mardi 26 juin 2007

Justice «à l'américaine»

Face aux sentences trop légères, dites «bonbon», et aux récidivistes qui défraient les manchettes, de nombreux Québécois prônent l'adoption d'un système judiciaire «à l'américaine».

D'abord, un système «à l'américaine», ça n'existe pas. Les états contrôlent de façon indépendante la justice sur leur territoire et, à moins qu'il s'agisse de sécurité nationale, de crimes commis dans plusieurs états ou de causes entendues en Cour Suprême, les sentences sont dictées par le système judiciaire étatique. D'ailleurs, les causes dont nous avons écho aux Québec, par le biais des médias, sont presque toujours des causes de niveau étatique.

Lorsque les gens prônent un système «à l'américaine», ils prônent en réalité les systèmes judiciaires étatiques les plus sévères et intransigeants. Il est donc question, plus souvent qu'autre chose, d'états du sud et du centre, tels que la Floride, le Texas et la Californie. Il est plus rarement question des états du nord-est.

Je considère qu'actuellement, les justices québécoise et «américaine» sont aux antipodes l'une de l'autre. Elles sont aux extrêmes: l'une trop molle, l'autre trop dure. En échangeant un extrême pour l'autre, nous comblerions les lacunes du système québécois par les forces de la justice «à l'américaine», mais nous jetterions également le bébé avec l'eau du bain. En effet, nous remplacerions les forces de notre justice par les lacunes du système «américain».

Ce sont les (gros) inconvénients du syndrome du pendule dont souffrent Québécois et Canadiens. Lorsqu'une approche ne fonctionne pas intégralement, nous l'échangeons pour une approche diamétralement opposée, dans un cycle perpétuel où nous n'atteignons finalement jamais le juste milieu.

Je pense aussi que les gens qui prônent la justice «à l'américaine» font fi d'une réalité qui ne les enchante guère. Ceux-ci font souvent appel aux cas de récidives pour défendre leur point de vue, alors que dans les faits, le taux de récidive est plus faible dans notre système «pro-réhabilitation» que dans les états aux sentences sévères et à la réhabilitation déficiente (dans le sens d'inexistante ou peu encouragée).

Je comprends que la justice «à l'américaine» puisse être attirante. Son aspect expéditif laisse entrevoir une forme de justice par sa rapidité d'exécution et la longueur des sentences. Cependant, en bout de ligne, cette justice est plus injuste que la nôtre, puisqu'elle prive d'un proche réhabilitable de nombreuses familles et le taux de récidive plus élevé signifie également plus de victimes.

Je pense qu'au Québec, nous détenons l'approche la plus adéquate et efficace, à long terme du moins. Des corrections importantes et urgentes doivent être apportées à notre système, mais il demeure, selon moi, la meilleure base sur laquelle s'appuyer pour améliorer la justice québécoise. Un retour en arrière — ce en quoi consisterait l'adoption d'une justice «à l'américaine» — n'est pas souhaitable et serait même dangereux.

jeudi 21 juin 2007

Pas de quoi en être fier

La session parlementaire vient de se terminer et les trois partis se disent fiers de leur participation.

Jean Charest a vanté ses réalisations, alors qu'une partie a été copiée au programme adéquiste et qu'une autre partie (réductions d'impôts, santé, agglomérations) est loin de faire l'unanimité. Mario Dumont, fidèle à son habitude, s'attribue tout le mérite, alors que son parti a été le plus irresponsable, le plus enfant gâté et celui ayant le moins contribué à maintenir l'Assemblée à flot. Quant au Parti Québécois, il est probablement celui qui ressort le plus fort de cette session mouvement, mais il a joué son avenir et celui de la 38e législature sur un coup de dé. La bisbille interne et le départ d'André Boisclair aurait tout aussi pu être désastreux.

Je ne vois pas en quoi les députés devraient être fiers au terme de cette session. Que la législature ait survécu? D'accord, mais elle n'a pas répondu aux besoins de la population. Le PLQ a davantage cherché à sauver ses meubles, ce qui a donné un incohérent mélange de concessions et d'inflexibilité. L'ADQ était prêt et espérait retourner en élections dès le 27 mars et a bien failli réussir son coup. Le PQ, qui représente 28% des électeurs et une certaine gauche, a préféré laver son linge sale lors des premières semaines de travaux plutôt que d'essayer de remplir son mandat.

