mardi 24 juillet 2007

L'esprit critique: un défi historique

Il y a déjà plusieurs mois que germe dans ma tête l'idée de rédiger un billet sur la discipline historique. À l'instar de toute science, et même de toute forme de discipline, l'histoire répond à un abécédaire remplit de règles, lesquelles sont généralement respectées par les historiens. Ceci n'exclut pas que des historiens fassent abstraction d'une ou de plusieurs règles, parvenant normalement à prouver que leurs écarts servent la discipline plutôt que lui nuire.

L'une des règles les plus importantes, sinon la plus importante, est la capacité de conserver un esprit critique et ce, en tout temps. En première lecture, cette règle paraît toute naturelle et allant de soi, mais elle peut représenter un véritable défi pour plusieurs personnes. En effet, les valeurs personnelles, lesquelles influences inévitablement nos croyances, peuvent rendre difficile l'application d'un esprit critique.

En guise d'exemple, je me rappelle de mon cours d'introduction à l'histoire de l'Antiquité. Ma professeure avait alors servi un avertissement aux femmes de la classe, leur expliquant qu'elles devaient éviter le piège d'analyser l'histoire à travers la perception moderne de la condition féminine. Autrement dit, l'erreur à éviter était de porter un jugement sur les civilisations antérieures selon des valeurs résolument actuelles, comme de qualifier la civilisation Gréco-romaine de sexiste (ou d'archaïque) parce que la femme y est toujours sous la tutelle d'un homme, de sa naissance jusqu'à sa mort.

Cette anecdote n'est qu'un exemple, car l'esprit critique doit s'appliquer à tous les thèmes, les époques et les sphères de la discipline historique. Les pacifistes doivent éviter d'analyser les acteurs de la guerre de Cent Ans en fonction de leur haine de la guerre; les athées et/ou les personnes en faveur de la laïcisation doivent faire attention lorsqu'ils posent leur regard sur la croisade contre les Cathares; les détracteurs de l'Oncle Sam doivent surpasser les reproches qu'ils formulent à l'égard des États-Unis lorsqu'ils se lancent dans l'histoire de ce pays (mon professeur d'histoire états-unienne avait servi cet avertissement au début du cours). Je pourrais continuer la liste, mais je pense que ces quelques exemples sont suffisants.

Dans la même avenue, il est important d'être capable de critiquer les sources. Qu'il s'agisse de nos valeurs personnelles, d'un désir de protéger le résultat de ses recherches ou simplement parce que nous sommes attachés à nos croyances (il n'est pas nécessairement question de religion), il faut savoir critiquer nos sources, qu'elles renforcent nos hypothèses ou qu'elles les affaiblissent.

La source infaillible n'existe pas. Si on peut affirmer que deux avions ont percuté le World Trace Center le 11 septembre 2001, il est beaucoup plus difficile d'en affirmer avec certitude les causes, les acteurs et la chronologie précise (et étendue dans le temps) des événements. L'historien, ou l'enquêteur, puisqu'il s'agit d'un événement encore récent, pourrait développer une théorie en s'appuyant sur des sources qu'aussitôt un collègue développera une théorie contraire s'appuyant également sur des sources.

L'histoire récente regorge de sources. Dans un sens, ceci permet à un historien d'étoffer son hypothèse en recueillant un maximum de sources la corroborant. La technologie permet aussi de conférer aux sources une certaine crédibilité. Cependant, cela offre également aux détracteurs les sources nécessaires pour remettre en cause l'hypothèse du premier. Ainsi, l'historien doit toujours garder en tête qu'à l'ensemble des sources qui lui permettent de construire une hypothèse, il existe un ensemble de sources capable de l'affaiblir, voire carrément l'anéantir.

L'histoire ancienne offre beaucoup moins de sources. Il est ainsi plus difficile d'établir avec certitude les faits et cela explique pourquoi l'histoire de l'Antiquité et du Moyen Âge sont en constante mutation, malgré des points de repères stables. À l'instar de l'histoire récente, il arrive que deux sources contradictoires s'affrontent. Or, contrairement à l'histoire récente, dont les sources ont souvent les mêmes forces, car elles sont plus facilement vérifiables, les sources de l'histoire ancienne ont les mêmes faiblesses, car elles sont plus difficilement vérifiables.

Les historiens dont le travail est le moins respecté ne sont pas nécessairement ceux qui ne présentent pas un nombre suffisant de sources et/ou des sources indiscutables, mais ceux qui omettent volontaires les sources affaiblissant leurs théories, ou qui ne retiennent des sources que les déductions, parfois tirées par les cheveux, qui leur conviennent. Par extension, une œuvre historique (livre, documentaire, article, etc.) qui n'amène pas le lecteur à réfléchir sur les sources ou les hypothèses présentées est une œuvre de qualité douteuse.

