samedi 28 avril 2007

Et si c'était nécessaire?

Dans une atmosphère politique normale, je dirais qu'André Boisclair doit tenir bon et aller de l'avant avec son plan de révision du programme péquiste. Le PQ est le seul parti à avoir proposé un programme vieux de 2 ans lors de la récente campagne. Ça peut paraître court comme délai, mais en politique, c'est long. En voyant la date du programme, plusieurs électeurs l'ont certainement considéré désuet et malheureusement, Boisclair n'a pas su démontrer le contraire.

Plutôt que de revoir et d'actualiser le programme, de se repositionner le parti sur l'échiquier et de préparer un retour en force, plusieurs députés péquistes pensent juste à remplacer Boisclair à la chefferie. Cette manœuvre consiste à appliquer un diachylon sur la plaie, car il est prouvé qu'une blessure fait moins mal lorsqu'on ne la voit pas. Sauf qu'un diachylon n'a jamais guéri une blessure et plus on attend avant de la soigner, plus ce sera ardu et douloureux.

Trêve de comparaison.

Si j'encourage, dans une première mesure, le projet de Boisclair, le spectre d'une nouvelle élection plane déjà sur l'Assemblée. Mario Dumont fera tout pour renverser au plus vite le gouvernement, question de profiter du succès de l'ADQ. Comme il le dit, il veut «donner un gouvernement adéquiste aux Québécois», ce qui suppose qu'il pense que les 61.41% qui n'ont pas voté pour l'ADQ ont commis une erreur, probablement due à la position de certains candidats adéquistes sur les bulletins de votes. Il faut donc donner une chance à ces brebis égarées de trouver le chemin vers leur bon berger.

La réalité, c'est que Mario Dumont a le beau jeu. Si des élections proches sont déclenchées, se sera forcément parce que le Parti Québécois ne se sera pas appuyer les libéraux. Vu la proximité de ladite élection, une bonne partie de l'électorat mettra son cerveau à off en ne conservant qu'un seul mantra: «le PQ nous a plongé dans une autre maudite campagne !» Cette situation augmentera l'électorat potentiel pour l'ADQ, surtout que ni le PLQ ni le PQ ne serait prêt. Le premier n'aurait pas le temps de démontrer qu'il méritait un second mandat alors que le second n'aurait pas le temps de faire le travail interne qu'il se doit absolument de faire.

Dans une telle perspective, une seule chose pourrait sauver le PQ: un nouveau chef. Pourquoi? Parce que même si le message est percutant et vendeur, l'électorat québécois n'écouterait pas s'il était amené par André Boisclair. La dernière campagne, et la performance de Boisclair, serait encore trop frais aux mémoires. Il faudrait alors stimuler l'attention des gens et je pense que seul un changement de chef, chez qui le charisme et la communication efficace feraient autant parti de son être que ses jambes et ses bras, pourrait y parvenir.

Voilà pourquoi je me pose la question: et si c'était nécessaire? Ce n'est qu'à moyen et long terme que la chefferie de Boisclair serait (très) bénéfique au Parti Québécois. À court terme, elle serait un handicap.

jeudi 26 avril 2007

Coup de poing fatal

Mourir pour une casquette. Voilà le tragique destin de Jean-Benoît Beaulieu, décédé à l'âge de 14 ans suite à un seul coup de poing au visage. Une bénigne affaire de casquette «volée» aurait été à l'origine d'une brève, mais fatale, bagarre à l'école secondaire Arc-en-ciel de Trois-Pistoles.

Quand j'ai appris cette nouvelle, j'ai automatiquement eu une pensée pour la dizaine de jeunes âgés entre 12 et 14 ans que j'anime chez les Scouts. Ces adolescents vont tous à la même école secondaire, considérée comme l'une des plus dangereuses au nord de Montréal.