Bien sûr, tout n'est pas que négatif. Le retour des bulletins chiffrés et la volte-face concernant la vente du Mont Orford me réjouisse, malgré tout. L'ADQ a peut-être eu un comportement reprochable en chambre, sa présence a forcé le PLQ a adopté ces deux positions adéquistes (celle concernant le Mont Orford est partagée avec le PQ). Même si cela n'est pas suffisant pour prévenir une prochaine tuerie en milieu scolaire, je salue la loi sur les armes à feu. Enfin, même si cela a été dangereux, le PQ a réussi tout un coup en ramenant les projecteurs sur lui et l'arrivée prochaine de Pauline Marois semble lui redonner du souffle.

J'ai bien hâte de voir la suite des choses le 16 octobre prochain. L'arrivée de Pauline Marois amènera-t-elle le PQ à se remettre en selle? Mario Dumont respectera-t-il sa décision de ne pas faire renverser le gouvernement cet automne? Jean Charest sera-t-il capable de mener le gouvernement en étant plus justes dans ses concessions et plus réalistes dans ses positions inflexibles?

C'est à voir!

La dépression: bien en parler

Il n'est pas facile d'exposer aux autres notre situation lorsque nous sommes dépressifs. Les préjugés sont nombreux et ils ont souvent la vie dure. J'en ai moi-même payer les frais depuis que je me sais atteint de cette méconnue maladie.

Beaucoup de gens aiment à croire que la dépression n'est qu'un terme pour masquer ce qui serait, en réalité, une quelconque paresse. Que ceux qui en souffre se plaignent pour peu et qu'il suffit qu'ils se donnent un bon coup de pied au derrière pour se «ressaisir». D'autres ne voient chez les dépressifs que d'habiles manipulateurs, dont les complaintes ne servent qu'à atteindre des objectifs purement égoïstes. C'est pourquoi plusieurs croient que les dépressifs ne sont que des bluffeurs.

Plusieurs personnes confondent également la dépression avec d'autres maladies mentales, telles que le trouble bipolaire (maniaco-dépression), la psychose, les troubles de la personnalité et même, parfois, la schizophrénie. Il suffit de jeter un coup d'œil dans le DSM-IV pour voir que de nombreuses autres maladies sont confondues avec la dépression. De plus, ces maladies sont elles-mêmes affligées de nombreux préjugés, et s'ils sont parfois justes, ces préjugés sont abordés trop souvent hors contexte et par des personnes manquant cruellement de connaissances.

Enfin, les médias, toujours plus assoiffés de sensationnalisme que d'information et de vérité, n'aident en rien à faire connaître la dépression. Au contraire, ils la démonisent en l'invoquant à tord et à travers chaque fois qu'un crime violent est commis. Étrangement, ils ne sont jamais très bavards concernant la feuille de route des «spécialistes» auxquels ils font appel et qui confirment presque toujours les préjugés, habilement pris aux pièges par les questions pré-formatées des journalistes ou simplement habilement choisis.

Malgré tout, je crois qu'il est possible de communiquer sa maladie aux autres et de contribuer à rétablir les faits concernant la dépression. Pour commencer, je dirais qu'il existe deux étapes: celle où l'on expose sa maladie à des fins thérapeutiques et celle où on l'expose à des fins informatifs.

Je doute fort qu'une personne puisse guérir de la dépression en gardant secrète sa situation, ne la communiquant qu'à quelques intervenants, tels qu'un médecin, un pharmacien et un thérapeute. D'ailleurs, si ce dernier et ce premier sont le moindrement professionnels, ils suggéreront d'en parler avec la famille et les amis.

Le but recherché n'est pas d'obtenir de la pitié ni de pouvoir manipuler les gens qui nous aiment. En réalité, les personnes dépressives ont surtout besoin d'être entourées de personnes qui comprennent leur situation, afin qu'elles puissent guérir à un rythme sain et vivre ce qu'elles ont à vivre sans être jugées.

