mercredi 29 août 2007

C'est compliqué

Hier, j'ai reçu mon calcul de prêts et bourses pour l'année 2007-2008, ce qui m'a enlevé un autre énorme poids de sur le dos. Je pourrai me concentrer à temps plein à mes études sans trop me soucier des problèmes d'ordre financier. Dans quelques minutes, j'irai chercher mon certificat de garantie (attestant mon inscription à temps plein) à l'université et cet aspect de mes études sera réglé.

Avant-hier, je trouvais cela compliqué pour moi de boucler la boucle avant d'entreprendre ma session mardi prochain. Mais ce matin, je ne peux que me rendre compte que cela s'est passé plutôt bien pour moi, alors qu'il en va tout autrement pour mon père.

Ce dernier n'a pas de DEP. Il n'a pas terminé son secondaire IV et au début de sa vie d'adulte, cela ne l'avait en rien dérangé. Il a même pu obtenir sa carte de compétence de briqueteur-maçon sans le moindre problème. Aujourd'hui, cette carte n'a plus aucune valeur et sa réorientation professionnelle est un cauchemar.

Il y a deux ans, il était parvenu à se faire payer un cours d'opérateur de machinerie lourde par la CSST. Le hic, c'est que la grande majorité des employeurs exigent que les candidats à l'embauche possèdent également un permis de classe 1. Le deuxième hic, c'est que la majorité des écoles de formation en transport par camion exigent — en réalité, c'est le MELS qui l'exige — un DEP ou des «équivalences», tels que le test de développement général.

Peu importe le nom qu'ils portent, tous les programmes qui permettent d'accéder à cette formation demandent une certaine connaissance en mathématique, en français et en science. Si mon père n'a pas réussi dans ces matières lors de ses études secondaires, en quoi serait-il possible qu'il y parvienne aujourd'hui?

Mon père est très bon aux commandes de machineries lourdes et le serait assurément au volant d'une remorque. Je veux dire par là que je n'ai aucun doute sur ses capacités à passer les tests théoriques et techniques de la SAAQ. Mais lui demandé de passer des tests en mathématique, en français et en science, c'est une magnifique façon de lui mettre des bâtons dans les roues.

Il existe des écoles qui, non reconnue par le MELS, mais certainement aussi bonnes aux regards de la SAAQ, offrent des cours de conduite de camion. Le troisième hic, c'est que le MELS n’accorde aucune aide financière pour ces écoles. Or, mon père est présentement le seul pourvoyeur de la maison et qu'à cet instant, ma mère peine à se trouver un emploi. L'investissement de près de 2000$ ne lui est donc pas possible dans l'immédiat et il n’est plus couvert par la CSST.

Présentement, mon père occupe un emploi qu'il n'aime pas particulièrement. Ce qui le fait triper, c'est d'être sur un chantier de construction. Il en est très loin. Il ne s'en plaint guère, mais je n'ai pas besoin de lamentations pour comprendre qu'il s'ennuie et qu'il est malheureux. Probablement que dans un an, il aura les moyens de suivre un cours dans une école non reconnue par le MELS, mais un an à faire un emploi chiant, c'est très long.

Je sais que toutes les mesures du MELS visent à garder les jeunes sur les bancs d'école au moins jusqu'à 16 ans, mais je trouve que dans plusieurs cas, pas seulement celui de mon père, ce système gêne sérieusement l'accès à l'emploi de plusieurs personnes compétentes. C'est du vrai gaspillage de main-d’œuvre.

jeudi 23 août 2007

Difficile de s'en sortir

La communication efficace se définit par deux concepts: l'émission et la réception. L'émetteur doit s'assurer d'émettre un signal, visuel ou auditif, le plus clair possible. Le récepteur doit prendre soin de recevoir le signal et de l'assimiler de la façon la plus fidèle possible. Normalement, tant l'émetteur que le récepteur doit s'assurer que le signal demeure le même entre l'émission et la réception, ce qui implique de dissiper tout doute.

