dimanche 17 juin 2007

Docteur Folamour ou: comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe

Ce weekend, j'ai ajouté un nouveau classique à ma longue liste de films visionnés. Je voulais regarder Dr. Strangelove or: How I Learn to Stop Worrying and Love the Bomb depuis longtemps, mais je ne suis abonné à aucun club vidéo, ce type de film passe que trop rarement à la télévision et regarder un film sur l'ordinateur n'est pas mon fort.

Mais enfin, j'ai pu voir ce chef-d'oeuvre de Stanley Kubrick. Il était télédiffusé à Télé-Québec et sans interruptions publicitaires. Ce ne sont pas TVA et TQS qui s'y risqueraient. Même Radio-Canada, qui diffuse un cinéma plus artistique et intelligent, n'aurait pas diffusé un film sans pauses.

Mon premier constat, dès le début du film, c'est à quel point, 44 ans plus tard, le traitement est encore très et malheureusement actuel. Ce n'est pas un hasard si les caricaturistes et les graphistes adorent placer George W. Bush dans les décors de Docteur Folamour.

Cette pérennité du sujet s'explique. En 1963, le monde était en pleine crise de la Guerre Froide. Autant en Russie qu'aux États-Unis, on était plongé dans une atmosphère de vive paranoïa et une course à l'armement dont le but n'était pas d'empêcher l'autre de progresser, mais de toujours s'assurer d'être devant. Les croisades propagandistes étaient monnaies courantes et avaient imprégnées dans l'esprit des gens (Russes et États-uniens) de profonds mythes à propos du clan adverse, mythes frisant souvent le ridicule.

Qu'est-ce qui a changé depuis 1963? Les Russes ont été remplacés par les musulmans dans le rôle du Diable. La chasse aux communistes a été remplacé par la chasse aux terroristes... et carrément tout ceux dont la chasse aux terroristes n'est pas une priorité. Tout le reste demeure inchangé. La propagande, la paranoïa et la course à l'armement font toujours partis du décors; aux États-Unis, le fanatisme militaire est aussi puissant que le fanatisme religieux, auquel il est étroitement lié.

Docteur Folamour était, en 1963, une délicieuse satire politique remplie de scènes devenues légendaires, comme le soldat cowboy chevauchant une bombe atomique et le général paranoïaque qui veut à tout prix protéger une vulgaire map monde d'un ambassadeur russe... juste parce que c'est un ambassadeur russe. En 2007, la satire tient toujours et nullement besoin de connaissances historiques pour l'apprécier grâce à notre merveilleuse situation géo-politique mondiale.

Ma note: ce film se passe évidemment de note!

vendredi 15 juin 2007

Les 4 fantastiques et le Surfeur d'Argent

Commençons par couper l'herbe sous le pied de plusieurs critiques professionnels.

Oui, cet opus coupe trop court aux intrigues dramatiques. Oui, Jessica Alba (Le femme invisible) et Julian MacMahon (Viktor Von Fatalis) sont assez mauvais. Oui, l'humour est omniprésent, facile et juvénile. Oui, le récit est plutôt cabotin et invraisemblable (tu parles d'un défaut à attribuer à un film de super héros!). Oui, le personnage du Surfeur d'Argent est atrocement sous-utilisé. Oui, la chimie entre les acteurs n'est pas la meilleure qui soit, et enfin, oui, le film est trop lent à démarrer pour un produit de 90 minutes.

Enfin, voici ce qu'aucun critique professionnel ne dira sur ce film: ils se sont divertis. C'est cet aspect qui rend Les 4 fantastiques et le Surfeur d'Argent une coche meilleur que son prédécesseur. L'humour, bien que facile, est assez efficace et, s'il est vrai qu'il coupe court aux intrigues dramatiques, empêche les acteurs de s'y casser la gueule. Les effets spéciaux sont parfaitement réussis, particulièrement dans le cas du Surfeur d'Argent et de son maître, Galactus.

Les 4 fantastiques et le Surfeur d'Argent ne mettra pas la franchise à laquelle il appartient dans la liste des adaptations mémorables de bandes-dessinées. Soyons honnête, les 4F ne jouent pas dans la même ligue que Spiderman — même si les cinéphiles risquent de mieux apprécier la seconde aventure des fantastiques que la troisième de l'homme-araignée —, Batman Begins, ou encore les X-Men.