Par exemple, une personne dépressive peut avoir besoin de s'isoler à des moments impromptus, question de laisser sortir une émotion qui doit sortir. Cette même personne peut être amenée à quitter une réunion sociale prématurément afin de faire ce qu'elle doit faire; une personne dépressive bien encadrée saurait ce qu'elle a à faire. Un entourage ignorant la situation de la personne dépressive pourrait alors mal interpréter son comportement.

L'ouverture vis-à-vis de son entourage permet également à la personne dépressive d'éloigner les individus qui pourraient nuire à sa guérison. Cela peut faire très mal, mais conserver dans son entourage une personne dont la mentalité est négative — par rapport à la dépression, va sans dire — pourrait avoir des conséquences autrement plus graves à long terme. Bien sûr, il n'est pas toujours possible d'éloigner une telle personne, s'il s'agit d'un frère, par exemple.

Il n'existe probablement pas de méthode miracle et universelle pour communiquer sa maladie aux proches. Toutefois, je pense qu'il faut partager ce que l'on vit, autant en ce qui concerne les symptômes que les démarches entreprises pour guérir. Démontrer que l'on ne reste pas inactif face à la maladie rassure beaucoup les gens, qui se sentiront moins manipulés et/ou impuissants. Comme la connaissance de sa maladie est le second pas vers la guérison, le premier étant la prise de conscience, je crois qu'il est bien de partager à son entourage les informations que l'on acquiert au court de la guérison.

J'ai moi-même du communiquer ma situation aux personnes qui m'entourent. Certaines personnes ne comprenaient pas la maladie, mais m'ont quand-même soutenu. Alors que je m'attendais à des préjugés péjoratifs de la part de quelques personnes précises, il n'en fut rien. Enfin, j'ai du exclure totalement une personne de mon entourage et réduire mes contacts avec une autre.

Après un certain temps, alors que la guérison s'achève ou que la personne contrôle bien sa dépression (dans le cas d'une dépression permanente et/ou chronique), survient la deuxième étape. Ceux et celles qui y sont rendus savent normalement que leur entourage est informé et compréhensif, mais qu'en est-il des «autres»?

Une personne dépressive ne voit rarement son cercle de relations s'agrandir aux débuts de sa maladie. C'est même plutôt l'inverse qui se produit. Dans certains cas, des dépressifs s'entoureront d'autres dépressifs, dans le cadre de thérapies ou de groupes de soutien. Dans tous les cas, il ne s'agit pas de personnes étrangères à la dépression, des personnes qui sont «fonctionnels» dans la société «normale».

Premièrement, il est bon de clarifier une chose: la discrimination envers les personnes souffrant de dépression est tout aussi inacceptable, légalement parlant, que la discrimination raciale et religieuse. Par exemple, un employeur ne peut rejeter une candidature (ou refuser un retour au travail) sous prétexte qu'une personne souffre de dépression. Il doit d'abord lui donner la même chance qu'à tous.

À l'instar de l'étape thérapeutique, il est important de connaître son sujet. La différence est que, maintenant, la personne est fonctionnelle et ne cherche plus à s'assurer un climat qui favorise sa guérison. Désormais, le but recherché est de combattre les préjugés en informant correctement les gens sur la maladie, normalement dans le but de faciliter la vie des prochaines personnes qui vivront une dépression.

Renart L'éveillé l'a très bien exprimé dans son commentaire sur mon billet Passage obligé: «Plus il y en aura [qui en parlerons], plus ça deviendra accepté, plus les gens se feront soigner. Cette maladie est encore trop tabou.»

Je vais essayer de tracer un portrait bref de la situation. L'opinion publique empêche les politiciens d'aborder franchement la question. Ceux-ci pourraient être plus réceptifs si la demande était assez importante. Or, la demande est faible, parce que trop de personnes refusent de consulter en raison de l'opinion publique. Quant à celle-ci, elle est forgée par de la désinformation, nourrie en partie par le refus du gouvernement (et le système qui en découle) de se pencher sérieusement sur la question, tant au niveau médical que social.

