dimanche 23 décembre 2007

La religion: une question de bonne foi

N'en avons-nous pas entendu parler et reparler de la religion, et ce, tout au long de la Commission Bouchard-Taylor? Des gens comme le maire de Saguenay, Jean Tremblay, et le cardinal Marc Ouellet sont venus plaider en faveur du catholicisme, tant dans nos classes que les institutions publiques. Des musulmans sont venus déplorer les écarts de compréhension des Québécois vis-à-vis l'Islam. D'autres, comme le maire d'Huntingdon, Stéphane Gendron, plaident la laïcité totale de l'état, et même plus.

Pour moi, la religion est une question de bonne foi. On peut laïciser officiellement l'appareil étatique et ses organes, mais on ne peut pas laïciser de force ceux qui en sont les acteurs. On peut empêcher un député catholique d'entrer à l'Assemblée nationale avec un crucifix au cou, mais on ne peut pas lui ordonner de laisser ses valeurs au vestiaire. C'est d'ailleurs sur les valeurs qu'il véhicule qu'un député est élu. Or, ces valeurs sont influencées, au moins en partie, par ses croyances religieuses.

Il existe d'autres domaines où cette réalité survient. Je pense entre autre à l'enseignement, alors que la personnalité des professeurs influence la formation de la personnalité de milliers de jeunes. Les valeurs font partie intégrante de la personnalité et, à moins de vouloir dénaturer l'école, on ne peut empêcher les professeurs d'afficher la leur.

Qu'il s'agisse d'un député, d'un enseignant ou de tout autre fonctionnaire, la population sera amenée à juger leurs actions et leurs paroles. Lorsque ces actions et ces paroles rencontreront opposition, ce n'est pas une laïcité officielle et officiellement respectée par tous qui empêchera les gens d'accuser untel d'avoir agi et/ou parlé en fonction de sa religion.


Ce ne serait pas évident de discerner des actes ou des paroles découlant d'une croyance religieuse. Par exemple, les grandes religions de ce monde prônent la pauvreté. Un fonctionnaire véhiculant comme valeur la simplicité volontaire pourrait être taxé d'intégriste religieux, peu importe sa religion!


Encore faudrait-il s'entendre sur la définition de ce qu'est une religion. Selon le Nouveau Petit Robert, la religion est "un ensemble d'actes rituels lié à la conception d'un domaine sacré distinct du profane, et destinées à mettre l'âme humaine en rapport avec Dieu."

Le capitalisme regroupe un grand nombre d'adeptes qui observent religieusement divers rituels, tels l'achat de cadeaux pour les fêtes du calendrier du consommateur, le renouvellement de l'automobile tous les cinq ans, l'usage du crédit même dans les cas de liquidité suffisante, la messe du dimanche matin chez Wal-Mart, etc.

Les riches ne sont-ils pas de nouveaux dieux terrestres? Leur bonne parole n'est-elle pas véhiculée par des prophètes du coaching personnel et transmise à travers des livres sacrés expliquant les 10 commandements à suivre pour atteindre le paradis qu'est la richesse?

Je jette la lumière sur le capitalisme, car il est présentement le cœur de notre société occidentale et « occidentalocentriste ». Les deux derniers paragraphes peuvent cependant s'accorder à diverses pratiques du XXIe siècle, lesquelles ont toutes des adeptes, des rituels à suivre et des dieux, même si ceux-ci ne sont pas incarnés par un être intangible et infaillible.

Un état officiellement laïc va-t-il également légiférer la pratique des ces "nouvelles religions" dans la fonction publique? J'en doute fort.

Évidemment, la laïcisation de l'appareil étatique permettrait d'éviter de nombreux dérapages et d'uniformiser à toute la population les services publics. Ceci suffit pour que je considère essentiel de procéder à ladite laïcisation. Pour le reste, il faudra s'en remettre à la bonne foi des gens pour faire la différence entre des valeurs pouvant être bonne pour l'ensemble de la population et des valeurs qui ne sont bonnes d'abord et avant que pour soi-même.

vendredi 21 décembre 2007

Marois et Charest au fil d'arrivée, Dumont distancé

Le semestre d'automne de l'Assemblée nationale a été assez intéressant et surprenant. Ce ne sont pas les positions des différents partis qui furent surprenantes, mais la façon dont les partis se sont disputés la première place dans ce qui n'est qu'une autre séance de qualifications avant les prochaines élections. Au terme du dernier tour de piste, le Parti québécois et le Parti libéral sont au fil d'arrivée alors que l'Action démocratique se laisse distancé.