Mais les 4F peuvent s'estimer de meilleure qualité que les Daredevil, Elektra, Hulk, The Punisher et Catwoman. À de simples fins de comparaison, je dirais que Les 4 fantastiques et le Surfeur d'Argent est de la trempe de Ghost Rider, même si ce dernier bénéficiait d'un atout de plus: Nicolas Cage.

On oubliera très rapidement la dernière aventure de Mister Fantastic, la Femme Invisible, la Torche Humaine et la Chose — Evan le tout-puissant risque d'éteindre la torche dès vendredi prochain —, mais, pour ma part, je ne peux pas dire que j'ai gaspillé mon argent et que j'ai été déçu des 90 minutes que dure le film.

Ma note: 3 sur 5 (j'avais octroyé un 2.5 pour le premier opus).

P.S.: je n'ai jamais lu de bandes-dessinées.

lundi 11 juin 2007

Danny Ocean 13

L'autre jour, lorsque ma mère me demanda si j'avais vu et si était bon Pirate des Caraïbes: Jusqu'au bout du monde, je lui répondit exactement la même chose que sur ce blogue: «Moins bon que les deux premiers». Mon père n'a alors pas tardé à me répliquer: «On sait ben, quand un troisième film sort, y est toujours moins bon que les deux premiers!».

Eh bien, voici, en ce qui concerne l'été 2007, l'exception à la règle. Alors que j'étais resté sceptique et pantois devant le banal Retour de Dany Ocean (v.f.q. de Ocean's Twelve), Dany Ocean 13 — notez qu'à l'origine, la version québécoise devait s'appeler Le nouveau pari de Dany Ocean — permet à la franchise de reprendre du poil de la bête, sans toutefois égaler l'excellent Inconnu de Las Vegas (2001).

Dany Ocean 13 nous ramène en terrain connu sous presque tous les angles. C'est peut-être là son seul véritable défaut: il manque d'originalité. J'imagine cependant qu'il s'agit du meilleur compromi entre les deux premiers opus.

Nous retrouvons donc Las Vegas et l'univers glamour et dangereux des casinos. Si l'objectif de départ est différent des deux volets précédants, s'agissant cette fois de ruiner l'ouverture d'un casino afin de venger un coup de cochon porté contre Reuben, le film finit par nous ramener au cambriolage et au traditionnel plan «comment on entre et comment en sort?».

En contre-partie, les points forts sont nombreux. Le scénario est plus fluïde et cohérent que Le retour de Dany Ocean, l'humour retrouve une touche plus légère et subtile, les idées des voleurs et les obstacles qu'ils affrontent sont à la fois plus plus vraisemblables et utiles au récit, les personnages secondaires sont utilisés à juste titre et on ne peut que se délecter devant le résultat en fin de film. Contrairement à son prédecesseur, on ne ressort pas de la salle en se disant: «Tout ça juste pour ça!»

Dany Ocean 13 n'est pas un film parfait, mais il parvient à allier la qualité scénaristique à l'optique du divertissement. Un bon deux heures sans ennuis et sans arrière-goût et/ou faim non rassasiée.

Ma note: 4/5 (j'avais donné 5 pour le premier et 3 pour le second).

mercredi 6 juin 2007

Passage obligé

Hier encore, j'hésitais à aborder le sujet. Une partie de moi disait qu'il était trop délicat, trop personnel pour en parler sur mon blogue. Une autre partie me rappelait que j'avais d'abord et avant tout créé ce blogue dans le but d'en faire mon journal intime. Un journal élargi, dans lequel je souhaitais toucher à plusieurs sujets, mais un journal intime tout de même.

Finalement, ce qui m'aura décidé, c'est la mission informative que je me suis donné à la sortie de la seule et unique thérapie que j'ai jamais suivie pour guérir ma dépression.

Depuis neuf jours, je traverse l'une des périodes les plus importantes de ma vie. Un passage obligé dans tout processus de guérison. Ce passage, c'est le sevrage d'un psychotrope. À titre purement informatif, le psychotrope en question est du venlafaxine, un antidépresseur mieux connu sous le nom d'Effexor®.

Comme la plupart des psychotropes, le sevrage d'un antidépresseur se fait graduellement. Il est fortement déconseillé d'arrêter subitement; il va sans dire que la vie d'une personne y serait grandement mise en danger. Le processus est tout simple: on coupe de moitié à chaque étape. Dans mon cas, il s'agit de la première d'une série de trois étapes, chacune séparée par une période de stabilisation.