P.S.: Je sais que l'exemple des attentats du 11 septembre n'est pas le plus approprié. Je crois qu'il existe une différence entre l'émission d'hypothèses historiques et la réaction face à un sujet d'actualité. Cependant, cet événement donne lieu à tellement d'hypothèses et d'opinions divergeantes qu'il m'apparaissait plus aisé de le citer pour expliquer la difficulté qu'apporte une abondance de sources.

mardi 17 juillet 2007

Le dilemme Irakien (màj)

Ce lundi, 16 juillet, le site Internet du New York Times publiait un article annonçant que les sénateurs démocrates prévoyaient maintenir le sénat en session «through the night on Tuesday». J'ai cru, à tort, qu'il s'agissait de la session de lundi qui allait se prolonger au cour de la nuit de lundi à mardi. Un article du site Reuters m'indique que c'est ce soir que la session pourrait déborder. Il semblerait que des lits, de oreilles et des brosses à dents soient mis à la disposition des sénateurs en vue de cette longue nuit.

Le dilemme Irakien

Dans les villages du désert irakien, des hommes, des femmes et des enfants pleurent des parents. Au nom de la paix et de la liberté, les cadavres qui jonchent les rues ont essuyés tirs et déflagrations à la voiture piégée. Les agresseurs sont autant les libérateurs étatsuniens que les patriotes irakiens. Ces derniers se livrent la guerre entre eux, et pourtant, plusieurs Irakiens doivent croire qu'ils se retrouvent au cœur d'une salve interminable de tirs croisés dont ils sont étrangement la cible.

À dix milles kilomètres de là, des politiciens entament leurs vingt-sixièmes cafés de la journée. Il est 2h35, le matin, et tous portent la coiffure ébouriffée et les cernes marqués à la grosse craie noire. Plusieurs tremblent des doigts où dansent du pied; l'appel de la cigarette est fort, mais les sénateurs démocrates sont déterminés à faire adopter une résolution pour démobiliser une grande partie des soldats engagés en Irak. Il faudra attendre les nouvelles de mardi pour savoir si cette dernière mise en situation se rapproche de la réalité.

Dans les rues de l'«Amérique», les citoyens voient leur pays devenir l'ennemi de la paix, alors que les États-Unis s'étaient toujours efforcés de se montrer comme étant le grand défenseur et pourvoyeur de la démocratie sur terre. Tous connaissent une personne mobilisée dans l'ancienne Mésopotamie, et plusieurs d'entre eux pleurent encore la perte d'un être cher pour une cause qui n'est plus la leur. Leurs pleurs sont muets, ou plutôt, celui qui devrait les entendre fait la sourde oreille.

Ce qui se déroule sur le sol irakien est un véritable dilemme, autant pour les forces d'occupations, le peuple irakien et la communauté internationale. La plupart des personnes en situation d'autorité s'accordent pour dire que «l'Irak est une cause perdue, ou sur le point de l'être». La question n'est désormais plus de savoir si les «États-Unis peuvent gagner, mais comment sortir».

Même si d'ici quelques mois, quelques années, l'armée étatsunienne parvenait à mâter la dissidence chiite, soit par la force inespérément efficace, soit par la diplomatie démocratique, et qu'une paix permanente s'installait en Irak, la mission serait toujours un cuisant échec. Au mieux, un «échec réussi», pour reprendre le qualificatif attribué à la mission Apollo 13, mais rien ne laisse présager que Washington puisse être à même d'envisager parvenir à transformer ce bourbier en quelque chose de négativement positif.

Pourtant, un retrait des troupes n'est pas aussi évident à mettre en œuvre pour Washington. Même s'il constitue un pilier fracturé et fragile, la structure risque de s'effondrer si Sam quitte l'Irak trop rapidement. D'accord, la situation du pays semble déjà écrasée contre le sol, mais aussi difficile à imagine que cela puisse être, ce pourrait être encore pire. Malheureusement, les États-Unis se sont rendus indispensables, ou plutôt, la suite des choses en Irak dépendra de la façon dont le rideau tombera sur la participation étatsunienne. D'ailleurs, la plupart des soldats n'envisagent pas d'abandonner sec un peuple qu'ils côtoient depuis quatre ans.

L'envers de la médaille, c'est que le statu quo ne tient plus et que l'augmentation des troupes engagées serait non seulement inefficace, mais carrément impossible. D'abord, l'Irak s'enligne vers une guerre civile, déjà entamée aux dires de certains, encore plus sanglante que tout ce que le pays a connu depuis 2003. De plus, selon un sondage, les étatsuniens ne «supporterons pas une guerre à l'issue indéterminée pour sauver un pays qui semble incapable de se sauver lui-même». Enfin, les forces armées étatsuniennes seraient sur «le point de s'effondrer sous le poids des contraintes d'une guerre qui a duré plus longtemps que la Deuxième guerre mondiale», dans laquelle les États-Unis n'ont été officiellement engagés que trois ans, de 1942 à 1945.

