vendredi 20 avril 2007

Maudit B.S.

Depuis mars 2005, je suis prestataire de la sécurité du revenu. Je ne suis surtout pas un «B.S.» et la différence se situe ici: je déteste vivre au crochet de la société. En m'exclamant «Maudit B.S.», ce n'est pas tant à chaque profiteur du système que je m'adresse qu'au système lui-même.

Ce que je reproche à Emploi Québec, c'est de s'acharner à conserver une vision à court terme. Cette vision vient, selon-moi, du fait que Emploi Québec perçoit les prestataires comme un manque à combler fiscal plutôt que des gens dans le besoin.

Le but du B.S. n'est pas d'aider les gens à se reprendre à main; le but du B.S. est de minimiser les pertes fiscales en précipitant le retour au travail. Il n'est pas surprenant que beaucoup de prestataires soient reliés en permanence à leur centre local d'emploi par un élastique qui les y ramène perpétuellement.

Plus il est employé, plus un élastique en caoutchouc perd son élasticité, mais gagne en longueur. L'élastique du B.S. perd également de l'élasticité avec l'usure, mais contrairement à l'élastique en caoutchouc, celui du B.S. rétrécit, ce qui a pour effet de garder les prestataires intimement liés à leur CLE.

Personnellement, ça ne me tente pas de revenir à mon CLE dans trois ans parce que j'aurai raté mon retour sur le marché du travail. Ça ne m'enchantait guère de me faire boulanger, opérateur de chariot-élévateur ou tout autre métier qu'on apprend en formation professionnelle. Ce n'est pas que je trouvais ça dégradant. Non, c'était d'apprendre un métier dans lequel j'allais être malheureux que je trouvais dégradant.

Ce que j'aime le plus dans la vie, l'histoire, exigeait que je vise plus haut: l'université. Comme je ne voulais pas me retrouver au Cégep à 23 ans et que je ne pouvais pas entrer immédiatement à l'université, j'ai emprunté un autre chemin, celui des études libres. Évidemment, le B.S. ne m'a pas empêché de le faire, mais il ne m'a surtout pas aidé non plus. Même que le B.S. ne s'est pas gêné pour continuellement me rappeler que j'avais osé suivre un chemin autre que celui qu'il avait tracé pour moi.

Leurs constantes convocations pour m'offrir des colloques d'emplois et des stages en boulangerie m'apparaissent clairement comme un harcèlement. Je trouve ça agressant d'avoir à toujours leur rappeler que je suis aux études, de toujours avoir à leur réexpliquer ma situation et de toujours me faire regarder avec un mépris à peine voilé lorsque je refuse leurs activités de réintégration du marché, comme si j'étais, à leurs yeux, qu'un autre vulgaire jeune fainéant et insouciant qui profite du B.S.

Pourtant, il existe une explication forte simple à cette situation: c'est un ordinateur qui désigne les convocations. D'ailleurs, à chaque fois que je rencontre un agent, j'ai l'impression de parler avec un ordinateur déguisé en humain. Ce sont de véritables robots, programmés pour suivre un protocole bien défini, et lorsqu'ils en sortent, ils deviennent visiblement confus. Certains vont demeurer polis dans leur incertitude, alors que d'autres vont sortir leur arme favorite: l'arrogance.

Je ne veux surtout pas dire que les personnes qui travaillent dans un CLE sont des abruties. Je suis sûr qu'ils sont tous très brillants, mais alors, soit ils comprennent vite la magouille et y participent volontiers, soit ils ne sont tout bonnement pas dans leur élément. Un travail au CLE en est un de relations humaines, mais les relations humaines n'est pas le domaine d'excellence de tous. Malheureusement, de bonnes aptitudes en relations humaines ne semblent pas être un critère de sélections lors de l'embauche des agents du B.S.

Après ce plaidoyer, je crois futile d'expliquer comment j'ai réagi lorsque cette nouvelle est sortie. Je n'ai pas du tout été surpris. Dans le système du B.S., tout est pensé en fonction de faire du prestataire le fautif, mais jamais l'inverse. Si vous attendez de remettre votre déclaration pour déclarer tout changement, on dira que vous n'avez pas été diligent. Si vous prenez les devants, on vous dira que ce n'est pas la norme et on vous posera une tonne de questions ayant un arrière-goût de soupçons. Si vous prenez les devants, c'est qu'il y a sûrement anguille sous roche.

Peut-être suis-je seulement tombé sur un mauvais CLE. Peut-être suis-je aussi complètement paranoïaque. Quoiqu'il en soit, cette situation m'a encouragé à poursuivre dans une voie qui me semblait autrement plus efficaces. Le 4 septembre prochain sera pour moi plus qu'une émancipation; ce sera une vraie libération. Ce qui n'est pas le cas de tous ceux qui suivent le système.

P.S.: Mon texte est long, mais j'avais cette crotte sur le coeur depuis longtemps.

4 commentaires:

Le Gentil Astineux a dit...

Salut Gradlon,
Personne n'aime être sur le B.S. ni moi ni toi.
Le BS est là justement pour nous aider à traverser une mauvaise passe. Ne te sent nullement gêné.
Je n'ai jamais eu l'occasion de faire affaire avec le BS et je n'ai aucun doute qu'il peut y avoir des arrogants dans l'organisation.
Bonne chance.

All The Music News a dit...

Je suis content de voir que malgré tout tu n'as pas fléchi et que tu as poursuivi sur ta voie. Bonne chance et prend gare aux androides!

Gradlon a dit...

Merci pour les commentaires et les encouragemments.

@ AntiPollution

Sans doute y a-t-il une part d'orgueil. J'ai attendu 4 ans avant de demander de l'assistance au B.S. C'est peut-être parce que je ne voulais pas devenir comme une personne que je connais, qui a toujours profité avec grand plaisir du B.S.

@ iamwormbuffet

Heureusement, je suis entouré de personnes qui m'ont encouragé à poursuivre sur la voie que j'ai choisi. De plus, fléchir aurait signifier pour moi que je laissais une institution décider de ma vie.

Bon Jour de la terre.

Anonyme a dit...

Je suis un BS et j'en suis fier.C'est même écrit dans mon profil MSN.

Profesion: BS professionel

Encore merci de travailler si dur 40-a 60h semaine pour me faire vivre et payer ma BUD Light