Je savais exactement à quoi m'attendre en acceptant le sevrage. Toute personne qui a déjà pris une dose d'antidépresseur en retard, assez pour en ressentir les effets, peuvent considérer savoir à quoi s'attendre.

Les premiers jours, aucun trouble. Tout au plus un faible étourdissement accompagné d'une légère anxiété, davantage liée à l'incertitude face à l'inconnu qu'au sevrage lui-même. Mais lundi soir fut une toute autre histoire. Une semaine plus tard, je commençais à sérieusement ressentir les effets du sevrage: étourdissements plus forts, nausées et crises d'anxiétés intermittentes.

Mes nerfs étaient très à vifs. À plusieurs reprises, mes mains se sont crispées, tantôt serrant le bras et le coussin de mon sofa, tantôt se serrant douloureusement l'une et l'autre. Les étourdissements venaient par vagues d'intensités, allant du léger inconfort à la perte de repères, comme lorsqu'on se relève trop rapidement... sauf que j'étais assis. Enfin, des poussées larmoiements, sans toutefois qu'il y ait flot.

Pour beaucoup de gens, l'épisode que j'ai vécu lundi pourrait sembler affolant. Il n'en est rien. Les personnes qui arrêtent de consommer certaines substances plus communes, telles que la caféine, la nicotine et le cannabis, peuvent ressentir ces symptômes lors du sevrage. Dans une proportion plus large, toutes les personnes consommant des psychotropes peuvent ressentir ces symptômes lors d'un sevrage.

Dans mon cas, cet épisode avait quelque chose de rassurant. Pour ceux n'ayant pas vécu de dépression, il sera peut-être plus difficile de comprendre pourquoi..

Brièvement, je dirais que cet épisode m'a permis de prendre conscience que les symptômes de mon sevrage sont purement physiques, alors qu'ils auraient pu également être psychologiques, advenant le cas où je n'aurais pas été réellement guéri de la dépression, mais simplement gelé.

La dépression survient lorsque nous perdons le contrôle, non pas sur ce qui nous entoure (y compris notre corps), mais sur la façon dont nous réagissons (psychologiquement) aux problèmes qui nous arrivent. Perdre son emploi, c'est de perdre le contrôle sur notre environnement de travail, sur ce qui nous entoure. Se sentir dévaloriser, rejeter, c'est de perdre le contrôle sur la façon dont nous réagissons au problème. L'équation indique de quelle façon nous guérissons de la dépression.

Lundi soir, j'ai gardé le contrôle. Certes, j'avais perdu celui de mon corps, mais j'ai conservé celui sur ma façon psychologique de réagir face à la situation. Sans me donner l'impression d'être devenu un Superman face à la maladie — le sevrage me rend légèrement plus fragile au niveau émotionnel —, cela signifie beaucoup pour moi.

Ce billet en est un autre très long, mais il m'a fait énormément de bien de le rédiger. Il se veut aussi une explication sur la léthargie que vit se blogue depuis une semaine.

De plus, peut-être qu'en partageant ainsi cette tranche très intime de ma vie, je contribuerai à mieux informer les gens sur cet aspect de la maladie dite «dépression». Informer les gens en santé qui méconnaissent — et ils sont très nombreux — cette maladie, mais également les dépressifs en phase de guérison qui emprunteront éventuellement ce passage obligé.

Enfin, à tous les détracteurs des antidépresseurs, la réalité est la suivante: beaucoup de dépressifs n'auraient jamais eu la chance de guérir sans la médication. La dépression comporte un facteur biologique et chimique qu'il ne faut pas ignorer. Compte tenu du grand nombre de diagnostiques erronés, ou surestimés, en matière de dépression, il est permis de penser que les gens prétendus dépressifs et qui en sont «guéris» sans médication puissent avoir reçu un diagnostique inappropriés. Ceci ne réduit en rien les souffrances qu'ils ont pu vivre, mais permet de rétablir l'équilibre entre les faits et les mythes.

Pour de plus d'informations, le site québécois Psychomédia offre une description que je considère très potable.

Il est possible aussi de googler le terme «dépression». La prudence est de mise, car la terminologie et le vocabulaire peuvent différer d'une région à l'autre, notamment entre le Québec et la France. Pour des informations justes, il est essentiel de consulter des sites scientifiques et médicaux, mais aussi des sites d'échanges entre personnes souffrant ou ayant soufferts de dépression. Finalement, il faut utiliser le site Wikipédia avec réserve. Le lien Wikipédia employé dans ce billet a été choisi par manque d'alternative intéressante.