dimanche 8 avril 2007

Les limites du scoutisme

Malgré les questionnements et les doutes sur mon implication dans le mouvement scout, j’y suis encore. Six ans à animer des jeunes entre neuf et quatorze ans. Outre le fait que depuis deux ans, j’œuvre en compagnie d'adultes avec lesquels j’ai du plaisir et du confort à animer, la principale raison qui me motive à poursuivre dans le scoutisme est ma grande conviction qu’il s’agit de l’un des meilleurs organismes pour la jeunesse qui soit.

Depuis un siècle, les fédérations à travers le monde s’efforcent de remplir le mandat que leurs a légué Robert Baden-Powell: «remplacer les préoccupations du moi par celle du service, de rendre les jeunes gens vraiment forts, au moral comme au physique, et de leur donner l’ambition de mettre leurs forces au service de la communauté.» (Baden-Powell, Éclaireurs, Delachaux & Nestlé, France, 1988, p.7). Aujourd’hui, les adultes du mouvement résument cet objectif en une petite phrase: former des adultes impliqués, autonomes et épanouis.

Pour y parvenir, les fédérations du monde suivent un certain modèle qu’on appelle «méthode scoute» et qui se résume en sept points interdépendants et complémentaires: une loi et une promesse (engagement); la relation adulte/jeune; un cadre symbolique; la vie dans la nature; l’éducation par l’action (jeux, projets, etc.); la vie en petits groupes et la progression personnelle. Les animateurs ont accès à des outils assez clairs et précis et y ajoutent leurs propres expériences afin d’en faire profiter les jeunes. Lorsque le programme est bien suivi, la plupart des jeunes qui quittent la phase mineure du scoutisme, à 18 ans, ils sont prêts à entrer de plein pied dans le monde des adultes.

Malgré tout, il arrive que le scoutisme soit impuissant face à certaines situations. Le scoutisme a ses limites et, métaphoriquement parlant, ces limites sont incarnées par le pas de la porte du local. Le comportement qu’un jeune adopte aux Scouts est influencé par tout ce qu’il vit à l’extérieur du scoutisme et parfois, l’influence du scoutisme n’est pas assez forte pour améliorer ce comportement. En général, le comportement du jeune n’est pas nuisible à l’ensemble de l’unité scoute et nuit seulement à l’expérience scoute du jeune lui-même. À d’autres moments, le comportement est à ce point négatif qu’il nuit autant aux adultes qu’aux autres jeunes. Si plusieurs moyens permettent aux animateurs de régler, ou améliorer, la situation, il arrive que des animateurs doivent faire appel à des moyens extrêmes, de derniers recours.

Cette semaine, la maîtrise (équipe d’animation) de la troupe où j’anime a décidé, suite à ma recommandation, d’entreprendre une action de dernier recours. Effectivement, nous avons décidé de suspendre un éclaireur pour une durée de deux semaines, durant lesquelles il sera invité à réfléchir sur son comportement et à la suite desquelles il devra remplir trois conditions s’il veut réintégrer la troupe. Par souci de discrétion, je n’énumèrerai pas ici les conditions qu’il aura à remplir ni tous les moyens que nous avons utilisés pour éviter d’en arriver là.

Je dirai seulement que d’initier ce genre d’action est probablement le seul véritable aspect négatif de mon rôle de responsable d’unité, ou, pour les habitués d’un scoutisme plus traditionnel, mon rôle de chef de troupe. Je n’aime vraiment pas ça et pour être totalement franc, ça me brise le cœur. Je souhaite l’épanouissement de tous les jeunes, y compris ceux qui me donnent du fil à retordre. J’aurais tellement préféré qu’on (la maîtrise) puisse arriver, avec les moyens à notre disposition, à faire évoluer ce jeune, à lui faire adopter un comportement plus acceptable, autant pour son propre bénéfice que celui des autres.

Mon mandat est d’assurer le bon fonctionnement de la troupe et même s’ils n’ont pas explicitement ce mandat dans leur définition de fonctions, les autres animateurs y veillent tout autant. Nous savions que nous devions prendre les grands moyens pour «sauver» la saison scoute de nos autres éclaireurs et que les moyens habituels — justes envers tout le monde — avaient démontrés leur futilité. J’espère sincèrement que ce congé permettra à ce jeune de prendre conscience de son comportement et de l’améliorer en vue d’un retour agréable pour tous.

samedi 7 avril 2007

Grindhouse: en programme double

Je disais dans un précédent billet que les plus cours textes étaient souvent les meilleurs. Contrairement à mon habitude lorsque j’écris une critique cinéma, je vais résumé tout l’intérêt du film Grindhouse avec une simple équation: Tarantino + Rodriguez + une idée assez colorée. Pas besoin d’en dire davantage pour convaincre les amateurs de ces deux bozos du septième art que Grindhouse est débile (sous tous les sens du terme) à souhait et, malheureusement, convaincre aussi ceux qui ont détesté leurs films de rester à la maison.

