avoir été adapté au cinéma était l'excellent Mystic River de Clint Eastwood.

Le rapprochement avec Mystic River est d'ailleurs inévitable, puisqu'on retrouve dans Gone baby gone une trame très semblable. Un crime a été commis dans un cartier de Boston, un enlèvement en l'occurrence, et toute l'affaire ne dépasse pas les limites de la communauté avoisinante, laquelle flirte avec le monde interlope. Les prémisses, donc, sont les mêmes.

Une autre ressemble tourne autour du questionnement moral que provoque le dénouement de l'intrigue. Outre les nombreux retournements, nous ne sommes jamais certains que les décisions prises par les protagonistes sont justes ou mauvaises et il est plutôt difficile de prendre parti, tellement nous ne savons jamais qui est bon ou méchant, mis à part le personnage central incarné par Casey Affleck.

Malgré toutes les ressemblances, uniquement due à la plume de Lehan, Ben Affleck n'a pas réalisé un Mystic River 2, si vous me permettez l'expression. Il est parvenu à faire de Gone baby gone un produit unique. Je n'ai pas lu le roman de Lehan, mais en tant que scénariste, Affleck a su donner à chaque personnage la place qui lui revient dans l'intrigue, évitant de trop se coller à l'un ou l'autre des acteurs de soutiens, ce qui aurait ajouté de la superficialité à l'intrigue, en plus de risquer de vendre le punch avant le temps.

Dans le costume du réalisateur, il a réussi à monter la marche. On sent que chaque acteur est à l'aise et naturel dans son interprétation, ce qui ne peut être totalement dissociable du travail d'Affleck, même dans le cas d'acteurs accomplis comme Morgan Freeman et Ed Harris. En effet, si Harris s'en est toujours bien sorti, Freeman, lui, a déjà souffert de mauvaises directions, dont dans le très décevant Dreamcatcher (2003). Quant à son propre frère, j'ai l'impression qu'il pourrait lui donner de très précieux conseils sur le jeu!

Gone baby gone nuira certainement à la carrière d'acteur de Ben Affleck, puisqu'il semble évident pour le moment qu'il est meilleur derrière l'écran que devant. Sa réalisation demeure sobre, alors qu'il aurait pu sombrer dans le ténébreux et l'ultra dramatique, ce qu'avait fait d'ailleurs Clint Eastwood dans Mystic River. Par ailleurs, les personnages sont plutôt colorés, ce qui ne veut pas dire qu'ils n'ont pas leurs bibittes personnelles, mais au moins, ils n'ont pas des personnalités monochromes.

Enfin, l'intrigue amène le cinéphile à se poser de nombreuses questions morales, mais gare à celui qui pense d'avance savoir de quelle morale il s'agit. Gone baby gone n'est pas le genre de film dont on peut déduire le dénouement et la "leçon" longtemps d'avance. Même que, dans un certain sens, la fin et la leçon pourront sonner différemment selon le cinéphile.

À voir.

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