Dans la vie de tous les jours, les Québécois et les Canadiens éprouvent de la difficulté à communiquer de façon efficace. Le plus souvent, c'est parce que personne ne s'assure de la pureté du signal et chacun laisse sa conception personnelle des choses biaiser sa compréhension du signal. Des couples, des amitiés, des alliances entrepreneuriales et autres se dénouent chaque jour à cause d'un problème de communication.

Dans l'univers de la politique, la situation ne peut être que pire, car s'ajoute le facteur partisan. Il devient ardu de communiquer efficacement lorsque le sujet d'une conversation est la politique, que ladite conversation soit tenue entre politiciens, entre politiciens et électeurs ou entre électeurs.

Voilà pourquoi il est malaisé de formuler une opinion nuancée en politique. Le politicien qui émet une opinion nuancée offre inévitablement des munitions à ses adversaires. Ceux-ci récupèreront à leur avantage la partie de ladite opinion leur permettant de renforcer leur popularité auprès de l'électorat, tout en prenant soin d'ignorer la partie pouvant avoir l'effet contraire.

Dans la même avenue, l'électeur qui émet une opinion nuancée risque fort de donner des munitions autant aux politiciens qu'aux électeurs agissant à titre de détracteurs. Le premier interprétera l'opinion dans sa forme la plus biaisée alors que le second est fortement susceptibles de prendre pour un paradoxe ce qui n'est qu'un concept moins extrême, plus modéré, peut-être même plus réfléchi.

C'est là ma façon d'expliquer les différentes opinions qui circulent concernant la guerre en Afghanistan, une intervention qui nécessite certainement plus de réflexion que simplement être pour ou contre. Le problème, c'est que si l'opinion n'est pas radicale, elle ne sera pas reçue fidèlement par le récepteur.

Ainsi, il est dangereux d'afficher son appui aux soldats canadiens, car combien même l'on nuancerait en ajoutant que l'on est cependant contre l'intervention (totalement ou dans sa forme actuelle), notre présent gouvernement l'interprétera comme un appui général à la mission en Afghanistan. En bons politiciens, les membres du Parti conservateur conserveront ce qui leur conviendra et ignoreront le reste.

L'inverse est tout aussi vrai. Une personne qui affiche son opposition à la mission dans sa forme actuelle, mais qui appuierait une mission remodelée, plus équilibrée entre ses aspects protection et reconstruction, verra son point de vue déformée par de nombreux membres du NPD et du Bloc. Ces derniers y percevront, car cela est de leur intérêt, uniquement la partie «opposition à la mission».

De la même façon, il est difficile d'exprimer la profonde réflexion que l'on peut faire concernant cette guerre. La personne qui n'aime pas l'intervention canadienne, mais qui ne veut pas non plus laisser les Afghans aux mains des talibans, devient pro-guerre pour les pacifistes convaincus et un pacifiste égoïste et pleurnichard pour les pro-interventionnistes persuadés.

Je crois que la perversion des opinions peut expliquer pourquoi nous voyons beaucoup de gens s'afficher totalement en désaccord avec la mission afghane jusqu'à refuser d'appuyer les êtres humains derrières les militaires engagés. Pourquoi nous voyons beaucoup de gens qui appuient à la fois les militaires et la guerre en Afghanistan, presqu'inconditionnellement. Pourquoi nous voyons peu de gens partager haut et fort leur vision nuancée, parfois tiraillée des choses.

Je crois aussi que cela explique un peu pourquoi, tant sur la blogosphère qu'à l'Assemblée ou dans l'isoloir, la gauche et la droite, tant canadienne que québécoise, semblent à la fois irréconciliables et se méconnaissant royalement l'un l'autre. Le plus désespérant là-dedans, c’est que ceux qui se servent de la radicalisation afin de protéger une partie d'une opinion qui serait autrement plus nuancée le font parce que plusieurs autres se complaisent dans cette communication déficiante.

vendredi 17 août 2007

Allégorie sur la gauche et la droite politique

À quatorze ans, j'ai fait mon entrée dans l'univers de la politique, un sac sur le dos. Avant de mettre définitivement les pieds dans ce monde rocambolesque, qui donne parfois la migraine, je devais m'arrêter au poste de triage. Devant le vieil homme à l'air sévère, de petites lunettes carrées sur le bout d'un nez aquilin et des cheveux argentés éparpillés sur un énorme crâne nervuré, je vide le contenu de mon sac: valeurs, aspirations, qualités, défauts, quelques épisodes clés de mon éducation, etc.

