N'en avons-nous pas entendu parler et reparler de la religion, et ce, tout au long de la Commission Bouchard-Taylor? Des gens comme le maire de Saguenay, Jean Tremblay, et le cardinal Marc Ouellet sont venus plaider en faveur du catholicisme, tant dans nos classes que les institutions publiques. Des musulmans sont venus déplorer les écarts de compréhension des Québécois vis-à-vis l'Islam. D'autres, comme le maire d'Huntingdon, Stéphane Gendron, plaident la laïcité totale de l'état, et même plus.
Pour moi, la religion est une question de bonne foi. On peut laïciser officiellement l'appareil étatique et ses organes, mais on ne peut pas laïciser de force ceux qui en sont les acteurs. On peut empêcher un député catholique d'entrer à l'Assemblée nationale avec un crucifix au cou, mais on ne peut pas lui ordonner de laisser ses valeurs au vestiaire. C'est d'ailleurs sur les valeurs qu'il véhicule qu'un député est élu. Or, ces valeurs sont influencées, au moins en partie, par ses croyances religieuses.
Il existe d'autres domaines où cette réalité survient. Je pense entre autre à l'enseignement, alors que la personnalité des professeurs influence la formation de la personnalité de milliers de jeunes. Les valeurs font partie intégrante de la personnalité et, à moins de vouloir dénaturer l'école, on ne peut empêcher les professeurs d'afficher la leur.
Qu'il s'agisse d'un député, d'un enseignant ou de tout autre fonctionnaire, la population sera amenée à juger leurs actions et leurs paroles. Lorsque ces actions et ces paroles rencontreront opposition, ce n'est pas une laïcité officielle et officiellement respectée par tous qui empêchera les gens d'accuser untel d'avoir agi et/ou parlé en fonction de sa religion.
Ce ne serait pas évident de discerner des actes ou des paroles découlant d'une croyance religieuse. Par exemple, les grandes religions de ce monde prônent la pauvreté. Un fonctionnaire véhiculant comme valeur la simplicité volontaire pourrait être taxé d'intégriste religieux, peu importe sa religion!
Encore faudrait-il s'entendre sur la définition de ce qu'est une religion. Selon le Nouveau Petit Robert, la religion est "un ensemble d'actes rituels lié à la conception d'un domaine sacré distinct du profane, et destinées à mettre l'âme humaine en rapport avec Dieu."
Le capitalisme regroupe un grand nombre d'adeptes qui observent religieusement divers rituels, tels l'achat de cadeaux pour les fêtes du calendrier du consommateur, le renouvellement de l'automobile tous les cinq ans, l'usage du crédit même dans les cas de liquidité suffisante, la messe du dimanche matin chez Wal-Mart, etc.
Les riches ne sont-ils pas de nouveaux dieux terrestres? Leur bonne parole n'est-elle pas véhiculée par des prophètes du coaching personnel et transmise à travers des livres sacrés expliquant les 10 commandements à suivre pour atteindre le paradis qu'est la richesse?
Je jette la lumière sur le capitalisme, car il est présentement le cœur de notre société occidentale et « occidentalocentriste ». Les deux derniers paragraphes peuvent cependant s'accorder à diverses pratiques du XXIe siècle, lesquelles ont toutes des adeptes, des rituels à suivre et des dieux, même si ceux-ci ne sont pas incarnés par un être intangible et infaillible.
Un état officiellement laïc va-t-il également légiférer la pratique des ces "nouvelles religions" dans la fonction publique? J'en doute fort.
Évidemment, la laïcisation de l'appareil étatique permettrait d'éviter de nombreux dérapages et d'uniformiser à toute la population les services publics. Ceci suffit pour que je considère essentiel de procéder à ladite laïcisation. Pour le reste, il faudra s'en remettre à la bonne foi des gens pour faire la différence entre des valeurs pouvant être bonne pour l'ensemble de la population et des valeurs qui ne sont bonnes d'abord et avant que pour soi-même.