Je n'ai pas d'enfant et je ne peux savoir — seulement imaginer — l'angoisse qu'ont vécu des milliers de parents au Québec en allant reconduire leur adolescent à l'école ou en le laissant prendre l'autobus ce matin. Cependant, le bien-être et l'avenir de chacun des adolescents de ma troupe me tiennent chèrement à coeur et ça m'inquiète beaucoup de savoir que derrière chaque bagarre en apparence banale se cache une possibilité de décès.

Mon coeur cesserait certainement de battre si une telle tragédie arrivait à l'un des mes Éclaireurs.

J'ai l'intention d'aborder le sujet avec eux la semaine prochaine, question de les laisser s'exprimer librement, du moins plus librement qu'ils ne pourraient le faire en classe. Je sais qu'avec eux, ce tragique exemple pourra être un incitatif afin qu'ils prennent la violence plus aux sérieux dans une société où elle est de plus en plus banalisée. Je sais que sur eux, l'aspect pédagogique risque de connaître un certain succès.

Mais sur les autres? La situation est plutôt délicate. Comme l'intention des jeunes bagarreurs, généralement, n'est pas de tuer, l'exemple de l'école Arc-en-ciel pourrait être une bonne opportunité (malheureusement) d'en motiver plusieurs à ne pas se battre. D'un autre côté, je ne peux m'empêcher de croire que pour quelques rares élèves vraiment malveillants, ou extrêmement inconscients, l'effet pourrait être l'inverse.

Jusqu'à ce que le point — ce n'est pas un jeu de mot — de non-retour soit atteint, il y en aura toujours quelques-uns pour trouver l'idée cool.

lundi 23 avril 2007

Scoutisme pour le Jour de la Terre

Officiellement, le Jour de la Terre était hier, le 22 avril. C'est cependant samedi que j'ai fait «ma part» pour l'occasion, alors que mon groupe scout, en collaboration avec la ville, organisait un avant-midi de nettoyage.

Des petits Castors de 7 ans aux animateurs et parents, nous avons longé l'un des chemins les plus importants de la ville et, sans aucun doute, l'un des plus pollués également. Durant 3 heures, nous avons ramassés de tout: mégots de cigarettes (le classique), bouteilles de liqueurs, de jus et de bières, sacs et contenants de McDonald's et autres services de restauration rapide, pneus, pare-chocs, journaux, sacs de plastiques remplis de choses dont je préfère ne pas connaître la nature, jouets, bâches, morceaux de meubles décapités, isolants roses, etc.

Cette journée a eu un gros potentiel pédagogique. Je ne peux parler pour les plus jeunes, mais quelques-uns de mes Éclaireurs ont indiqués qu'ils allaient y penser à deux fois avant de jeter leurs déchets n'importe où. Bien qu'aucun d'entre eux n'ait rechigné et qu'ils aient tous fourni un effort dont je suis fier, il ne faut pas se leurrer. Cette activité n'était pas l'une de leurs plus plaisantes chez les Scouts.

Malgré la valeur pédagogique de la journée, je ne leurs ai pas caché qu'elle me laissait un arrière-goût désagréable. Aussi vertueuse que cette opération de nettoyage puisse être, elle confirme que les gens peuvent continuer d'être de sales cochons. En effet, au moins une fois par année, une poignée de gens concernés ramasseront derrière eux. Cet arrière-goût, je l'avais surtout lorsque des gens, en voiture, nous félicitaient et remerciaient.

Les personnes qui nous ont manifesté leur reconnaissance n'avaient peut-être pas d'arrière-pensée. Peut-être étaient-elles sincères et qu'en d'autres temps et d'autres lieux, elles font également leur part pour garder notre planète propre. Peut-être; je n'en sais rien. Je ne pouvais cependant m'empêcher de penser que pour certains, cette reconnaissance pouvait sonner ainsi: «merci de me torcher, ainsi je n'aurai pas à le faire moi-même, bande de zouf!»