Le Parti libéral a démarré le semestre en bien mauvaise posture. Grand dernier dans les intentions de votes de septembre avec seulement 24%, il termine au deuxième rang avec 30% en décembre. Cet exploit est celui de Jean Charest et de lui seul. Il a su se mettre à l'avant-scène dans la crise de l'industrie forestière. Il a su éviter à Julie Boulet un lynchage en règle et sauver l'essentiel de son projet de loi sur la sécurité routière. Enfin, il est parvenu à pousser dans l'ombre un Philippe Couillard trop ambitieux à son goût.

Le projet de loi modifiant la loi sur la sécurité routière, l'intention de ramener à Québec le registre des armes à feu si Ottawa l'abandonne et les critiques à l'égard du gouvernement fédéral, notamment sur la crise forestière et sur l'environnement, sont des facteurs ayant fortement aidé la remonté des libéraux. Cependant, son refus de débattre du projet de loi sur l'identité québécoise, présentée par le PQ, son entêtement à implanter un port méthanier à Lévis et le retour bâclé des bulletins chiffrés ont assombri les réalisations du PLQ.

Alors qu'il était premier en août, le Parti Québécois a commencé le semestre en seconde place avec 30% des intentions de votes. En regardant les intentions de décembre, le PQ ne semble pas être un si grand vainqueur du semestre. En fait, son pourcentage a moins augmenté que celui du PLQ (+6%) et bien que meneur, son avance sur le PLQ est présentement le même que l'avance que l'ADQ avait sur lui en septembre (+4%).

Pourtant, à la tête du parti, Pauline Marois fut la plus performante des chefs. Malgré une bévue en campagne, Mme Marois remporte une élection qui fut à la fois une solide marque de confiance de la population envers elle et une certaine revanche sur l'ADQ. Son entrée à l'Assemblée fut faite d'un pas déterminé, ce qui a laissé transpirer l'assurance et le leadership. D'ailleurs, il semble régner au PQ une unité qui avait quitté le bateau depuis des lustres.

Après sa victoire, Mme Marois avait déclaré qu'elle voulait reprendre à son compte certains enjeux, dont celui des accommodements raisonnables. Sur ce dernier plan, nul besoin de procéder à une analyse en profondeur pour y voir le succès. D'un seul projet de loi, le PQ a réussi quatre choses: faire parler de lui (essentiel pour un tierce parti), entrer dans les bonnes grâces des Québécois, couper l'herbe sous le pied de Mario Dumont et démontrer les intentions immobilistes du gouvernement Charest sur la question.

La seule tache à son dossier: sa maîtrise plus que déficiente de l'anglais. Une tare qu'elle a su transformée à son avantage.

En septembre, l'Action démocratique était en tête des intentions de votes avec 34%. Son seul véritable bon coup fut d'ailleurs concrétisé en septembre, alors que Mario Dumont osa présenter un adversaire contre Mme Marois dans la circonscription de Charlevoix. Plusieurs électeurs ont interprété ce geste comme un réel souci de démocratie de la part de M. Dumont, alors que la tradition de laisser gagner par défaut un chef de parti est considéré comme anti-démocratique pour les électeurs du compté où se présente ledit chef.

M. Dumont a déclaré, dans son bilan, que "l'action du gouvernement a été nettement influencée par le programme de l'ADQ". La grande erreur de l'ADQ fut d'ailleurs de laisser ses adversaires démontrer aux Québécois qu'ils étaient plus aptes à respecter les engagements adéquistes que les adéquistes eux-même. M. Dumont a notamment perdu des plumes lorsque Mme Marois a déposé son projet de loi, car il a alors commis deux incohérences: marcher main dans la main avec le PLQ, ce qu'il a toujours reproché au PQ de faire, et embrasser sa réputation de girouette aux yeux d'une partie de l'électorat.

Car mis à part les partisans adéquistes très impliqués dans le parti, ce revers de la main du projet de loi Marois paru comme étant un désaveu de ce que l'ADQ prônait à pareille date l'an dernier.