Grindhouse
et ses deux présentations, Planète terreur de Robert Rodriguez et À l’épreuve de la mort de Quentin Tarantino, s’emparent de la première place de mon top 5 des films de l’année… que je devrais incessemment afficher de nouveau sur ce blogue.

Ma note: 5/5

mardi 3 avril 2007

Alléluia !

L'auteur du blogue Indépendance de jesopinions, AntiPollution, propose une relecture savoureusement sarcastique du Symbole des Apôtres dans son billet «Le credo des conservateurs».

Je ne serais pas surpris, AntiPollution, que tu reçoives bientôt une offre du PCC pour acheter les droits de ton texte pour en faire très sérieusement leur credo officiel.

dimanche 1 avril 2007

Les rois du patins (v.f. de Blades of Glory)

L'an dernier, Will Ferrel et les producteurs de 40 Years-old Virgin nous offraient une délicieuse caricature de l'univers des courses NASCAR, soulignant à gros traits les aspects très américains, très sudistes et sexistes de ce sport américain, qui a devancé en 2006 la NFL au sommet des disciplines sportives les plus regardées aux États-Unis. Le succès de Talladega Nights: The Ballad of Ricky Bobby reposait sur un judicieux croisement entre l'irrévérencieux Dodge Ball: A True Underdog Story et l'éclectique Wake Up Ron Burgundy.

Cette année, c'est avec les réalisateurs Josh Gordon et Will Speck, qui en sont à leur première expérience derrière la caméra d'un long métrage, que Ferrel s'associe pour nous offrir une nouvelle satire sportive. La tête de turc, cette fois: le patinage artistique. Blades of Glory (Les rois du patins en français) est également scénarisé par deux néophytes: les frères Jeff et Craig Cox.

Avant même d'en connaître davantage, j'ai souri devant l'idée de voir Will Ferrell et John Heder incarnant deux patineurs artistiques. Définitivement, ça n'allait pas être un drame sportif à la Gridiron Gang. Le synopsis du film n'a fait qu'éveiller davantage ma curiosité. Deux patineurs artistiques, bannis à vie de leur division suite à une bataille, décident de revenir à la compétition, ensemble et dans la division des couples.

Comme bien d'autres comédies, Blades of Glory aurait pu s'arrêter là, s'asseoir sur ses lauriers et ne rien offrir de plus que le contenant. Heureusement, il n'en est rien. Le film se moque généreusement du monde du patinage artistique, relevant tous les préjugés que les gens peuvent avoir de ce sport. Les connotations homosexuelles ne manquent pas. La féminité refoulée des patineurs est amplifiée. Les personnages font preuves d'une excentricité et d'un snobisme à peine voilés. Enfin, la compétition entre les deux équipes principales a l'envergure d'une rixe entre deux chats, mais on essaie de la montrer comme s'il s'agissait d'une bataille épique entre deux tigres.

Dans Blades of Glory, Will Ferrell est au sommet de son art et John Heder, moins expérimenté, parvient aisément à suivre le rythme imposé par l'ancienne vedette de Saturday Night Live. L'excès transpire de tous leurs pores dans leur interprétation des patineurs Chazz Micheal Micheals et Jimmy MacElroy. Les deux sportifs sont dépeints comme des rejets de la société et leurs personnalités sont aux antipodes. Micheals est un obsédé sexuel ténébreux alors que MacElroy est un étrange mélange de Richie Rich et de Ken, le célèbre compagnon de Barbie.

Les deux principaux interprètes sont entourés de deux autres escapés de SNL, Will Arnett et Amy Poehler. Ceux-ci incarnent deux champions du patinage dont la discipline imprègne leur vie jusqu'à dans les moindres détails. Ils sont toujours habillés en costumes et tous leurs gestes semblent tirés d'une chorégraphie. Il suffit de voir Arnett couché sur une peau d'ours, dans une position digne d'être photographiée, pour comprendre que la célébrité les habite complètement.

Les gags de Blades of Glory tombent rarement à plat, à moins de ne vraiment pas aimer le style d'humour propre à Will Ferrell et qui se retrouve dans presque toutes ses comédies. Les exagérations, les clins d'oeil et les blagues en bas de la ceinture sont généralement biens placés et servent le scénario, plutôt que le contraire, comme dans bien des comédies absurdes.

Finalement, notons au passage que le film a non seulement été tourné à Montréal, mais que l'action se déroule également à Montréal. On reconnaît le Stade Olympique, — ce film donne peut-être une bonne raison de le garder debout — le Palais des Congrès, Habitat 67 et le canal Lachine. Ceux et celles qui demeurent ou fréquentent régulièrement la métropole ne pourront que constater les nombreuses erreurs géographiques du film, qui sont bien sûr délibérées.

Ma note: 4.5