Évidemment, je ne m'arrêterai pas de participer, seul ou avec ma gang d'Éclaireurs, à d'autres opérations de nettoyage parce qu'il y en a qui en profite pour se réconforter dans leurs pratiques polluantes. Je suis cependant réaliste. La solution ne réside pas en un Jour de la Terre tous les 22 avril. Il faut que des mesures soient prises tous les jours de l'année. C'est pourquoi j'ai mis «ma part» entre guillemets. Elle ne se limite pas à une journée par année.

Cent dollars (Basses-Laurentides) pour déchets jetés n'importe où, ce n'est plus un montant adéquat en 2007. Il en va de même pour les amendes que veulent imposer les gouvernements aux entreprises pollueuses. Il est certain que ces amendes seront refilées aux consommateurs.

samedi 21 avril 2007

Barack Obama, le Common Sense et le Canada

Le candidat à l'investiture démocrate, Barack Obama, s'est prononcé en faveur d'une modification aux lois sur les armes à feu afin d'en prévenir l'achat par des personnes souffrant de troubles mentaux.

Au Québec, cette proposition nous semble être simplement du gros bon sens et nous aurions même tendance à trouver M. Obama un peu benêt d'affirmer une évidence. Mais dans un contexte purement étatsunien, la déclaration de M. Obama n'incarne pas l'évidence et son acceptation par la population n'est pas du tout garantie.

L'actuel sénateur de l'Illinois déclare que «"some common sense" changes are needed». Ce petit bout de phrase démontre que même aussi progressiste qu'il puisse être, Barack Obama habite un pays profondément conservateur. Pour faire passer ses idées, quelqu'un comme M. Obama doit user de tact dans ses discours afin de démontrer que toute idée progressiste trouve sa source dans une philosophie demeurée intacte depuis deux siècles.

Le Common Sense était un pamphlet écrit par l'intellectuel Thomas Paine en 1775 et distribué à partir de 1776. Ce pamphlet dénonçait les lois britanniques de l'époque et son immense popularité contribua à fomenter la Révolution étatsuniennes. Sa proposition de constitution était le premier signe d'un état en devenir.

Aux États-Unis, les écrits et les discours qui ont jeté les bases de la législation sont aussi sacrés que la bible elle-même. Les mœurs politiques ont bien peu changé aux États-Unis en deux siècles, notamment parce que les nouvelles idées peuvent être bénies ou condamnées selon qu'elles apparaissent cohérentes ou non avec des documents vieux de 200 ans.

C'est pour cette raison que le second amendement, celui qui garantit à tous le droit de posséder des armes, a la vie dure. C'est également pour cette raison que les États-Unis interviennent partout dans le monde pour protéger leurs intérêts, qu'ils sont si peu collaboratifs avec les Nations Unies, qu'ils tiennent toujours ce même discours «vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous», etc. Les États-Unis n'auraient jamais survécus s'ils n'avaient pas suivi aussi méticuleusement les principes fondamentaux que leurs ont légués les premiers hommes politiques étatsuniens. C'est pourquoi les Étatsuniens y tiennent fermement.

Comme tout bon politicien, Barack Obama le sait. Il démontre de plus en plus que, malgré sa très mince expérience en politique, il est un homme intelligent et rempli de ressources. Il sait qu'une idée innovatrice ne gagnera le cœur des Étatsuniens que s'ils ont l'impression qu'elle remonte aux Pères fondateurs.

En quelque part, c'est rassurant de voir qu'un candidat à la présidentielle étatsunienne peut mettre le conservatisme au service du progressisme. J'imagine l'impact sur la politique canadienne d'un président comme Barack Obama. Les conservateurs canadiens auraient beaucoup plus de difficultés à appliquer un conservatisme étatsuniens au pays de l'unifolié.

Finalement, si un président parvient enfin à apporter des changements, en apparences mineurs, mais combien importants, aux lois sur les armes à feu, quels en seraient les impacts sur le Canada? Les conservateurs canadiens perdraient aussi leur point de repère principal dans ce dossier. Présentement, ce n'est peut-être pas tant du côté de l'opposition à Ottawa que nous avons besoins de progressistes, mais dans le bureau ovale de Washington.