samedi 12 janvier 2008

Impressions mitigées

Peut-être avez-vous vu à la télévision récemment cette publicité dans laquelle des individus encagoulés font irruption dans une maison pour y enlever un parent — je ne me rappelle plus si c'était le père ou la mère — durant un souper de famille. Cette publicité de la Fondation des Maladies Mentales fut retirée des ondes après seulement quelques diffusions.

Il en existe toutefois une autre, radiophonique celle-ci, dans laquelle une fillette rentre de l'école et qui cherche désespérément sa mère dans la maison, en vain. À la fin des deux publicités, on informe les auditeurs que les maladies mentales, dont la dépression, enlèvent à leurs proches une personne sur six au Québec.

Mes impressions face à la première publicité furent fort mitigées pour les mêmes raisons qui ont incité la FMM à la retirer. Il est vrai qu'une maladie mentale non diagnostiquée peut briser un foyer de façon subite. Parlez-en à ces nombreux endeuillés qui n'ont jamais vu venir le suicide d'un proche. Toutefois, la violence qui composait la métaphore était trop ambiguë et brusque pour efficacement atteindre son objectif: éveiller les consciences sur l'urgence d'agir.

La FMM est pourtant capable de publicités choc et efficaces. La deuxième que j'ai mentionnée en fait partie. Même si elle demeure implicite, on peut aisément en deviner la fin tragique. Les deux publicités de la FMM concernant spécifiquement la dépression sont également efficaces. Il y eut celle du collègue de bureau venu acheter des fleurs et dont la carte d'accompagnement démontrait toute l'ignorance du personnage. Il y a également celle qu'il est possible de visionner sur le site de la fondation et expliquant qu'il serait beaucoup plus facile pour un dépressif de faire comprendre sa souffrance s'il était couvert d'ecchymoses et de bandages.

Il y a un autre aspect sur lequel mes impressions sont mitigées et c'est la classification de la dépression dans les maladies mentales.

D'abord, il est vrai qu'à travers un scanner, la dépression est causée par une insuffisance dans la production de sérotonine, un neurotransmetteur du cerveau notamment responsable de l'humeur. Cependant, à l'instar d'autres troubles de l'humeur, et contrairement à d'autres maladies mentales, la dépression est d'abord et avant tout causée par l'environnement social et affectif de l'individu. Cela est également vrai même si la personne naît avec une dysfonction au niveau de la production de sérotonine, car ce qui arrive à la mère durant la grossesse contribue fortement au développement de ladite dysfonction.

Il y a aussi la notion d'anomalie qui accompagne l'étiquette de la maladie mentale. S'il semble évident qu'une maladie telle que la schizophrénie est un état anormal, on ne peut pas toujours en dire autant de la dépression. Comme mentionné ci-haut, les facteurs extérieurs sont davantage à blâmer. La dépression agit comme un signal d'alarme qui avertit l'individu qu'il évolue dans un milieu malsain. On pourrait alors considérer cette maladie comme la conséquence normale d'une exposition prolongée à un milieu anormal.

D'ailleurs, les personnes dépressives qui s'en remettre développe la faculté de percevoir autour d'eux d'autres conséquences de ce milieu anormal. Elles décèlent plus facilement les gens qui renient la situation parce qu'elle ne les affectent pas personnellement et/ou immédiatement. Elles détectent aussi l'habitude que plusieurs prennent de refouler au plus profond d'eux-mêmes la souffrance que leur cause notre société démente. Elles remarquent ceux qui savent qu'il y a quelque chose de pourri au royaume de l'humain et qui chialent à propos des autres sans se rendre compte que leur propre comportement fait partie du problème, sans être le problème.

Bien sûr, si le fait de classer la dépression parmi les maladies mentales favorisaient l'accès des personnes dépressives à des soins de santé et des ressources efficaces, qu'il en résultait une société plus fonctionnelle et saine, que le taux de suicides en soit réduit, tout comme le nombre de crimes reliés, à tort ou à raison, à la dépression, alors j'appuierais sans réserve la classification. Mais il n'en est rien.

Placer la dépression dans la vaste et généraliste catégorie des maladies mentales ne fait que marginaliser ceux qui en souffre en les isolant davantage, en plus de permettre à tous ceux et celles ayant de réels comportements amoraux, perturbés, louches et néfastes de se décharger de toutes responsabilités sociales face à ce fléau contemporain que sont les maux de l'âme.

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