Le message est-il différent?
Si un quelconque général américain, ou même un politicien américain, voire un politicien canadien, déclarait que «plutôt que de se laisser distraire par le message des opposants à la guerre, [nous devions] être prêts à accepter que des leurs sacrifient leur vie dans la poudrière afghane», nous réagirions avec écœurement, avec une certaine incrédulité qui voudrait dire:
«Évidemment, c'est un John Rambo qui parle, un toxicomane du fusil ou un politicien sans scrupule, bien à l'abris de la détresse et du deuil, dont les enfants son en sécurité dans je-ne-sais quelle école privée.»Mais l'auteur de cette déclaration s'appelle Roméo Dallaire, qui est devenu héros national pour son dévouement lors du génocide rwandais et pour avoir osé condamner le laxisme des super puissances, dont l'ONU, dans ce dossier. Un homme qui a littéralement «serré la main du diable» et dont l'expérience en fait une référence dans le domaine de la scène internationale. Remplaçons [nous devions] par «les Québécois devraient» et nous obtenons textuellement ce que l'ancien général a récemment déclaré, alors que le mouvement pacifiste gagne en popularité partout au pays, mais surtout au Québec.
Je respecte beaucoup Roméo Dallaire, mais est-ce que son message est différent des autres généraux et politiciens parce que c'est lui? Je crois que non. Si j'enrage à chaque fois que George Bush, Stephen Harper ou Pervez Musharraf déclarent que nous avons des responsabilités, en tant que peuples démocratiques et industrialisés, je le suis tout autant lorsque c'est M. Dallaire qui le dit. Bon, peut-être pas enragé, car contrairement aux trois premiers clowns, M. Dallaire a le crédit de tenir plus souvent des propos sensés.
Ce qui me choque surtout, c'est lorsque M. Dallaire déclare que «si nous ne faisons pas montre d'une certaine abnégation pour faire avancer ce à quoi l'on croit, nous ne sommes qu'une gang d'hypocrites».
Ce genre de déclaration, c'est de prendre les pacifistes pour des inconscients, des individualistes et des égoïstes. C'est carrément une forme de propagande visant à démoniser les pacifistes. En disant ce qu'il a dit, M. Dallaire démontre qu'il croit que les pacifistes qui demandent le retour des soldats canadiens sont des innocents et des ignorants, qu'ils portent je ne sais quelles oeillères les empêchant de voir les conflits planétaires alarmants. Des abandonneurs et des pissous, quoi!
Mais les pacifistes ne sont pas dupes. Ils savent que les afghans souffrent et désirent ardemment contribuer à la stabilité et la réhabilité de ce peuple, ce de pays. Ils savent très bien qu'une présence militaire est nécessaire, car sans elle, l'aide dite purement humanitaire ne saurait être efficace. Les pacifistes voient également que notre gouvernement et notre état-major est incapable de mener de façon efficace les missions auxquelles nos troupes participent.
Des sacrifices? Les pacifistes sont capables d'accepter que des leurs sacrifient leur vie au nom de la liberté et de la paix. Prétendre le contraire, c'est faire montre d'une cécité et d'une surdité flagrante. C'est de démontrer à quel moins ne nous sommes guère moins ignorants et/ou entêtés que tous les autres qui tiennent de tels propos.
Ce que les pacifistes n'acceptent pas, c'est que chaque jour, nos soldats servent de chaire à canon alors qu'aucun résultat concret n'en découle. Même Stephen Harper, ni ses deux préfets, Gordon O'Conner (Ministre de la défense nationale) et Peter MacKay (Ministre des Affaires étrangères), ne sont capables d'expliquer en quoi consiste précisément le mandat du Canada en Afghanistan et de démontrer explicitement que le déploiement de nos troupes, et le sacrifice des nôtres, apportent de quelconques dénouements positifs dans la région.
À défaut d'obtenir des réponses de nos gouvernements et des engagements clairs que notre intervention en Afghanistan sera revu et corriger, ou encore que des mesures ont été prises, ou le seront, pour assurer son succès, les pacifistes n'ont d'autres choix que de réclamer le retour de nos troupes.
L'Afghanistan est un bourbier irakien en devenir et les pacifistes veulent à tout prix éviter que le Canada devienne, dans le dossier afghan, ce que les États-Unis ont été dans le dossier irakien. Voilà ce que je pense et, il n'y a pas si longtemps, je croyais encore possible de transformer la catastophe canadienne en Afghanistan en quelque chose de vraiment utile et efficace.




