Trois hivers, trois accidents. En réalité, je devrais dire deux collisions et un accident, car le terme «accident» implique qu'il n'y ait aucun responsable. Or, deux des incidents routiers dans lesquels j'ai été impliqué ces trois dernières années auraient pu être évités sans la présence d'un tiers inconséquent au volant.
L'incident de 2006 s'est produit lors de cette fameuse journée enneigée et brumeuse qui a vu le carambolage sur l'autoroute 40, à la hauteur de St-Sulpice. Dans l'épais manteau d'air blanc, je roulais assez lentement pour voir que le véhicule me précédant était immobilisé et que j'eus le temps d'en faire autant en toute sécurité. Celui qui me précédait n'a pu réaliser l'exploit, faute de disposer d'assez de temps. Je vous laisse deviner pourquoi.
En 2007, bien que roulant prudemment, je perdis le contrôle de mon bolide pour finir dans le fossé, à contresens de la circulation. Aux yeux de mon assureur, j'étais bien sûr responsable. Pour moi, on pouvait vraiment, sans faire de travestisme sémantique, qualifier cet incident d'accident. Alors que j'attendais le véhicule d'urgence cette nuit-là, plusieurs véhicules se sont succédés au même endroit, sur la même chaussée gelée, à des vitesses autrement plus dangereuses que la mienne, sans jamais perdre le contrôle. Pourtant, avec mes 20 km/h et mes pneus cloutés, c'est moi qui a pris le champs.
Cet hiver, c'est un imbécile d'une nullité intellectuelle incroyable qui a causé ma collision. Je roulais tranquillement, parfois trop aux yeux de mes confrères automobilistes, qui me dépassaient et par la gauche et par la droite. Je n'avais vraiment aucune raison de m'en faire, jusqu'à ce qu'un égocentrique de la route décide de changer de voie, s'aventurant dans la mienne sans clignotants ni précautions pour ma présence. Afin d'éviter que son aile arrière ne vienne chaleureusement embrasser mon aile avant, je fit une légère bifurcation.
Grand mal m'en fut! Je perdis le contrôle et me retrouvai, pare-choc avant d'abord, dans le parapet. L'écervelé continua son chemin sans jamais se rendre de compte de sa grande ineptie alors que moi, je tremblais de partout, les mains crispées sur le volant, le nez occupant la moitié de la voie d'extrême gauche, où d'autres déficients n'eurent guère assez d'esprit pour ralentir alors qu'ils me frôlaient. Mais enfin, je parvins à déplacer mon véhicule dans une position de relative sécurité et attendit l'arrivée des services d'urgence. Le remorquage, effectué sur une distance de 5km, me coûta au bas mot la coquette somme de 160$.
La morale superficielle serait de ne plus sortir lorsque le temps est maussade. La véritable morale, c'est qu'un nombre encore plus important que ce que je croyais de conducteurs disposent malheureusement d'une boîte crânienne trop mince pour protéger leur cerveau contre la cryogénisation. Leurs neurotransmetteurs réduits à l'incapacité totale font d'eux de véritable criminels de la route, et comme bien des criminels, ils s'en sortent sans égratignures, physiquement, psychologiquement et judiciairement parlant.
Pour une rare fois sur ce blogue, je serai imbu de ma personne. Un petit plaisir que je m'accorde.
Je ne crois pas au hasard, non plus qu'à la destinée. Du moins, pas cette destinée immuable, sur laquelle nos choix n'auraient aucun levier. Il y a donc une raison à ces incidents, une explication que je dois trouver, un message que quelque chose — je n'y donne aucun nom, encore moins celui de «dieu», car cela impliquerait que je crois en dieu et/ou que je partage la croyance d'autrui autre que la mienne, mais confondue par les termes qu'on lui prête — essaie de me faire comprendre.
Voici le moment venu de manquer totalement de modestie: je suis trop intelligent. Trop intelligent pour être celui qui causera un jour un incident routier tel que ceux que j'ai vécus à deux reprises. À l'image du Yin et du Yang, toute chose étant équilibrée, si je ne suis celui qui cause les incidents, je suis donc celui qui doit les subir. C'est une loi inscrite profondément dans le cosmos!
Plus avant, mes mésaventures se veulent un avertissement; celui qu'un jour, un écervelé du volant provoquera chez moi des dommages plus graves que des pertes matérielles. Des jambes coupées? Une colonne vertébrale fracturée causant la tétraplégie? Un traumatisme crânien me dépossédant à jamais de ma mémoire? Pire encore, une collision tragique m'enlevant femme et enfants que je n'ai pas encore? Ou encore, déroutant mon véhicule en direction d'un enfant innocent que je faucherais à mort?
Manifestement, la seule façon actuellement à ma portée pour éviter de vivre l'un de ces drames est d'éviter de conduire lorsque le temps est «jugé» inopportun. Toutefois, une voix me dit que si le mauvais temps peut effectivement favoriser la conjecture, celle de ma rencontre avec un fou du volant, elle n'y est pas indispensable. Quand même, ce serait un début que de rester sagement chez moi lorsque préférable, car quand les nombreux automobilistes québécois n'oublient pas leur cerveau sur le toit de la voiture, ils l'exposent à un froid nocif pour leur raisonnement.
Il est clair que ce billet est en grande partie que pures divagations. Sachez cependant ceci: il y a presque quatre ans, je circulais sur un chemin de terre de la base scoute Tamaracouta, dans les Laurentides. Le vent était violent et le craquement des branches fracturées me parvenait à l'oreille. J'eus le temps de me rendre à destination, et alors que je mis le pied à l'intérieur, les volants des fenêtres claquèrent d'un applaudissement infernal, les lumières s'éteignirent, le tonnerre hurla et les éclairs déchirèrent les cieux.
Cela ne faisait pas dix secondes que j'étais entré que je sortis la tête pour jeter un oeil à l'extérieur. L'itinéraire que je venais de parcourir était complètement recouverts d'un tapis de troncs d'arbres, un manteau d'une épaisseur d'un mètre. Dix secondes plus tôt et l'une de ces massues naturelles se seraient écrasées contre ma tête, au mieux provoquant ma mort, au pire me causant des dommages cérébraux irréparables et me condamnant à un éternel enfer sur terre.
Dix secondes plus tôt. Depuis ce temps, je permets, à l'occasion, de mettre l'interrupteur de la raison scientifique à «off» pour laisser libre-court aux élucubrations philosophiques sur la vie et sur comment le monde tourne. Malgré l'excentricité de ces réflexions, il n'en demeure pas moins qu'elle renferme un peu de vérité. N'est-il pas vrai que les cons au volant causent plus de dommages aux conducteurs avisés que l'inverse, et qu'à cause de ces premiers, ce sont ces seconds qui doivent se priver de prendre la route par un jour de mauvais temps?