Le résultat est que l'Action démocratique termine l'année en troisième place dans les intentions de votes avec 26%. Toutefois, l'ADQ n'est pas descendu aussi bas que le PQ l'était à la sortie des dernières élections (23%) et c'était d'ailleurs avec 26% qu'il avait entrepris celles-ci. Ce parti peut très bien rebondir, en autant qu'il clarifie ses positions (et qu'il s'y tienne) et que M. Dumont laisse plus de place à ses députés, pas seulement Sébastien Proulx (un plus) et Gilles Taillon (un moins).

Les intentions de votes sont à l'image de ce qui résulte de ce semestre. Le Parti québécois coiffe le Parti libéral au fil d'arrivée, malgré un impressionnant sprint de ce dernier. Quant à l'Action démocratique, elle s'est laissée distancer dans le dernier tour. Ceci dit, si une élection devait avoir lieu au printemps, les trois principaux partis partiraient sensiblement sur la même ligne.

Les données statistiques sont celles de CROP, telles que présentées sur le site de QuébecPolitique.com. Combinées aux résultats des sondages Léger-Marketing, on obtient un meilleur aperçu de l'évolution des intentions, les dates s'intercalant. Le résultat final en demeure cependant sensiblement le même.

lundi 3 décembre 2007

C'est la fin qui compte, pas les moyens

Il m'aura fallu du temps pour assimiler cette possibilité, et même encore, il ne s'agit pas d'une certitude dans mon esprit.

Suite à cette première session à temps plein comme universitaire, je suis devant la nécessité de mettre mes études sur la glace jusqu'en mai, peut-être même jusqu'en septembre prochain. L'addition de divers problèmes d'ordre familial a transformé ce qui devait être l'une des plus stimulantes expériences de ma vie en véritable calvaire.

D'un point vue purement superficiel, c'est notre situation financière précaire qui a gâché ma session. Mon père, dont j'ai exposé la situation dans un billet du mois d'août, est le seul pourvoyeur de la famille et doit se contenter d'un salaire actuel inférieur à ce qu'il faisait avant.

En 2001, lorsque je fut diagnostiqué dépressif majeur et que ma grand-mère se remettait péniblement d'un double pontage ayant sévèrement accélérer son vieillissement, ma mère quitta son emploi pour devenir notre aidant naturel. Six ans plus tard, elle n'arrive pas à réinsérer le marché du travail dans son domaine et est trop épuisée pour entreprendre un changement de carrière.

Quant à moi, la dépression majeure a laissé des séquelles qui, aujourd'hui, rendent impossible pour moi de conjuguer emploi et études. Connaissant ma situation, ce ne serait pas l'un ou l'autre qui serait hypothéqué, mais les deux. Probablement que j'aurais à vivre à la fois un échec scolaire et un congédiement.

Cependant, j'aurais sans doute pu réussir cette session malgré notre situation financière précoce. Si, lorsque j'étais entre les murs de l'université, j'étais parvenu à faire abstraction de nos problèmes, j'aurais très bien pu réaliser les différents travaux exigés par mes professeurs et étudier avec assez d'application pour obtenir des résultats satisfaisants.

Mais je n'arrive pas à chasser de mon esprit notre situation familiale. Mes parents se sont inquiétés et ont pris soins de moi au plus pire de ma dépression. Ma mère en a fait autant pour ma grand-mère, et mon père pour ma mère. Aujourd'hui, c'est moi qui est inquiet pour eux. Ils paient le lourd tribu pour s'être occupé de moi, pour avoir retiré le maillon qui était le leur de la chaîne de montage capitaliste qui est celui de notre inconscient collectif, et donc de nos dirigeants politiques et économiques.

Bien que je me sente nullement responsable de la situation de mes parents, je ne peux rester les bras croisés. Si mes parents n'ont obtenu aucune aide alors qu'ils me soutenaient dans un passage difficile de ma vie, ils n'en recevront pas davantage maintenant qu'ils traversent eux-mêmes une période creuse.

La seule façon qui semble se présenter à moi pour les aider est de me rendre le plus possible indépendant d'eux. Leur donner congé d'une de leurs nombreuses préoccupations. Étant donné que je ne peux procurer à mon père l'emploi qu'il mérite d'occuper, que je ne peux épargner ma mère le fardeau que représente l'Alzheimer de ma grand-mère, que je ne peux forcer nos gouvernements à les soutenir le temps que mes parents se remettent en selle, il ne me reste qu'une solution: travailler durant les quatre, peut-être les huit, prochains mois.