Quand, mais surtout comment, se terminera l'intervention étatsunienne en sol irakien? Le président Bush n'est certainement pas la personne en mesure de même amorcer un retrait efficace des troupes. Si plusieurs républicains se rangent désormais du côté des démocrates, un vainqueur du GOP au lendemain du 4 novembre 2008 est loin d'assurer ce succès. Quant aux démocrates, la majorité opte pour un retrait intelligent et progressif, mais en pouvant s'appuyer sur une date fixe pour le débuter. Ceci étant dit, une présidence démocrate à partir de 2009 n'écarte pas la possibilité d'un retrait bâclé dû à l'empressement.

À l'heure actuelle se dessine en Afghanistan un croquis semblable à celui qui apparaissait en Irak avant que l'intervention étatsunienne ne devienne le carnage qu'il est. Le Canada en paie les frais et, sans discuter du bien fondé de ces sacrifices, l'unifolié dispose présentement d'une date pour un début du retrait. Ce dernier ne représente pas un dilemme pour l'instant, tout au plus un point de débat en Chambre. Toutefois, si Ottawa ne fige pas l'échéance de 2009 et que la mission canadienne n'est pas révisée, le casse-tête irakien des États-Unis deviendra notre casse-tête afghan. Si tel est le cas, à l'image des États-Unis, le Canada risquerait de perdre beaucoup de plumes et quitter la queue entre les jambes.

Sauf indication contraire, ma source est l'article intitulé «
Bush Losing Gop Support on Iraq» paru sur le site web de MSNBC. En explorant les différentes sources médiatiques étatsuniennes, les thèmes abordés ici sont récurrents, mais l'article de MSNBC.com se veut un bon résumé, selon ma conception.

jeudi 12 juillet 2007

Hyperhidrose: un mal tenu taboo

Par un pur hasard — quoique la notion même de hasard est discutable —, j'écoutais l'émission La vraie vie, diffusée sur les ondes de Rock Détente, lorsque l'animatrice de l'été, Caroline Proulx, annonça qu'elle «sortait du placard» et qu'elle souffrait d'un mal encore très tabou dont souffre environ 1% de la population. Ce mal, c'est l'hyperhidrose, c'est à dire une sudation anormalement excessive.

Cet aveu de Caroline Proulx m'a inspiré à aborder le sujet sur ce blogue, souffrant moi-même d'hyperhidrose. Tout comme Mme Proulx, dont une auditrice de La fosse aux lionnes, qu'elle animait également, lui a fait remarquer récemment, je porte souvent des vêtements foncés, le plus souvent bleus et rouges, afin de masquer au maximum ma transpiration.

Contrairement à beaucoup de personnes souffrant d'HH, je dois prendre en considération que la cause de mes sueurs excessives puisse être les antidépresseurs que je consomme. Il est reconnu que plusieurs antidépresseurs ont la sudation excessive en guise d'effets secondaires indésirables. Or, c'est environ un an après avoir commencé mon traitement aux antidépresseurs que j'ai commencé à transpirer comme un sumo en plein désert.

Ce ne sera que quelques semaines, voire quelques mois, après la fin de mon traitement aux antidépresseurs, soit pas avant au moins un an et demi, que je saurai avec certitude si ces médicaments étaient en cause.

Au Québec, la sommité en matière d'HH est le docteur Antranik Benohanian, dont le site Hyperhidrose.ca est un phare pour la personne atteinte de ce mal méconnu et tenu tabou, souvent par les victimes elles-mêmes. J'ai moi-même consulté le Dr Benohanian, mais, sans entrer dans les détails, je n'ai pas terminé la thérapie qu'il m'avait prescrite. Je compte cependant le consulter de nouveau et entreprendre avec sérieux cette fameuse thérapie.

D'ici à ce que je le rencontre, je vais essayer de nouveau le Drysol®, mais en employant la méthode suggérée par Caroline Proulx, c'est à dire en posant une pellicule de plastique moulant (SaranWrap) sous l'aisselle, après avoir préalablement appliquer le produit. En fait, c'est exactement la méthode que le Dr Benohanian préconise pour l'usage de son propre produit, mais lorsque j'avais essayé Drysol® la première fois, je ne connaissais guère cette méthode.

Évidemment, je n'écris pas ça pour me plaindre, mais comme je dispose d'un média et que je m'en suis déjà servi pour sensibiliser mes lecteurs à la dépression, pourquoi je me tairais lorsque vient le temps de parler de l'hyperhidrose? Je vous invite à consulter le site du Dr Benohanian, ne serait-ce que pour en apprendre davantage sur les mythes entourant l'hyperhidrose.