Le vieil homme se penche sur les facteurs étalés sur son comptoir. J'ai l'impression qu'en plus de scruter attentivement le moindre détail de ce que je lui présentais, le vieil homme reniflait. Sans doute que son long nez lui permet de sentir des choses que ses yeux ne voyaient pas. Pour toute réaction à son examen, le vieil homme, armé d'une grande plume, prend des notes sur un petit parchemin. Je n'arrive pas à lire, car aussitôt écrits, les mots s'effacent, ou plutôt s'enfoncent dans le matériel.

Après une interminable attente, le vieil homme lève sls yeux vers moi et me dit, d'une voix rauque et usée: «À gauche, mon garçon». Il m'explique vaguement que cette direction est celle qui me conviendra le mieux, selon ses profonds et savants calculs. Il termine en me disant que si je le désirais, mon dossier pourrait être réévalué dans quelques années par le secrétaire à la réorientation.

Il semblerait qu'on ait choisi pour moi où je devais me situer sur l'échelle (horizontale) politique. Du côté gauche, un inconnu m'a dit que si je demandais une réorientation, je devrais être certain que la gauche ne me convenait plus. Il est possible de leurrer le secrétaire, mais pas son for intérieur. Si je m'aventure du côté droit alors que ma place est toujours à gauche, je risque alors d'être condamné à continuellement changer de direction, jusqu'à m'en faire des ennemis des deux bords.

Depuis, je n'ai jamais demandé au secrétaire de me réorienter. Ce n'est pas parce que mes valeurs n'ont pas évolué ou que je n'ai jamais senti que la gauche ne me convenait pas. C'est plutôt que les années qui ont coulées depuis mon arrivée m'ont permises de connaître les fondements et les critères d'admissibilités du côté droit. J'admets que certains aspects sont attirants et me conviendraient, mais il semble que l'accès aux côtés vient en forfaits indissociables et exclusifs.

Or, le forfait de droite pervertirait davantage ma véritable nature que le forfait de gauche. Comme plusieurs autres, je reste près de la frontière séparant la gauche de la droite. Je discute avec les gens de l'autre côté qui se tiennent également près de la frontière. Je vois ce qui se passe à droite, je fais miennes quelques-unes des idées qui s'y trouvent, mais tout ça demeure officieux, jamais officiel. Parfois, je recule, me replaçant davantage vers la gauche, mais je ne traverse jamais.

Cette petite histoire raconte comment je me sens à l'intérieur du discours gauche-droite de la politique. À la base, mes valeurs ne sont ni progressistes ni conservatrices; on a déterminé qu'elles étaient majoritairement progressistes, donc de gauche. Au départ, mes valeurs sont tout simplement... mes valeurs. Elles répondent ni à un besoin de progresser ou de conserver quelque chose, mais plutôt à un besoin d'assurer mon bien-être — rien d'égoïste là-dedans, juste un état normal que certains essaient de renier —, qui passe inévitablement par celui de mes proches et de la société dans laquelle j'évolue.

Il est vrai que les partis de gauches répondent mieux à mes aspirations, mais pas à leur totalité. Évidemment, on ne me demande pas d'oublier ou de renoncer à mes valeurs «non-progressistes», mais on ne m'offre pas les moyens de concilier mes valeurs lorsque j'entre dans l'isoloir. La nature de mes valeurs n'étant pas influencée par la performance d'un parti politique de gauche ou de ses politiciens, la gauche, de par sa philosophie, demeure le côté de l'échelle politique qui me convient le mieux et pour lequel je vote.

jeudi 16 août 2007

Une nouvelle Pauline Marois?

De deux choses l'une: soit les Québécois n'ont jamais vraiment donné la chance à Pauline Marois d'exposer sa vraie personnalité avant 2007, soit les deux ans de «congé» de Pauline lui ont permis de prendre conscience de ce qui lui manquait pour s'attirer la sympathie des gens. J'opterais pour la deuxième option.

