mercredi 28 mars 2007

Et maintenant? (première partie)

Les Québécois ont construit, le 26 mars, une structure politique où personne ne détient LE pouvoir, mais où tous détiennent DU pouvoir. La première phase en sera d'observation. La structure tiendra-t-elle ou serons-nous obligés de la reconstruire dans quelques mois? Comment les partis et les électeurs agiront devant cette nouvelle structure?

Sans arrêter d'observer, il nous faudra rapidement entrer dans une période de réflexion, laquelle sera totalement improductive sans la capacité des Québécois de voir la réalité en face, de cesser de se mentir à eux-mêmes. Ce sera la période la plus difficile, mais assurément la plus nécessaire.

Tous les partis, en tant qu'organismes, devront revoir leur structure et réfléchir sur leur idéologie. Aucun des partis ne peut maintenir son statu quo et tous les partis sont présentement dans une situation précaire, seules les raisons de leur précarité sont différentes.

Le PQ devra revoir la façon dont il aborde la souveraineté. Les Québécois ne veulent pas d'un processus référendaire dans de courts délais, mais je ne crois pas qu'ils aient renoncés à l'indépendance pour autant. Mais plus encore, le PQ devra un jour présenter un modèle de pays. Comment l'état va-t-il à jour aux lendemains d'une sécession? Beaucoup de souverainistes modérés cesseront de croire au projet souverainiste si le PQ est incapable de leur tracer un portrait juste et encourageant de «l'après référendum». Le PQ doit aussi réfléchir sur ses idéologies autres que l'indépendance.

Officiellement, le PQ est d'obédience sociale-démocrate, mais c'est quand la dernière fois que la social-démocratie a été pratiquée au Québec? Depuis Parizeau, le Parti Québécois valse entre une économie libérale et une vision conservatrice des enjeux sociales. Le parti ne s'est jamais totalement défait de ses vues sociale-démocrates, mais ce n'est que durant la campagne que le PQ est revenu légèrement à gauche. Je crois d'ailleurs que c'est davantage vers la gauche qu'il doit se diriger. Le PQ doit cesser d'être une copie carbone du PLQ dont la seule différence réside dans l'option souverainiste.

Le PQ est un peu la version québécoise du parti Démocrate américain. Il est officiellement à gauche, mais scindé en deux. La moitié des membres sont à droite, l'autre moitié est à gauche. Lentement, les démocrates américains diluent le volet conservateur du parti et c'est exactement ce que le PQ doit faire, quitte à forcer la naissance d'un troisième parti souverainiste situé à droite.

Le PLQ doit aussi s'ancrer sur la ligne politique. Certains croient que le parti reviendra vers la gauche lorsque Jean Charest quittera, emmenant avec lui la plupart de ses sbires issus du milieu conservateur fédéral. Moi, je crois que la place du PLQ est au centre, mais surtout pas de la façon dont il s'y situe présentement. Le PLQ maintient un semblant d'équilibre entre la gauche et la droite par l'adoption de politiques diamétralement opposées, mais toutes extrémistes. Le PLQ devrait plutôt recherché la modération à tous les niveaux, basé sur le modèle de nationalisme-fédéralisme qu'il offre aux Québécois.

À l'instar du PQ, le PLQ devra également se rajeunir, même si l'électorat, lui, vieilli et qu'il est plus politiquement rentable de s'accoquiner aux 50 ans et plus.

Le populisme a grandement profité à l'ADQ durant la campagne. Je ne dis pas que les autres partis n'ont pas usé de populisme, mais l'ADQ est le seul à l'avoir fait avec outrance et de façon creuse. Mais l'ADQ n'est pas un parti mauvais pour autant. Les analystes disent que les jours de Mario Dumont à la tête de l'ADQ sont comptés et je suis assez d'accord. Il n'est plus seul maintenant et le plus grand défi de l'ADQ est de construire un parti capable de gouverner.

L'ADQ fera face à de nouvelles réalités que les nouveaux députés adéquistes auront probablement plus de facilité que Dumont à accepter. Durant la campagne, l'ADQ s'est positionné radicalement à droite car il donnait à son parti l'image d'être complètement à l'opposé des vieux partis qui ont tant déçus les Québécois. Mais le Québec demeure quand-même généralement à gauche et si l'ADQ veut rallier plus de gens, il lui faudra évidemment le reconnaître.

Finalement, l'ADQ devra faire ses preuves à l'Assemblée. Mario Dumont sait très bien que le succès de l'ADQ repose présentement sur un profond sentiment de déceptions envers les vieux partis qu'à une véritable adhésion de l'électorat à ses idées. Lors des prochaines élections, se sera davantage sur l'habileté des députés et la faisabilité des idées de l'ADQ que les Québécois le jugeront.

P.S.: veuillez publier vos commentaires à la suite de la deuxième partie, même s'il s'agit de la première partie que vous souhaitez commenter. Merci.