samedi 21 avril 2007

Barack Obama, le Common Sense et le Canada

Le candidat à l'investiture démocrate, Barack Obama, s'est prononcé en faveur d'une modification aux lois sur les armes à feu afin d'en prévenir l'achat par des personnes souffrant de troubles mentaux.

Au Québec, cette proposition nous semble être simplement du gros bon sens et nous aurions même tendance à trouver M. Obama un peu benêt d'affirmer une évidence. Mais dans un contexte purement étatsunien, la déclaration de M. Obama n'incarne pas l'évidence et son acceptation par la population n'est pas du tout garantie.

L'actuel sénateur de l'Illinois déclare que «"some common sense" changes are needed». Ce petit bout de phrase démontre que même aussi progressiste qu'il puisse être, Barack Obama habite un pays profondément conservateur. Pour faire passer ses idées, quelqu'un comme M. Obama doit user de tact dans ses discours afin de démontrer que toute idée progressiste trouve sa source dans une philosophie demeurée intacte depuis deux siècles.

Le Common Sense était un pamphlet écrit par l'intellectuel Thomas Paine en 1775 et distribué à partir de 1776. Ce pamphlet dénonçait les lois britanniques de l'époque et son immense popularité contribua à fomenter la Révolution étatsuniennes. Sa proposition de constitution était le premier signe d'un état en devenir.

Aux États-Unis, les écrits et les discours qui ont jeté les bases de la législation sont aussi sacrés que la bible elle-même. Les mœurs politiques ont bien peu changé aux États-Unis en deux siècles, notamment parce que les nouvelles idées peuvent être bénies ou condamnées selon qu'elles apparaissent cohérentes ou non avec des documents vieux de 200 ans.

C'est pour cette raison que le second amendement, celui qui garantit à tous le droit de posséder des armes, a la vie dure. C'est également pour cette raison que les États-Unis interviennent partout dans le monde pour protéger leurs intérêts, qu'ils sont si peu collaboratifs avec les Nations Unies, qu'ils tiennent toujours ce même discours «vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous», etc. Les États-Unis n'auraient jamais survécus s'ils n'avaient pas suivi aussi méticuleusement les principes fondamentaux que leurs ont légués les premiers hommes politiques étatsuniens. C'est pourquoi les Étatsuniens y tiennent fermement.

Comme tout bon politicien, Barack Obama le sait. Il démontre de plus en plus que, malgré sa très mince expérience en politique, il est un homme intelligent et rempli de ressources. Il sait qu'une idée innovatrice ne gagnera le cœur des Étatsuniens que s'ils ont l'impression qu'elle remonte aux Pères fondateurs.

En quelque part, c'est rassurant de voir qu'un candidat à la présidentielle étatsunienne peut mettre le conservatisme au service du progressisme. J'imagine l'impact sur la politique canadienne d'un président comme Barack Obama. Les conservateurs canadiens auraient beaucoup plus de difficultés à appliquer un conservatisme étatsuniens au pays de l'unifolié.

Finalement, si un président parvient enfin à apporter des changements, en apparences mineurs, mais combien importants, aux lois sur les armes à feu, quels en seraient les impacts sur le Canada? Les conservateurs canadiens perdraient aussi leur point de repère principal dans ce dossier. Présentement, ce n'est peut-être pas tant du côté de l'opposition à Ottawa que nous avons besoins de progressistes, mais dans le bureau ovale de Washington.

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