D'abord de passage à Bons baisers de France la semaine dernière, Pauline s'est également payée une visite sur le plateau de Sucré Salé cette semaine. Deux émissions généralement consacrées à la variété et assez populaires grâce à leur ambiance décontractée et estivale. Lors des deux occasions, Pauline a su démontré qu'elle n'était plus cette femme aux cheveux raides, à l'air renfrogné et le menton si relevé qu'il formait un angle de 180 degrés avec son cou.

Pauline est désormais capable de démontrer qu'elle est d'abord et avant tout une femme, une citoyenne au même titre que chacun des électeurs du Québec. C'est comme si, en baissant le menton, Pauline pouvait maintenant voir les citoyens qu'elle sert, et permettait à ces mêmes citoyens de lire une partie de son âme. Sur les deux plateaux, elle était rayonnante, le sourire volontiers, les yeux pétillants lorsqu'elle parle de souveraineté, mais consciencieux et compréhensifs lorsqu'elle parle de mettre le débat référendaire au rancart pour le moment.

En 2007, Pauline est capable de faire des blagues, de parler dans un français impeccable sans pour autant sembler venir d'une autre planète. Elle partage, ou bien les médias s'y penchent davantage, sa vie en dehors de l'arène politique, nous faisant connaître une Pauline proche de sa famille, qui adore les voyages, pour qui la cuisine est un pur moment de détente et qui aime bien chantonner du Gilles Vigneault. Elle en a même offert un extrait à Guy Jodoin, sans doute le moment le plus extraordinaire de l'émission.

Cependant, Pauline ne semble pas avoir jeté le bébé avec l'eau du bain. Ce qui en faisait la plus redoutable adversaire d'André Boisclair lors de la course de 2005 en fait aujourd'hui la plus redoutable adversaire de Jean Charest et Mario Dumont. Elle est têtue et l'assume. C'est toujours avec la tête haute, mais moins qu'avant, qu'elle entreprend sa rentrée parlementaire, possiblement après avoir traversée une élection complémentaire.

Son franc parler est probablement une chose qu'elle partage avec Mario Dumont, mais elle démontre beaucoup plus de stoïcisme et de sérénité. D'ailleurs, j'ai trouvé que Pauline réalisait un tour du chapeau en sachant nommer les trois défauts d'André Boisclair à Sucré Salé (jeu Vérité ou conséquence); franche, mais compatissante et point insolente. Si André a écouté l'émission, je suis certain qu'il l'a pris pour ce que c'était: d'amicaux et précieux conseils.

Pauline est également une femme d'expérience en politique, ce qu'elle partage avec Jean Charest. Toutefois, je pense que Pauline, celle de 2007, a beaucoup plus de charisme que M. Charest pour communiquer aux autres son expérience. Je pense qu'elle saura démontrer aux Québécois qu'elle connaît et maîtrise assez bien les rouages de la politique pour défendre leurs intérêts.

À une période où, tant la gauche que la droite québécoise exige d'être entendue, Pauline m'apparaît avoir un avantage. En effet, si Pauline parvient à concilier les deux factions de son parti avec un certain succès, elle sera celle qui parviendra le mieux à offrir au Québécois une alternative centralisatrice.

En 2005, je n'aimais pas du tout Pauline Marois. Elle m'apparaissait hautaine, déconnectée, froide et bornée. En 2007, elle m'apparaît davantage comme une femme fière (avec raison), réaliste, chaleureuse et ouverte d'esprit, tout en demeurant déterminée dans ses convictions les plus profondes, dont la souveraineté.

Ceci ne me fait pas oublier le sort que le Québec a réservé à André Boisclair et qui m'a ouvert les yeux sur l'immobilisme de la province. Cependant, le départ d'André me semble moins amer maintenant que je sais que le Parti Québécois se retrouve sous le leadership de Pauline Marois... ce qui ne m'empêchera pas de demeurer vertement critique envers le parti et sa cheftaine.