Mon objectif est double. D'abord, permettre à mes parents d'investir un peu de leur argent dans leur propre avenir. Mon père doit suivre un cours de conduite de véhicules lourds alors que ma mère doit suivre des cours liés à l'industrie agro-alimentaire. Ensuite, je veux me créer un coussin de sécurité financière pour mon retour aux études et ne plus être entièrement dépendant de l'aide gouvernementale. Parce que, soyons honnêtes, elle fait dure, cette aide!

Ça me fait très mal de mettre mes études sur la glace. C'est comme si je un étau me serrait le coeur. Toutefois, rien ne s'améliorera si je persiste dans la présente voie. Je souhaite toujours ardemment être diplômé en histoire et je vais continuer à oeuvrer dans ce sens, mais il me faut prendre des dispositions différentes.

Si j'étais paranoïaque, je dirais: "Ils ne m'auront pas, les salauds! Je vais l'avoir pareil, mon bacc." Je serai juste gradué plus tard que prévu initialement.

mardi 20 novembre 2007

Responsabilité limitée, mais responsabilité quand-même

Lorsque nous sommes animateurs chez les Scouts, notre niveau de responsabilité face à la sécurité des jeunes change en fonction du groupe d'âge. Ainsi, le niveau de responsabilité imputable à des animateurs chez les Castors (7-8 ans) est plus élevé que celui imputable à des animateurs chez les Pionniers (15-17 ans). Plus les jeunes sont âgés, plus la responsabilité des adultes est limitée.

Dans certains districts, le port du couteau en permanence est strictement interdit chez les Louveteaux (9-11 ans) alors que son usage est soumis à une étroite surveillance. En cas d'incident, l'équipe d'animation sera plus susceptible d’être pointée du doigt que les jeunes impliqués. En revanche, chez les Éclaireurs, le port du couteau en permanence est autorisé et son usage, tout comme l'emploi d'autres outils tranchants, n'est pas soumis à une surveillance aussi rigoureuse. Les jeunes Éclaireurs ont plus d'autonomie, ce qui leurs impute également une plus grande responsabilité envers leur sécurité.

Ceci dit, les animateurs éclaireurs ne sont pas dégagés de toutes responsabilités. Parmi celles-ci se trouve l'obligation de fournir aux jeunes une formation adéquate sur l'utilisation sécuritaire des outils tranchants, y compris le banal couteau de poche. De plus, les animateurs doivent observer le comportement des jeunes avant de les laisser partir seuls avec des outils tranchants. Du moment que les animateurs ont rempli leurs responsabilités, c'est autour des jeunes d'en faire autant.

Les animateurs éclaireurs ont donc une responsabilité limitée, parce que partagée avec les jeunes, mais ont une responsabilité quand-même. Il en va tout autant de la ministre des Transports, Julie Boulet, dans cette affaire d'infractions au code de la sécurité routière.

Il est vrai que c'est son garde du corps qui tenait le volant et qui appuyait sur l'accélérateur. Sa responsabilité est indéniable, car même si les conducteurs se font imposer un agenda, la décision de contrevenir aux lois leur revient. Je crois que si un chauffeur respecte les lois, il obtient un argument de poids pour en appeler d'un possible congédiement pour avoir refusé d'accommoder son député de patron.

Compte tenu de sa position et du projet de loi qu'elle présente, Julie Boulet avait la responsabilité d'exiger de son conducteur le respect des lois actuelles et projetées. Sachant que les chauffeurs de députés se font régulièrement imposer des agendas qui, face au risque de perdre leur emploi, gravent en eux des habitudes difficiles à perdre, elle se devait de surveiller avec vigilance la conduite de son garde du corps, ne serait-ce que pour lui rappeler ses nouvelles obligations et éventuellement le congédier si après un période de temps raisonnable, ce dernier ne répondait pas de façon satisfaisante aux nouvelles consignes.

Elle n'a visiblement, si on le fie au discours qu'elle tient, rempli aucune de ces responsabilités. S'il est vrai que son garde du corps n'est pas à l’abri des blâmes dans cette histoire, la ministre ne l'est pas davantage. Encore plus que son conducteur, elle mérite de subir les conséquences pour avoir failli dans ses responsabilités.

Étant donné que le ministre des Transports doit continuer de tenir un certain discours moralisateur et que l'actuel ministre n'a plus la crédibilité de le faire, elle doit quitter ses fonctions. Le comportement "faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais" est tout aussi inacceptable en politique qu'en éducation parentale. Surtout qu'en politique, ce sont des adultes que nous devons convaincre.