Et maintenant? (deuxième partie)
(s.v.p, lisez la première partie d'abord)
Les Québécois, en tant qu'individus et électeurs, doivent aussi procéder à une réflexion sur eux-mêmes. Les souverainistes doivent d'abord se demander s'ils sont vraiment souverainistes, car beaucoup de souverainistes sont des fédéralistes portant un masque. Tous ceux qui attendent que le Québec soit prêt pour l'indépendance sont des fédéralistes qui se nient. Dans leur conception des choses, le Québec doit être fort et bien se porter avant d'accéder à la souveraineté. Or, si le Québec atteint un jour cet état de grâce à l'intérieur du Canada, le fédéralisme aura triomphé et la souveraineté n'aura plus sa raison d'être.
Les souverainistes purs et durs doivent accepter que ce n'est pas tous les Québécois qui sont aussi convaincus qu'eux et que les fédéralistes québécois ne sont pas nécessairement des ennemis. Gros travail en vue, mais nécessaire.
Les fédéralistes, généralement associés au PLQ, doivent s'ouvrir les yeux sur la réalité québécoise. Le Québec ne sera jamais une province comme les autres et chaque fois que le Québec manifestera sa différence à l'intérieur du Canada, les autres provinces chialeront. Tout comme les souverainistes, les fédéralistes devront rafraîchir les moyens qu'ils prennent pour défendre l'idée du Canada uni. Finalement, les fédéralistes devront prendre conscience qu'aucun parti ne pourra déclarer l'indépendance sans leur consentement et qu'ils peuvent donc voter pour un parti souverainiste sans avoir peur de procéder à un vote référendaire.
Est-ce nécessaire de dire que je suis contre l'idée d'élections référendaires?
Les néo-partisans adéquistes auront sans doute le plus gros effort d'introspection que tous les autres partisans, tout parti confondu. Je crois qu'une grande majorité des néo-partisans le sont devenus par mécontentement envers les vieux partis et non par adhésion réfléchie aux idées adéquistes. Parmi ceux-ci, plusieurs ont eu recours à la partisannerie aveugle et vilenie pour échapper au syndrome de l'isoloir, celui qui nous pousse à changer d'idée à la dernière minute dans le but de maintenir le statu quo.
Ces néo-partisans doivent maintenant s'assumer. Ils devront choisir s'ils veulent travailler à l'émancipation de l'ADQ ou s'ils veulent en réalité que les vieux partis reviennent rafraîchis aux prochaines élections afin de «revenir au bercail». La réponse à cette question est cruciale et se mentir à soi-même sera très mauvais, autant pour l'ADQ que les vieux partis. En effet, les néo-partisans du deuxième groupe devront comprendre que la «réforme» des vieux partis ne peut se faire sans leur «retour au bercail» dans les prochains mois et que de demeurer au sein de l'ADQ nuira aux véritables adéquistes, les adéquistes de convictions, qui souhaiteront, eux, bâtir un parti capable de gouverner.
Du même coup, tous les partisans des autres partis doivent se demander si l'ADQ ne répondrait pas mieux à leurs attentes. Cette réflexion va dans tous les sens. Le statu quo ne peut plus être maintenu et si les gens réalisent qu'ils sont finalement plus conservateurs, alors ils devraient joindre les rangs de l'ADQ plutôt que s'entêter à appuyer des formations qui n'attendent que leur départ pour se déplacer à gauche.
Enfin, tous les gens qui disent que la «go-gauche» a massacré le Québec et que le modèle «social-démocrate» québécois a échoué devront revoir leur histoire et leurs connaissances de la politique. La gauche n'a jamais soufflé sur le Québec de façon uniformément et les partis qui se prétendent de gauche n'ont pas vraiment respecté cette prétention depuis longtemps. Je dirais plutôt que depuis une vingtaine d'année, le Québec est libéral, donc plus à gauche qu'à droite, mais social-démocrate, pas vraiment.
Tous ceux qui démonisent la droite devront comprendre qu'au Québec, la droite ne saurait être totalement à l'image de la droite canadienne ou américaine. Ce n'est pas parce que la droite québécoise se manifeste que demain, les programmes environnementaux seront réduits, que le Québec appuiera la guerre en Irak et le bouclier anti-missile, que la torture deviendra un moyen d'interrogation banal, que le port d'arme deviendra plus accessibles, etc. Il faut laisser une chance à la droite, la vraie, de s'exprimer librement au Québec. On verra ce que ça donnera.
Éventuellement, il faudra passer à l'action. Ce sera la troisième phase. Ceux qui doivent changer de parti devront le faire, ceux qui doivent revenir à leur ancien parti doivent tout aussi le faire, et tous devront travailler à l'avancement du parti auquel on est idéologiquement rattaché.
La tentation de fermeture sera très grande dans les prochaines semaines. Québec et Montréal voudront se bouder mutuellement, tout comme le clivage entre Montréal et les régions tentera de s'agrandir, y incluant désormais la banlieue nord, les communautés ethniques seront attirées par le repli sur elles-mêmes alors qu'il sera plus facile pour les Québécois hors de la métropole de procéder à un nettoyage ethnique (philosophique, s'entend) plutôt que de faire l'effort de comprendre et d'accueillir les étrangers.
Les partisans de toute obédience seront séduits par l'idée d'affermir aveuglément leur appartenance à un parti et de maintenir cette fragile appartenance en calomniant les autres partis et partisans. Les gauchistes et les droitistes seront poussés à se diriger vers les pôles et de se lancer dans des campagnes de peurs qui n'aura pour seule conséquence de faire disparaître le centre.
Il faudra éviter de tomber dans ses pièges et faire ce que les Québécois n'ont pas fait depuis belle lurette: dialoguer. Vraiment dialoguer, pas chialer et avilir l'autre, mais tenter accepter les arguments logiques de l'autre, tenter de le comprendre et tout autant apprécier ses propres gains que les concessions de l'autre, ce qui ne peut arriver que si l'on fait des concessions nous-mêmes.
Quant à moi, j'ai déjà tourné la page sur la phase «c'est la catastrophe» et je suis présentement dans la phase d'observation. D'ici quelques semaines, je ferai l'exercice de réflexion honnête, humble et profonde que je suggère et lorsque j'aurai mes réponses, j'entreprendrai les actions nécessaires.
Comme toujours, je vais accepter les commentaires en exerçant très peu de censure. Seules les insultes, à mon endroit ou envers les autres commentateurs de ce blogue, seront rejetés. Notez que je considère comme une insulte toute atteinte à l'intelligence. Merci de votre compréhension.





4 commentaires:
Excellents textes! Bravo!! J'aime beaucoup te lire moi aussi! ;-)
Merci pour ton commentaire, Louis.
Je te trouve très courageux de te taper la lecture de textes aussi longs que les miens. ;-)
Gradlon, As-tu oublié un de tes billets où tu écrivais : Les plus courts sont les meilleurs ?
Eh non, je n'ai pas oublié. J'ai été moi-même consterné de la longueur de mon billet. J'aurais bien voulu «couper dans le gras», mais, peut-être est-ce par orgueil, je n'ai pas trouvé de gras à couper.
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