Quel modèle canadien?
Le premier ministre canadien, Stephen Harper, entreprendra dimanche un voyage en Amérique latine (y compris les Caraïbes) afin d'y promouvoir le «modèle canadien» et «contrer l'influence d'Hugo Chavez», dixit un haut responsable. Mais de quel «modèle canadien» s'agit-il au juste?
Est-ce le modèle de gouvernement conservateur que Harper veut promouvoir? Celui d'un gouvernement qui se voit refuser l'appui d'une presque majorité de canadiens et compte parmi ses appuis ceux d'électeurs qui ne partagent pas les valeurs conservatrices, mais qui votent PC simplement parce qu'ils n'ont pas encore digéré le scandale des commandites?
Est-ce le modèle d'un pays où l'est et l'ouest vivent dans des réalités diamétralement opposées, dont les plus fortes valeurs communes est une quelconque fierté d'être canadien et d'entretenir un lien symbolique, mais ô combien sacré, avec une reine vivant à plus de 5 000 kilomètres d'Ottawa? Lorsque je vois les canadiens manifester leur fierté d'habiter le «plus meilleur pays du monde», je perçois autant de franchise et de vigueur que le sont les canadiens anglophones de se savoir membres de la Francophonie!
Est-ce le modèle de conciliation économie versus environnement? Stephen Harper a vraiment de quoi être fier d'avoir annuler la participation canadienne au protocole de Kyoto, d'avoir fait du Canada la risée internationale lors de la conférence de Nairobi, de laisser l'Alberta devenir un véritable Mordor en ouvrant le vanne de l'industrie des sables bitumeux afin d'enrichir ses amis et assurer aux États-Unis davantage d'arrogance en les fournissant en carburant.
Notons au passage les nombreuses coupures faites dans les subventions aux organismes environnementaux, l'instauration d'objectifs revus à la baisse et dont l'atteinte est repoussée à une ère où il sera définitivement trop tard.
Est-ce le modèle du respect de droits civils et de l'homme? Il est vrai que l'abolition du programme des contestations judiciaires, qui était l'un des trop rares moyens dont disposent les minorités du Canada (dont les canadiens français hors Québec) pour faire valoir leurs droits envers le gouvernement, fut un grand pas pour le Canada.
Le droit à l'information en a également pris pour son rhume, alors que le gouvernement filtre la moindre information destinée aux médias et envoie à l'abattoir des milliers de soldats sans jamais daigner expliquer aux Canadiens pourquoi se sacrifice est utile. Que dire des prisonniers afghans, dont le gouvernement maintient le silence total sur leur traitement, quand ils ne les refilent pas directement à Washington, reconnu mondialement et légitimement comme bafouant les droits de l'homme dans ses prisons d'outremers?
Enfin, ce doit certainement être le fédéralisme d'ouverture que Stephen Harper voudra promouvoir en Amérique latine. Comment traiter avec les factions dissidentes de son état? En prenant des mesures dont le seul impact se limite à celui de l'encre sur du papier, mais qui n'ont en réalité aucune valeur, surtout pas au niveau judiciaire. Parallèlement, il faut que le gouvernement puisse museler au maximum les dissidents qui n'auront pas gobés ses manigances en les bâillonnant lors de conférences internationales, en refusant sa présence dans les organisations mondiales vraiment décisives et en coupant le robinet aux festivals susceptibles de faire rayonner cette culture déviante dans le reste du monde.
D'après-moi, voilà le modèle que Stephen Harper ira promouvoir en Amérique latine: prosternez-vous devant l'oncle Sam et simuler votre indépendance vis-à-vis des États-Unis en envoyant quelques frégates dans les eaux dégelés de l'Arctique... mais laisser l'armée états-unienne faire des simulations sur la partie canadienne des Grands Lacs.
Pendant ce temps, de nombreux organismes demandent à Stephen Harper de ne pas signer d'accords de libre-échange avec la Colombie, brandissant la doctrine «les droits de la personne d'abord». Bien que j'appuie cette doctrine, la vérité va ainsi: Harper a ravalé son sifflet lors de son passage en Chine l'an dernier et depuis, silence radio, excepté pour quelques timides déclarations ne risquant aucune représailles économiques.
Je suis indépendantiste, mais cela ne m'empêche pas d'aimer le Canada, de la même façon que je pourrais aimer n'importe quel autre pays du globe. Mais je n'aime pas le gouvernement de Stephen Harper et je suis triste de voir ce que ce gouvernement fait au Canada. Nous étions des leaders mondiaux et l'image que le monde avait du Canada était cohérente avec ce que beaucoup de Canadiens ressentaient pour le pays à l'unifolié.
Mais tout à changer depuis et c'est dans cet état que Stephen Harper visitera les pays d'Amérique latine la semaine prochaine.





1 commentaire:
Salut Gradlon,
Tu as totalement raison; Stephan Harper se fait l'émissaire des USA pour contrer Hugo Chavez et son modèle d'indépendance...
Ne pas dépendre de la politique des USA est sacrilège pour certains, l'ami Harper l'a comprit.
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