Si les personnes affectées, ou ayant été affectées, par la dépression abordaient plus ouvertement le sujet en société, l'idée que celle-ci se fait de la maladie deviendrait plus juste et plus positive. Ce partage ne jetteraient pas à terre tous les préjugés, mais pourrait donner juste le petit coup de pouce pour engendre un effet domino bénéfique.

À l'étape thérapeutique, je suggérais d'aborder la dépression à la première personne. Pour l'étape informative, je suggère de l'aborder avec plus de détachement. L'auditoire n'est plus composé de personnes ayant à cœur votre bien-être, mais d'étrangers qui n'en ont probablement rien à cirer… pour l'instant. Il serait alors utile d'étoffer le témoignage de renseignements plus scientifiques, plus objectifs et d'y inclure des références.

Il faut être capable d'expliquer les signes avant-coureurs et les symptômes, y compris ceux que l'on n'a pas vécus. Sa propre expérience est utile, mais il faut également savoir où en sont rendus les recherches sur la dépression et quel est l'état des moyens curatifs offerts. Avoir un esprit critique peut démontrer que l'on est attaché à la cause, mais que l'on ne porte pas des œillères nous empêchant de voir le reste. Enfin, être capable de fournir le nom d'un bon site web ou d'un livre de qualité permet aux personnes de vérifier ses dires.

Personnellement, je n'aborde pas la question de front. Je trouve ça trop agressif et ça risque d'avoir l'effet contraire à celui escompté. Je préfère attendre que mon auditoire me connaisse un peu mieux, afin qu'il lui soit plus difficile de laisser les préjugés décider seuls de sa réaction. Je préfère glisser le sujet dans une conversation, laisser venir l'occasion d'en parler. Si les esprits s'échauffent, je ne m'obstine pas. D'autres occasions se présenteront pour que j'approfondisse le sujet avec les personnes de l'auditoire qui sont assez ouvertes.

Il y a des gens avec qui je n'aborderai jamais le sujet et c'est bien ainsi. Je n'ai pas besoin de «convaincre» (le terme est inapproprié, je sais) tout ceux que je rencontre. Je m'éreinterais à la tâche et finirais par être gagné par le désespoir. Si je peux faire changer l'opinion que d'une poignée de gens tout au long de ma vie, alors je serai satisfait.

mardi 19 juin 2007

Une bonne, une moins bonne et une contrariante nouvelle

La bonne nouvelle, c'est que la période d'inscription — différente de la période d'admission — pour les nouveaux admis au baccalauréat en histoire de l'UQÀM est étirée jusqu'au 13 juillet. Originalement, je devais m'inscrire entre le 28 mai et le 1er juin, mais pour des raisons essentiellement financières, je n'ai pu respecter cet intervalle.

La moins bonne nouvelle, c'est que l'Aide Financière aux Études, du Ministère de l'Éducation, ne m'aidera pas à réserver une chambre en résidences. Pour effectuer une telle réservation, il faut déposer l'équivalent d'un mois de loyer (465$), par mandat postal ou chèque visé. Je devrai revoir mon budget, déjà très serré, afin d'assumer moi-même ce dépôt.

La contrariante nouvelle, c'est que l'UQÀM a déjà commencé les coupures visant à se renflouer. Le premier service à écoper est le Centre de formation sur l'enseignement en milieux défavorisés. Pour la suite, ce sont des programmes entiers qui sont envisagés, entre autres solutions. Même si je ne crois pas que les programmes en histoire soient en danger, je crains que la bibliothèque, qui offre une collection présentement vétuste et maigre (dans le sens de la précision, pas nécessairement de la quantité), se voit rogner son budget.

L'étudiant en histoire passe environ 80% de son temps consacré aux études dans les livres, à effectuer des recherches et préparer des dissertations. Jusqu'à date, tous les professeurs que j'ai eus mentionnent qu'une visite à l'UdeM est presque inévitable, la bibliothèque de l'UQÀM ne suffisant guère. J'ai l'impression que ce ne sera pas demain que les professeurs cesseront de répéter cette mention. Malheureusement, les déplacements à l'UdeM sont onéreux en temps et en argent.

M'enfin, ce pourrait être pire. Je pourrais ne pas avoir la chance (ou le droit) d'aller à l'université.