Les limites du scoutisme
Malgré les questionnements et les doutes sur mon implication dans le mouvement scout, j’y suis encore. Six ans à animer des jeunes entre neuf et quatorze ans. Outre le fait que depuis deux ans, j’œuvre en compagnie d'adultes avec lesquels j’ai du plaisir et du confort à animer, la principale raison qui me motive à poursuivre dans le scoutisme est ma grande conviction qu’il s’agit de l’un des meilleurs organismes pour la jeunesse qui soit.
Depuis un siècle, les fédérations à travers le monde s’efforcent de remplir le mandat que leurs a légué Robert Baden-Powell: «remplacer les préoccupations du moi par celle du service, de rendre les jeunes gens vraiment forts, au moral comme au physique, et de leur donner l’ambition de mettre leurs forces au service de la communauté.» (Baden-Powell, Éclaireurs, Delachaux & Nestlé, France, 1988, p.7). Aujourd’hui, les adultes du mouvement résument cet objectif en une petite phrase: former des adultes impliqués, autonomes et épanouis.
Pour y parvenir, les fédérations du monde suivent un certain modèle qu’on appelle «méthode scoute» et qui se résume en sept points interdépendants et complémentaires: une loi et une promesse (engagement); la relation adulte/jeune; un cadre symbolique; la vie dans la nature; l’éducation par l’action (jeux, projets, etc.); la vie en petits groupes et la progression personnelle. Les animateurs ont accès à des outils assez clairs et précis et y ajoutent leurs propres expériences afin d’en faire profiter les jeunes. Lorsque le programme est bien suivi, la plupart des jeunes qui quittent la phase mineure du scoutisme, à 18 ans, ils sont prêts à entrer de plein pied dans le monde des adultes.
Malgré tout, il arrive que le scoutisme soit impuissant face à certaines situations. Le scoutisme a ses limites et, métaphoriquement parlant, ces limites sont incarnées par le pas de la porte du local. Le comportement qu’un jeune adopte aux Scouts est influencé par tout ce qu’il vit à l’extérieur du scoutisme et parfois, l’influence du scoutisme n’est pas assez forte pour améliorer ce comportement. En général, le comportement du jeune n’est pas nuisible à l’ensemble de l’unité scoute et nuit seulement à l’expérience scoute du jeune lui-même. À d’autres moments, le comportement est à ce point négatif qu’il nuit autant aux adultes qu’aux autres jeunes. Si plusieurs moyens permettent aux animateurs de régler, ou améliorer, la situation, il arrive que des animateurs doivent faire appel à des moyens extrêmes, de derniers recours.
Cette semaine, la maîtrise (équipe d’animation) de la troupe où j’anime a décidé, suite à ma recommandation, d’entreprendre une action de dernier recours. Effectivement, nous avons décidé de suspendre un éclaireur pour une durée de deux semaines, durant lesquelles il sera invité à réfléchir sur son comportement et à la suite desquelles il devra remplir trois conditions s’il veut réintégrer la troupe. Par souci de discrétion, je n’énumèrerai pas ici les conditions qu’il aura à remplir ni tous les moyens que nous avons utilisés pour éviter d’en arriver là.
Je dirai seulement que d’initier ce genre d’action est probablement le seul véritable aspect négatif de mon rôle de responsable d’unité, ou, pour les habitués d’un scoutisme plus traditionnel, mon rôle de chef de troupe. Je n’aime vraiment pas ça et pour être totalement franc, ça me brise le cœur. Je souhaite l’épanouissement de tous les jeunes, y compris ceux qui me donnent du fil à retordre. J’aurais tellement préféré qu’on (la maîtrise) puisse arriver, avec les moyens à notre disposition, à faire évoluer ce jeune, à lui faire adopter un comportement plus acceptable, autant pour son propre bénéfice que celui des autres.
Mon mandat est d’assurer le bon fonctionnement de la troupe et même s’ils n’ont pas explicitement ce mandat dans leur définition de fonctions, les autres animateurs y veillent tout autant. Nous savions que nous devions prendre les grands moyens pour «sauver» la saison scoute de nos autres éclaireurs et que les moyens habituels — justes envers tout le monde — avaient démontrés leur futilité. J’espère sincèrement que ce congé permettra à ce jeune de prendre conscience de son comportement et de l’améliorer en vue d’un retour agréable pour tous.






